Numéro 7

Moriarty – Gee Whiz But This is a Lonesome Town

Fermez les yeux, et en une seconde, vous changez d’époque et de pays. Par la voie suave et langoureuse de Rosemary Moriarty, vous vous retrouverez dans un univers bluzy-jazzy (blues américain des années 30) qui vous transportera à travers le Sud américain à une époque où les voies des esclaves noires s’élevaient en longues complaintes à travers les immenses champs de coton. Mais pas seulement, car les cinq musiciens et la chanteuse de Moriarty tissent des liens inventifs et originaux entre le jazz, la musique traditionnelle malienne et orientale, les expérimentations électroniques et le folk. C’est un groupe aux origines cosmopolites (américaine, française, suisse et vietnamienne…), une originalité que l’on ressent bien au travers de tout l’album. La ballade est agréable, on s’invente des paysages, des situations fantasques, en même temps que s’écoule le son et la voix de la chanteuse à l’image de la chanson “Jimmy”. Les six comparses nous racontent des histoires, leur histoire, avec élégance et sobriété comme c’est le cas dans “Private Lilly” ou “Motel”. On se sent pionniers à la limite de la Frontière américaine ; une atmosphère envoûtante nous emporte à l’écoute de ses sonorités inspirées du folklore américain comme dans “Whitemans ballad” ou “loveliness”. L’album s’écoule tranquillement et nous permet de voyager sans bouger de notre petit univers et d’en découvrir un autre. Moriarty, c’est une expérience musicale à tester obligatoirement ! Bon voyage !

A écouter : “Jimmy” – “Private Lilly” – “Motel”

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 31 mars 2008

Mathias Malzieu

Né en 1974, Mathias Malzieu est connu avant tout pour être le chanteur du groupe de rock Dionysos. Pourtant, derrière l’artiste à l’énergie débordante sur scène se cache un écrivain d’une très grande sensibilité.

“38 mini-westerns (avec des fantômes)” : le recueil de l’imaginaire

Avec ce premier recueil, Mathias Malzieu se met à l’ouvrage et présente trente-huit nouvelles allant du macabre au farfelu… Ainsi, un monde fait de chasse aux elfes, de fées-lustres, de fantômes visibles à cause de la saleté de leur drap et d’autres merveilles encore, s’ouvre devant nos yeux de lecteurs passionnés et n’a qu’un seul but : être simplement apprécié.

Ce premier livre s’avère un tantinet particulier avec ses histoires étranges. Entre l’univers de Tim Burton et l’esprit de Lewis Carrol, il offre la vision en effet d’un monde merveilleux, peuplé de créatures extraordinaires qui ont en leur possession tous les ingrédients pour l’aimer. On passe d’amusantes nouvelles (l’introduction sur le fantôme, la chasse aux elfes…) à de belles histoires pleines de cruauté (les fées-lustres). L’auteur nous montre également une réalité plus affreuse, où les hommes détruisent les merveilles de l’univers, simplement pour leur petite personne (la chasse aux elfes et la capture des fées-lustres, à cause de la cupidité).

En conclusion, “38 mini-westerns (avec des fantômes)” est un petit bijou de lecture, riche par la construction habile de ses phrases emplies de poésie et surtout par la présence d’un univers féerique et macabre. Malgré la cruauté humaine dépeinte, cette œuvre nous fait découvrir un monde d’émotions poétiques : celui de Mathias Malzieu.

“Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi” : le deuil de l’enfance…

Pour continuer ses projets littéraires, le chanteur de Dionysos s’est penché sur un événement horrible de sa vie, toujours avec son style très personnel…

Mathias, jeune homme de trente ans, vient de perdre sa chère mère et en est bouleversé, autant que son père et sa sœur. Mais un jour, il rencontre Giant Jack, un homme incroyablement immense, docteur en “ombrologie”. Ayant la capacité rare de guérir les personnes atteintes de deuil, il donne au jeune désespéré une ombre, des livres, la possibilité de vivre pendant des années et de rêver malgré sa douleur. Cet homme extraordinaire de 4,50 mètres lui permet ainsi de grandir.

