Numéro 4

Prada, un phénomène de mode au sein du monde des affaires

Petite entreprise traditionnelle de luxe au début du XXème siècle, Prada est devenue un véritable empire en une vingtaine d’années. Mais qu’est-ce vraiment ? Et qui a réussi à créer et à gérer ce qui est aujourd’hui une des plus grandes maisons de luxe, connue et reconnue internationalement ?

Prada, c’est avant tout… Miuccia Prada.

Jeune diplômée en sciences politiques, elle reprend l’entreprise familiale en 1970. Au début du XXème siècle, ce n’était qu’une petite maison milanaise de maroquinerie créée par Mario Prada, grand-père de Miuccia. Petite entreprise, mais qui ne confectionnait ses produits qu’avec des matières de luxe et en utilisant des techniques sophistiquées.

C’est ainsi que la jeune Miuccia, passionnée de mode, reprit le flambeau. Elle travailla dans l’unique boutique située à Milan et créa des accessoires de cuir exclusifs, tout en respectant les traditions familiales.

Remplie de contradictions, la jeune fille baba cool, inscrite au parti communiste italien et embrigadée par le “fashion gourou”, commence une carrière de mania de la mode. Mais ne le lui dites pas, elle ne le sait pas encore.

Mais Prada, c’est aussi… Patrizio Bertelli

Patrizio Bertelli, c’est la moitié de Miuccia Prada ; Implacable et à l’exigence incomparable, il devient très vite le PDG de l’entreprise Prada. Véritable homme d’affaires, ce Toscan d’origine est connu comme intuitif, mais aussi redoutable, on dit de lui qu’ “il fonctionne au défi”. Il crée sa propre entreprise en 1967 produisant des ceintures et des sacs en cuir de qualité. C’est alors qu’en 1977, il a la joie de rencontrer Miuccia Prada, alors âgée de 27 ans. Grâce à ce rapprochement, il signe un contrat de production d’accessoires sous le label Prada. Contrat qui permettra à Prada de s’étendre dans le monde entier. La petite entreprise devient grande. Le couple se marie, et c’est la chevauchée fantastique destination l’empire Prada. Un coup d’éperon dans le flanc de la machine, elle marche, puis trotte, et depuis, elle ne cesse de galoper.

Et c’est aussi… un empire

“Dans les années 1980, on nous regardait bizarrement à cause de notre association styliste et chef d’entreprise”, déclara alors Patrizo Bertelli. Car il s’agit bien du mariage étrange entre une amoureuse du vêtement, et un redoutable fabricant de maroquinerie : acide mélange de bon goût.

Alors que Miuccia Prada supervise tout ce qui est création, Patrizio Bertelli gère et protège son nouveau territoire en pleine expansion. Miuccia, grande rêveuse pleine de contradictions, désire retrouver une petite boutique artisanale, elle confie qu’elle “ne veut pas être impliquée dans la stratégie. Son mari doit être libre dans son job. S’il prétend lui imposer des décisions, à l’arrivée, elle a le dernier mot.” Oui, la société s’appelle Prada, et bien que Patrizio Bertelli en soit le PDG et qu’il gère la société, c’est Miuccia et sa créativité qui apportent la réussite. Ainsi, dans les années 1980 et 1990, les ventes explosent. Et cette année, la créatrice a été inclus parmi “les trente femmes les plus puissantes d’Europe” par le Wall Street Journal, avec en 2006 un Chiffre d’Affaires de 2,5 milliards d’euros, ou environ 6 millions de paires de chaussures. Le rêve non ?!

Alors qu’est-ce que Prada ? Prada, c’est des vêtements, des sacs, des chaussures, des lunettes, du parfum et le tout pour homme, pour femme. Ce sont des produits que l’on peut trouver en Europe, en Amérique du Nord, du Sud, en Asie ou en Océanie.

Prada n’est pas seulement une marque, non, Prada est aussi un groupe. C’est Miu miu, marque plus jeune à l’image de Miuccia Prada et aux prix plus abordables. C’est aussi, Fendi, marque réputée pour ses fourrures ; Azzedine Alaïa, la maison de mode française…

La question serait, mais qu’est-ce que Prada n’est pas ? Laissez-moi réfléchir quelques instants, et je vous réponds plus tard.

Surprenant mais vrai, c’est aussi… une fondation d’art contemporain

Passionné d’art contemporain, le couple crée la Fondation Prada. Chaque année, ils présentent les œuvres d’un artiste de renommée internationale. Tout particulièrement sensible à l’art, à la créativité, à l’esthétisme, Miuccia Prada, offre ainsi l’opportunité à la ville milanaise de découvrir des artistes internationaux, mais elle montre aussi de cette façon, son ouverture d’esprit et son originalité que l’on avait déjà remarquées et intégrées lors de ses nombreux défilés.

Art et mode sont étroitement liés, ci-dessus, un extrait du book de la collection automne-hiver : http://www.prada.com

Car Prada, c’est surtout… de la mode

Prada c’est le chic italien. Auparavant, la marque avait l’image d’un vêtement difficilement accessible, car de luxe, chic et traditionnel. Cependant, la parution du livre le Diable s’habille en Prada de Lauren Weisberger, a redoré l’image de la marque, et l’a remise au goût du jour. Car oui, Prada, c’est chic, mais c’est original, et jeune. Prada s’adapte à chaque client : ses produits sont accessibles aux personnes de 7 à 77 ans. Mais surtout le livre a lié la marque à une femme active à la tête d’un empire. Bien que l’histoire parodie Anna Wintour , dirigeante du “Vogue” américain, certaines caractéristiques du personnage de la directrice du magazine, telles que l’âge, le chic et l’exigence rappellent le charisme de Miuccia.

La marque Prada, c’est une collection des défilé et c’est une ligne de sport symbolisée par la désormais célèbre ligne rouge. Prada sait garder son image, sa qualité, tout en innovant chaque année. Les chaussures, les vêtements, et les sacs osent tout, les couleurs, les dégradés, le cuir, la fourrure, les strass, les plaques de métal, le satin, les talons de 12 centimètres…

D’où vient cette originalité permanente et récurrente ? Tout simplement de l’intelligence et de l’exigence de Miuccia Prada, qui décida de choisir toutes les deux saisons un nouveau styliste tout juste diplômé. Un jeune styliste qui a par conséquent des idées nouvelles, fraîches et originales. Cruelle caractéristique des désirs de Miuccia, qui offre une opportunité à un jeune styliste, mais qui les licencie aussi vite qu’elle les a engagés.

Prada, c’est aussi Miu Miu, jeune marque à l’image de sa créatrice, plus excentrique et plus colorée, tout comme ses campagnes publicitaires. Le groupe sait faire des campagnes mystérieuses, dans lesquelles le sourire n’est pas roi, et où la provocation implicite est parfois présente. La marque, plus abordable, n’est pas souvent reliée à la marque Prada, mais sa qualité est celle d’un produit de luxe, et ce lien étroit si peu souvent décelé, est la preuve de la capacité d’originalité et d’innovation du groupe Prada.

Prada est un empire, mais c’est surtout une immense entreprise d’art, l’art de la haute-couture et l’art contemporain, car ses campagnes publicitaires sont de véritables œuvres, tout comme les books de ses défilés. Rien n’est négligé et le détail n’est pas secondaire. Mais il s’agit aussi d’un empire dont le PDG, bien qu’homme d’affaires évidemment efficace, n’a finalement pas d’impact sur les collections.

Prada s’envole, pourquoi ? Il est très probable que Lauren Weisberger ait joué un grand rôle dans ce succès bien sûr préexistant, mais récemment renforcé. Originalité et classe caractérisent les collections Prada, la marque ne s’essouffle pas et l’entreprise est gérée par quatre mains de maîtres : la créativité et l’intuition d’une femme, et l’intransigeance d’un homme.

Pour répondre à la question qui a été posée plus haut, évidence est de dire qu’il n’existe pas de nourriture Prada, mais au train où vont les choses, ça risque de ne pas tarder. La machine ne cesse de galoper, mais après le galop qu’y a-t-il ?