Après “38 mini-westerns (avec des fantômes)”, Mathias Malzieu revient nous faire rêver avec un roman racontant une histoire vraie : la mort de sa propre mère. Ici encore, il saupoudre ses mots d’une poésie dont lui seul détient le secret. Il explique admirablement sa douleur, et celle de ses proches, suite à cet événement triste, qui lui permet finalement tout simplement la progression vers l’âge adulte et l’abandon de l’enfance. Grâce à ce personnage de conte, il découvre un monde nouveau pour lui qui vit encore dans son monde d’enfant, malgré son âge.

“Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi” est une petite perle littéraire, qui, bien que très personnelle, allie une plume pleine de poésie et une tristesse d’une réelle beauté…

“La Mécanique du cœur” : les sentiments d’un cœur d’enfant particulier…

Pour ce troisième ouvrage, l’écrivain-chanteur se lance dans un projet très ambitieux, qu’il adaptera ensuite musicalement avec son groupe Dionysos pour l’album du même nom.

Jack naît dans la petite cité d’Edimbourg, vers l’an 1874. C’est un être tout à fait normal mais qui a un défaut étonnant : sa naissance se situant le jour le plus froid du monde, son cœur est resté gelé. Il est heureusement sauvé par une sage-femme dite folle, le docteur Madeleine, qui adore réparer les gens. Elle aide donc son petit protégé en lui remplaçant son cœur gelé par une simple petite horloge et l’élève comme son enfant, suite à la mort de la mère. Mais Jack ne connaît rien du monde extérieur, puisqu’il reste dans la demeure de Madeleine, et sa vie est difficile car les autres patients le regardent étrangement avec son horloge plantée au niveau du cœur. Ce n’est qu’à ses dix printemps qu’il peut enfin découvrir Edimbourg et ses habitants, accompagné du docteur. C’est à ce moment qu’il tombe soudainement fou amoureux d’une petite chanteuse de rue. Prise de panique, Madeleine le fait rentrer aussitôt à la maison et lui dit que n’importe quelle charge émotionnelle, principalement due à l’amour, risque de détruire son horloge et de le tuer. Mais Jack refuse de l’écouter et entame un voyage périlleux, à travers toute l’Europe, pour retrouver la petite chanteuse.

La couverture donne le ton avec un dessin présentant la petite chanteuse qui tire les engrenages de l’horloge de Jack. Avec une très belle écriture libre et personnelle, le roman s’avère être un conte de fée décalé. De par le sujet poétique et ses nombreuses aventures étonnantes, le personnage de Jack est absolument attachant car on parvient à le comprendre. Il fait penser à un Edward au cœur mécanique (ndlr : référence au Edward aux mains d’argent de Tim Burton), étant écarté du monde et reclus dans la demeure de cette femme savante et rejetée. La magie réside aussi dans la quête d’amour incroyable qu’entreprend ce personnage, malgré l’interdiction que lui a donné sa “mère” et la lourde douleur mécanique qu’il porte. La description des émotions de celui-ci est d’une féérique intensité. S’ajoutent à cela, un humour extrêmement décalé et quelquefois macabre ainsi qu’une fin complètement barrée et totalement inattendue…

“La Mécanique du cœur” est une œuvre sublime, avec son ton si lyrique par la complexité romanesque de l’histoire et par la construction magique des phrases.

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 31 mars 2008

L’oeuf

Les oeufs, pas très original me direz-vous et pourtant, pas question ici de la complexe réalisation des œufs au chocolat ou de la simplissime omelette. Non, non, les œufs peuvent entrer dans la réalisation d’une foultitude de mets dont ils sont les stars ou de simples composants. Je vous épargnerai pour une fois mon blabla habituel sur les œufs et sur leur historique puisque tout le monde sait qu’ils sont meilleurs frais, bio ou au minimum de plein air. Juste un petit commentaire sur leur composition nutritionnelle histoire de savoir tout de même ce que l’on mange.

Un œuf moyen pèse environ 60g : 30g de blanc et 30g de jaune et contient environ 87 calories et 6g de lipides. En revanche les éléments nutritifs sont inégalement répartis : le jaune contient les 3/4 des calories et la totalité des matières grasses alors que le blanc contient plus de la moitié des protéines. L’œuf est considéré comme une excellente source de protéines de haute qualité car il contient 8 acides aminés essentiels.

En ce qui concerne la conservation, même s’il est possible de les garder à température ambiante, il est préférable de les conserver au réfrigérateur. On les consommera plutôt cuit pour éviter les risques de contamination. Pour une conservation longue durée, les œufs peuvent être congelés. Cela peut s’avérer très pratique lorsque l’on n’utilise que des jaunes (comme ci-dessous) ou que des blancs. Pour congeler des œufs entiers, on veillera à les battre au préalable. Pour congeler des jaunes, on veillera a y ajouter 1 cuillère à café de sucre pour 4 œufs ou 1/8 de cuillère à café de sel (selon l’usage qu’on leur réserve) avant des les congeler ; cela les empêchera de devenir grumeleux. Pour ce qui est des blancs, pas de précaution particulière, si ce n’est de les décongeler au réfrigérateur.

Et maintenant, place aux recettes : en version salée des œufs cocotte à la ratatouille et en version sucrée une crème anglaise amincie pour accompagner vos moelleux au chocolat ou vos îles flottantes.

ŒUFS COCOTTE A LA RATATOUILLE

Pour 4 personnes

Préparation : 5min

Cuisson : 6min

Ingrédients :

- 4 œufs

- 500g de ratatouille

- basilic

- sel, poivre

Préparation :

- Disposer la ratatouille au fond de 4 ramequins en créant une espèce de petit nid.

- Casser un œuf dans chaque nid en prenant garde de ne pas crever le jaune.

- Saler, poivrer.

- Disposer les ramequins au bain- marie dans un plat à four (plat rempli d’eau).

- Enfourner pour 6min environ. Surveiller la cuisson et sortir les ramequins lorsque les œufs sont juste cuits.

- Parsemer de basilic.

- Servir avec une belle tranche de pain de campagne.

CREME ANGLAISE AMINCIE

Pour 500ml de crème environ

Préparation : 5min

Cuisson : 10min

Ingrédients :

- 3 jaunes d’œufs

- 10g de fécule de maïs

- 450ml de lait écrémé

- 5gr d’édulcorant en poudre (soit l’équivalent de 50g de sucre)

- 1 gousse de vanille

- quelques gouttes de colorant jaune

Préparation :

- Dans un saladier, fouetter les jaunes, la fécule et 150ml de lait.

- Dans une casserole, faire chauffer le reste du lait avec la gousse de vanille pour parfumer.

- Retirer la gousse et gratter les graines. Les ajouter au lait chaud.

- Verser le lait chaud sur la préparation aux œufs et fouetter vivement pour éviter la coagulation.

- Remettre le tout sur le feu et chauffer doucement tout en remuant à l’aide d’une cuillère en bois jusqu’à obtenir la consistance désirée. La crème doit napper le dos de la cuillère en bois et lorsque l’on y passe le doigt, la trace doit rester marquée.

- Sortir du feu, sucrer et ajouter quelques gouttes de colorant car la crème est moins jaune qu’une crème traditionnelle.

- Laisser refroidir et déguster.

Remarque : Au cas où la crème formerait des grumeaux, ne pas hésiter à donner un coup de mixer plongeur pour corriger le tir, pas très orthodoxe, mais très efficace.

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 31 mars 2008

Hair – Bande Originale

Qui n’a jamais entendu “Let The Sunshine In” ? Repris en français par Julien Clerc -alors tout jeune chanteur-, ça donnait “Laissons entrer le soleil”. Et du soleil, avec cette bande originale du film “Hair”, on en a plein les oreilles. Univers rock et terriblement rythmé (pour s’accorder aux nombreuses chorégraphies de la comédie musicale comme du film de Milos Forman), chansons interprétées brillamment par les acteurs, odes aux valeurs hippies, tout est fait pour nous plonger dans une ambiance très années soixante, avec un ravissement des plus plaisants pour nos oreilles. Si la musique semble avoir légèrement vieilli, pas de panique, c’est ce qui lui donne un charme encore plus certain et dont on ne saurait se lasser ! Alors, laissez pousser vos cheveux, mettez-y quelques fleurs, respirez et … laissez entrer le soleil avec ces vingt-sept fabuleux morceaux !

A écouter : “Hair” – “I got life” – “Ain’t got/I’m black” – “3 – 5 – 0 – 0″

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 31 mars 2008

Beth Ditto

“[L'industrie musicale] est flippée à mort de voir que des filles n’ont pas peur de vendre de la bonne musique sans utiliser de sexe, dans le sens où ces filles se foutent de savoir ce que les mecs pensent d’elles et de leur vulnérabilité” (New Musical Express, juin 2006). Constatation faite des imparables canons de beauté dominant encore largement la vie des femmes, Beth Ditto est de celles qui ont décidé de ne pas subir. Pour ceux qui ne la connaîtraient peut-être pas encore, Beth est indissociable de The Gossip, qui à l’image de son iconoclaste chanteuse, brave tous les stéréotypes qui jalonnaient jusqu’ici les groupes dans leur course au succès. Elle qui confiait encore deux ans auparavant : “Les gens ont peur de moi parce que je suis grosse, lesbienne et ouvertement féministe”, (The Sun, 8/12/2006) n’en a pas fini de s’attirer les foudres des ligues de vertu. A commencer par celles de son pays natal, les Etats-Unis, qui voient d’un mauvais œil leurs valeurs morales (famille, mariage) ainsi passées à la moulinette. La bande à Beth n’a-t-elle pas créé l’événement avec le titre “Standing in The Way of Control”, réponse incendiaire faite au gouvernement Bush contre le mariage homosexuel ?

Si la fusion typique au groupe de “rythm n’ blues, garage punk et soul”, agrémentée çà et là de tonalités gospel et disco a déjà fait recette aux USA et en Grande-Bretagne, la France est juste en train de succomber au phénomène. Parti ce mois-ci avec The Kills aux quatre coins de l’Hexagone dans le cadre du festival itinérant “La Musicale en tournée” (ndr : déclinaison de l’émission “La Musicale” de Canal +), The Gossip fait découvrir au public français son quatrième album Standing in The Way Of Control. Après avoir baroudé sur les scènes un peu de moins de dix ans, à leur tour maintenant de se faire connaître et reconnaître auprès d’un public sous le charme d’un groupe captivant et d’une chanteuse, sous tous rapports, “hors normes”.

Riot grrrl

Au début, The Gossip, c’est un guitariste, Nathan Howdeshell, alias “Brace Paine”, une batteuse Kathy Mendonca et une vocaliste d’exception : Beth Ditto. Avec un timbre semblable à celui d’Aretha Franklin, des envolées lyriques qui rappelleraient une certaine Janis et une amplitude vocale qui aurait de quoi faire frémir PJ Harvey, Beth a véritablement tout d’une grande. Mais, avec ses 95 kilos pour un petit 1, 52 m et son penchant avoué pour les femmes, la vie n’a pas toujours été rose pour la demoiselle. Née le 19 février 1981, en plein Arkansas, complaisamment surnommé “l’Etat Naturel”, pour ne pas dire rural, rien n’était vraiment gagné d’avance pour la jeune femme. A Searcy, sa ville natale c’est un peu Footloose, (que l’on dit justement avoir inspiré le film). Beth se rappelle même que durant son adolescence, il était interdit de regarder MTV et de danser. “C’est la même chose partout dans le Sud, on utilise la religion pour vous effrayer et mieux vous asservir”, (NME, juin 2006) Pas franchement réjouissant donc, quand on se sent un peu différente des autres. En effet, pas plus tard qu’à l’âge de 5 ans, celle-ci dit avoir compris qu’elle était homosexuelle : “J’avais peur car je ne voulais pas aller en enfer. Ma mère n’a jamais dit que j’y irai mais elle est chrétienne à sa manière, c’est pourquoi j’ai refoulé mes sentiments” (The Sun, 8/12/2006).

Si son enfance a été précoce, son adolescence n’en a pas moins été décalée : “J’avais les cheveux vraiment très courts et des piercings, ce qui semblait alors totalement dingue. J’ai eu toutes les couleurs de cheveux et je ne portais alors que des T-shirts et des pantalons informes. J’étais pas vraiment féminine et ça me convenait bien. J’étais totalement réfractaire à cette idée. Mon pote Jerry avait des cheveux rouges jusqu’aux épaules et se mettait une sorte de chatterton un peu partout sur le corps. Il coupait également les revers de ses pantalons et se les cousait sur les manches tandis qu’il enfilait ses chaussettes sur ses mains et s’accrochait plein de chaînes ainsi qu’une manette Nintendo autour du cou. Ensuite il se dessinait plein de saloperies de trucs d’ordinateurs sur le visage. C’était tellement avant-gardiste que ça en était ridicule [...]” (id, Juillet 2006). Outre d’autres aveux croustillants (entre autres faits, avoir été témoin de traques à l’écureuil engagées par son cousin en période de disette), il est sûr que la chanteuse utilise l’humour pour mieux enjoliver un passé quelque peu noir. Pour l’horizon qui s’offre à elle, à la sortie du lycée, Beth ne voit que quatre possibilités : “Les alternatives étaient soit, d’aller à l’église, tomber enceinte, se doper à la méthamphétamine, ou déménager” (NME, Juin 2006). Après un coming-out accouché d’une douloureuse dépression, celle-ci choisit la dernière solution, direction : Olympia, capitale de l’Etat de Washington, où bouillonne une formidable sous-culture urbaine.

En cette fin des 1990′s, Olympia n’a rien perdu de son aura de haut-lieu alternatif. Temple du mouvement riot grrrl (ndr : mouvement musical féministe, avant tout contestataire, trouvant ses racines dans la musique punk) qui a imprégné la culture musicale de Beth, grande fan des X-Ray Spex et des Bikini Kills, les phares de la grande ville l’attirent elle et ses amis Nathan et Kathy, qui ont décidé de la rejoindre dans l’aventure. Délestée du poids de la morale et de la religion, Beth se sent radicalement revivre dans cette capitale ouverte et libérale, succombant aux sirènes du féminisme, de l’art, et plus particulièrement, de la musique. C’est en ces termes qu’elle définit son implication pour le riot grrrl : “Le riot grrrl a réinventé le punk. Avant que je ne découvre le riot grrrl, ou que celui-ci ne me découvre, j’étais juste une autre de ces féministes à la Gloria Steinheim de Now [...] Maintenant je suis une musicienne, une écrivain, une personne entière” (in Riot Grrrl : Revolution Style Girl Now !, Nadine Monem)

Quand Beth et ses amis avaient quitté Searcy, c’était dans l’idée de monter leur propre groupe de musique. Alternant entre petits boulots et répétitions, le trio fonde The Gossip en 1999. Largement influencés par les sons de la capitale, le groupe enregistre leur première démo éponyme la même année, sous le label indépendant K Records. Libérée du carcan religieux et moral qui avaient jusque là dicté toute sa vie, à Beth maintenant de revendiquer son droit à la différence. Or quoi de mieux pour faire entendre sa révolte que de retourner aux sources mêmes du rock ? Pure merveille de cohésion, la machine The Gossip est lancée : “Quand j’ai rencontré ces jeunes, ça a changé ma vie. J’étais bizarre, une jeune gouine, aux cheveux courts et pantalons informes. Je rasais mon corps de plein de façons possibles, arborait des couches et des couches d’eyeliner et me teignais les cheveux en rose” (askmen.com). Révélée à elle-même et plus à l’aise dans ses baskets, l’apprentie chanteuse emprunte la voie de la féminité, résolue à prouver que l’on peut être ronde, coquette et faire de la bonne musique.

Listen up !

Listen up !

Après le maxi promotionnel, c’est le 23 janvier 2001, sous le label Kill Rock Stars que sort That’s Not What I Heard, considéré comme le premier album de The Gossip. Pour Beth, qui déjà, petite, traînait sa voix dans les chorales d’église, le plus dur n’est pas de trouver son registre vocal, mais ironie du sort, de parer les critiques faites à son encontre. Car à Olympia, on a beau apprécier le punk soul-garage blues du groupe et paraître plus tolérant qu’à la campagne, on regarde un peu la voluptueuse lead singer comme un bête curieuse. The Gossip, en français Le Cancan, fait ragot. Rares sont les lesbiennes, même parmi les riot grrrls, a faire référence avec autant de décontenance et de sincérité à leur préférence sexuelle que le fait Miss Ditto au fil de ses chansons (“Swing Low”, “Sweet Baby”, “Where The Girls Are”, “And You Know”, “Hott Date”, “Southern Comfort”…).

Retour donc à un rock dépouillé, avec une voix envoûtante voire incantatoire, des riffs accrocheurs et un rythme régulier. Mademoiselle chante le blues toujours avec cette voix lascive, provocante et déterminée sur Arkansas Heat. Sorti le 7 mai 2002, soit un peu plus d’un après That’s Not What I Heard, le deuxième EP se teinte même au hasard des morceaux de nettes influences sixties rappelant les premiers Rolling Stones (“Rules for Luv”) ou The Who (“Take Back Revolution”). “La voix pop gospel de Beth évoque des années d’errance sur la voie rapide de l’amour, suggérant des choses qui feraient freiner quiconque avant de tomber en panne sèche”. Par ces mots, le site du label Kill Rock Stars définit alors bien la voix totalement habitée de sa nouvelle prodige.

Si le retour à un rock primaire avait été popularisé par les White Stripes, The Gossip en propose une version radicalement sudiste. Preuve en est faite avec leur deuxième album, Movement lancé dans les bacs le 6 mai 2003. Commençant à se faire une sérieuse réputation underground, le groupe persiste et signe des chansons baignées de soleil et de poussière alternant entre luxure et trahison. A l’évidence, The Gossip a mûri pour livrer ce patchwork d’acrobaties musicales : avec des sons plus recherchés et des instruments plus discrets, libre champ est fait à la chanteuse pour expérimenter toute sa profondeur vocale (“Nite”, “No, No, No”, “Don’t Make Waves”, “Lesson Learned”). Reprenant là où That’s Not What I Heard nous avait laissés, Movement prouve que l’on peut rester fidèle à des standards tout en n’étant pas perméable à la nouveauté. Ceux de ces quelques titres finement remaniés et par ailleurs issus du live Undead in NYC, lancé 4 mois plus tard, ne viendront pas contredire le reste.

Changement de staff imposé avec le départ de Kathy Mendonca fin 2003, remplacée par l’ex-batteuse des Chromatics, Hannah Blilie. Ayant déjà collaboré à l’enregistrement d’Undead In NYC, Blilie ne tarde pas à se fondre rapidement au sein du groupe, apportant un souffle nouveau au niveau des compositions. Sorti le 25 janvier 2005, en collaboration avec les électro-pop Tracy + Plastics, le maxi Real Damage est la première réalisation commune de la nouvelle formation. Le glissement vers un répertoire plus varié est en passe d’être franchi.

C’est chose faite avec le lancement de Standing In The Way Of Control le 24 janvier 2006. Le fabuleux compromis entre révolte punk et allégresse dance floor qu’est ce troisième album studio, annonce le passage du groupe à la vitesse supérieure. On commence enfin à parler de The Gossip au niveau national. La promotion de l’album au côtés des plus grands (Yeah Yeah Yeahs, Le Tigre, The White Stripes, Sonic Youth et The Kills) leur assure une popularité croissante. Mais c’est vraiment l’utilisation du morceau “Standing In the Way of Control” pour la série brit Skins début 2007, directement propulsé n°1 dans les charts UK, qui amorce la conquête de l’Ancien Continent. Difficile de ne pas succomber aux paroles enflammées de “Standing…”, brûlot récusant l’interdiction du mariage gay aux Etats-Unis (“You’re back against the wall/ There’s no one home to call/ You’re forgetting who you are/ You can’t stop crying”…). Pour Beth, même dans les situations les plus dramatiques, il y toujours une lueur d’espoir. Aussi encourage-t-elle son public à ne pas baisser les bras (“Fire With Fire”, “Keeping You Alive”) et s’engage-t-elle dans une véritable croisade contre les empêcheurs de tourner en rond (“Listen Up !”, “Jealous Girls”). Pas étonnant qu’avec ses beats riot, soul et disco, STWOC soit à ce jour l’album le plus populaire du groupe. Preuve que dans le mélange des genres, même musicaux, tout est possible.

A little respect

Oui car, comme Aretha, tout ce que demande Beth, c’est un peu de respect. Face à son apparence tout d’abord et à sa sexualité ensuite. Certes, on peut avoir été sacrée “personnalité la plus sexy de l’année 2007″ par la revue New Musical Express, devant Kate Moss and co, on peut avoir envie d’assumer pleinement ce que l’on est, en dévorant une pizza ou en mettant en scène un couple de travestis comme dans le clip de “Listen Up”. Autant d’indices sur la vie privée de la chanteuse puisqu’en plus d’avouer l’importance de la nourriture dans sa vie, Beth sort également avec une travestie. “Il est elle et lui en même temps. [...] Il est un peu comme moi. C’est un des raisons pour lesquelles on s’entend bien ensemble. La fluidité des genres devrait être respectée. On ne devrait pas avoir recours à une opération” (id, juillet 2006).

Provocatrice punk, icône lesbienne, n’hésitant pas à se dénuder sur scène ou pour la couverture de certains magazines, Beth est à ses dires, “un pur produit white trash” aux antipodes du politiquement correct. Confessant ne pas se raser les aisselles, ne pas utiliser de déodorant, avoir recours au téléchargement illégal, la miss est une héroïne du rock qui sent le souffre, et sans jeu de mots aucun, la sueur. Car il en faut de l’énergie pour mettre tout son public en délire. On dit déjà que Noel Gallagher et l’actrice Keira Knightley en sont fans. Victoria Beckham, un peu moins. Car le féminisme, c’est une chose que Miss Dito prend très au sérieux, girl power ou pas. D’où le “Posh Spice est une vraie blague. Dans les années 1990, elle a fait toute cette m***** de girl power et ensuite elle s’est rendue compte qu’en maigrissant, on s’occuperait d’elle. C’est juste un instrument. Elle a dû penser : c’est comme ça qu’on remarque les femmes, il faut être mince et ne donner son avis que sur les fringues et les mecs. C’est de la merde. Et si je la croise, je lui dirai” (fametastic.com) Ou le non moins sincère “Les femmes sont pas des chats, ni des animaux domestiques. Nous voulons juste traverser la rue pour se chercher une crème glacée”.

Beth Ditto est à classer dans la catégorie “chanteuse militante”. Et il est vrai qu’avec des icônes XXL comme Roseanne Barr ou Rosie O’Donnell, la chanteuse a de qui s’inspirer. En croisade contre le modèle “mannequin brindille”, celle-ci profite de sa notoriété pour clamer haut et fort “BIG IS BEAUTIFUL”. Et d’affirmer, toute fashion addict qu’elle soit, qu’elle ne servirait pas de modèle même pour TOP SHOP (ndr : célèbre marque de vêtements anglo-saxonne dont la dernière ambassadrice était Kate Moss) tant que les grandes tailles ne seraient pas incluses dans les collections. Si la demoiselle est intransigeante côté fringues, celle-ci revoit heureusement son jugement côté musical, en prônant une certaine ouverture. Pas avare de duos, que ce soit avec Mika (“Sweet Dreams”) ou l’ex-Pulp Jarvis Cocker (“Temptation”), celle-ci entraîne son groupe sur la voie des remix et des reprises. Leur dernier maxi GSSP RMX, sorti le 22 août 2006 en est la preuve par A + B. Différentes réinterprétations de “Listen Up” ou “Standing In The Way Of Control”, relecture du mythe R&B Aaliyah (“Are You That Somebody”)… Constater que le trio se diversifie relève de l’euphémisme !

“Nous avons été élevés dans l’Arkansas par des femmes, des loups et des cassettes. Nous nous sommes formés en 2000 dans un sous-sol froid d’Olympia, Washington”, “Nous sommes intéressés par l’art, le changement, l’underground, la danse, la mode, le punk, l’histoire, les meurtres et les mouvements. Nous ne mourrons jamais. Nous sommes artistes, poètes, cuisiniers, écrivains, féministes, designers, musiciens et djs. C’est la consécration d’une vie pour l’action, la passion et l’instinct”, ne manquent pas de rappeler respectivement le myspace et la bio du site officiel du groupe. Prenant temporairement le tournant de l’expérimentation, en développant en parallèle le projet musical Goxxip, le trio infernal n’a pas fini de nous surprendre. On n’avait pas vu plus charismatique chanteuse depuis bien longtemps : pas de doute qu’avec Ditto à la barre du navire Gossip, la flamme révolutionnaire est loin de s’éteindre. D’ailleurs, Kurt Cobain ne disait-il pas que “l’avenir du rock appartenait aux femmes” ? En attendant, si vous avez raté leurs dates en France, guettez le DVD live à venir, The Gossip : Live At Liverpool, histoire de confronter tous vos sens à ce véritable phénomène scénique.
SOURCES :

Internet

-http://www.gossipyouth.com/

-http://www.gossipyouth.co.uk/index1.html

-http://www.myspace.com/gossipband

-http://www.lesinrocks.com

-http://www.telerama.fr

-http://www.tetu.com

-http://www.vivelesrondes.com

-http://www.allmusic.com

-http://www.pitchforkmedia.com

-http://www.independent.co.uk

-http://www.cnn.com

-http://fr.wikipedia.org

-http://en.wikipedia.org

Papier

-New Musical Express (juin, novembre, décembre 2006)

-id, “Hot Gossip” (juillet 2006)

-Fact (septembre 2006)

-Play (septembre 2006)

-Attitude, “Hot Gossip” (novembre 2006)

-The Sun (décembre 2006)

(Les photos proviennent des sites
http://mog.com,
http://blog.oregonlive.com,
http://blogcritics.org,
http://blogs.manchestereveningnews.co.uk)

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 31 mars 2008

Se passer de son portable

Se passer de son portable

Maintenant qu’il a gagné de nouveaux pouvoirs dépassant de loin celui de l’appel, le téléphone portable peut nous accompagner n’importe où, n’importe quand. A toute heure du jour et de la nuit, l’objet béni est à notre service. S’en passer ? Impossible !

Les femmes et les jeux vidéo

Les jeux vidéo, un truc de mecs ?

Mercredi – 18h30. Ça fait deux mois que vous attendez ce moment. Vous êtes dans l’antichambre du boss du premier niveau de “Rival Conquest”, le dernier jeu que vous vous êtes offert. Jusqu’à maintenant, vous n’avez pas réussi à aller aussi loin à cause de la garde au fouet, qui a ‘+5′ en compétence persuasion et a la capacité de se changer en monstre lorsque vous l’énervez. On parle bien sûr de votre copine. Or ça fait deux jours qu’elle est en voyage et vous avez pour une fois la possibilité de jouer “tranquillement”.

Arther

Arther

Save My Brain vous avait parlé du groupe Arther dans son numéro 5. Devant un tel coup de coeur pour ce rock aussi planant qu’efficace, aux sons toujours soignés et à l’envoûtante voix de sa chanteuse qui n’en reste pas moins puissante, il fallait en savoir plus sur ce talent indéniable !

Les listes

Les listes

“Quoi ? Ah oui, c’est vrai, attends je note”, “j’écris”, “je liste !”. Cette petite habitude, ou parfois même cette manie, est venue, elle aussi, s’immiscer sans crier gare dans notre quotidien. A première vue pourtant, nous ne nous sentons pas concernées, ou plutôt, nos aïeux nous le font ressentir ainsi : “oui ma petite, maintenant je note tout, sinon j’oublie. Toi tu es jeune, pas besoin de tout ça !”.

Syrano



“Entrez dans la ronde, entrez dans la danse…”, entrez dans l’univers doux et amer de Syrano dont vous ressortirez avec un sourire radieux tant vos oreilles seront ravies d’être aussi bien traitées. Mélange de rap (non, non ne partez pas…) et de chanson française, Syrano nous livre de savoureux mélanges musicaux. Sorti en septembre 2006, le premier album de Syrano, “Musique de chambre”, est un hymne à la musique et à la poésie . Parfois râpées, parfois proclamées, parlées ou chantées simplement, soutenues par des instruments diversifiés allant de l’accordéon aux cuivres en passant par la guitare et le violon, les chansons, les paroles, les textes, les rythmes de cet album tourneront en boucle dans votre esprit. Artiste complet, auteur, compositeur, chanteur, et même dessinateur, Syrano vous invite dans son univers qui traite de moult sujets. Le thème récurrent reste celui de l’enfance que vous retrouvez à travers certaines chansons comme “les corbeaux blancs”, “l’écolier” ou “dans ma bulle”, mais des sujets plus difficiles sont également traités : l’anorexie avec “Ficelle” ou la drogue dans “l’ermite”. En ressortent des textes d’une intelligence rare, émouvants parfois durs mais d’une sincère vérité. L’équilibre entre les textes et la musique qui les porte semble parfait. Des artistes tels que La Ruketanou, Debout sur le zinc, Mon côté punk ou encore son acolyte Cherzo ont activement participé à l’album par de sublimes duos. Allez, faites plaisir à vos oreilles et à vos sens “entrez dans la ronde, entrez dans la danse…”,vous ne le regretterez pas !

A écouter : “Les orgues de Barbarie” – “Et les saules pleurent” – “Dans ma bulle”

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