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 5 décembre 2007

PJ Harvey

Robe victorienne immaculée, teint blafard et inexpressif couronné de boucles brunes à peine indomptées, la jaquette du dernier album de la troublionne du rock a de furieuses allures de masque mortuaire. Bien que sorti le 25 septembre dernier, White Chalk semble évadé d’un autre temps, à des années lumières de ce à quoi P.J Harvey avait pu nous habituer jusqu’ici. Même le fan le plus inconditionnel mentirait s’il n’avouait ne pas avoir été désarçonné par la première écoute du dernier opus de l’ “excitante excitée“, comme celle-ci aime se surnommer. Une ligne de chant posée et légèrement plus aiguë qu’à l’accoutumée, avec pour seules fioritures quelques effets… Là même où l’on attendait des paroles pressées et des riffs cinglants, P.J nous prend de court et nous livre un album largement dédié au piano, instrument que par ailleurs,celle-ci n’avoue maîtriser qu’à moitié. En plus d’être le plus court de ses albums (33 minutes seulement !), White Chalk s’inscrit comme l’un des plus impressionnant tour de force qui ont marqué les 15 ans de carrière de la plus insaisissable des artistes rock.

Celle qui, en ce début des années 1990, avait créé l’événement avec son brûlot, Dry, prouvant de ce fait que le grunge-rock pouvait désormais se décliner au féminin, semble avoir rangé aux oubliettes sa folie, sa rage et sa frustration. Pour un temps, qui sait ? Pour PJ, l’heure est au luxe, au calme et à la volupté. Après avoir toujours traversé les époques et les modes avec une longueur d’avance, peut-être a-t-elle tout simplement envie de s’arrêter et de faire le point. D’où les questionnements métaphysiques sur la vie, la mort, ses petites joies et ses grands chagrins. Grande prêtresse du rock qui a su flirter entre autres avec le folk, l’électro, la pop et le hip hop, abordant tous les thèmes et styles, avec pour seul maître-mot la nouveauté, la miss Harvey est une énigme à part entière.
Lumière sur cette artiste tout sauf ordinaire!

She sells sea shells on the sea shore

Yeovil : big city dans ce Far West britannique. Pas de saloons balayés par des vents arides certes, mais pas plus d’animation aux kilomètres. Dans ce petit coin verdoyant du Sud-Est de l’Angleterre, ce sont plutôt les cochons et les moutons qui volent la vedette aux autochtones. Entre ses hameaux isolés et ses fermes désolées, c’est la contrée rurale par excellence… Presque “le trou du cul du monde” comme on aurait pu emprunter l’expression à Rimbaud et à son Charleville noyé sous les eaux. Trait d’union entre les fameuses mégalithes de Stonehenge et les hautes falaises du littoral limitrophe, ce petit coin du Sommerset est presque trop tranquille… Et pourtant, c’est le pays natal de l’illustre poète anglo-saxon T.S Eliott. Et de Polly Jean Harvey, par la même occasion.

Née le 9 octobre 1969 à Yeovil, mais élevée dans une bergerie de Corscombe, Polly a tout eu d’une enfance bohème. Des parents post hippies, qui en plus de travailler la pierre et de s’affairer dans la ferme familiale, organisaient régulièrement des concerts de rock, de blues et de jazz, lui ont indubitablement fait développer ses capacités artistiques. Comme la chanteuse l’a confié en 1995 au magazine Rolling StoneJ’ai été élevée au son de John Lee Hooker, Howlin’ Wolf, Robert Johnson et beaucoup de Jimi Hendrix et de Captain Beefheart. J’ai donc été exposée à tous ces musiciens d’exception très tôt, ça m’est toujours resté et j’ai même l’impression que, plus je vieillis, plus ça revient à la surface. Je pense que ce que nous devenons avec l’âge est le résultat de ce que nous avons connu dans notre enfance“.
Marquée par cette première rencontre avec la musique, P.J commence à s’essayer au saxophone à l’âge de 11 ans. Elle l’étudiera pendant huit ans. De formations de jazz en tournées de pub, l’ado garçon manqué touche également à la guitare qui sera sa deuxième grande découverte. Devenue grande fan de la scène indépendante US (Pixies, Television, Slint), PJ commence à écrire et intègre ses premiers groupes : Bologna, The Polekats, The Stoned Weaklings et Automatic Dlamini, en alternant instruments et chœurs vocaux. C’est d’ailleurs dans ce dernier que Polly Jean s’attirera une collaboration des plus prolifiques en la personne de John Parish, leader du dit groupe et futur orfèvre de la patte Harvey.

Comme celui-ci le confie en octobre 2001 au détour d’une interview pour les Inrockuptibles : “J’ai rencontré Polly il y a maintenant dix ans. Je me rappelle le jour avec précision, puisque c’était son anniversaire. Un ami commun m’avait invité à venir jouer avec mon groupe de l’époque, Automatic Dlamini, pour les 17 ans de cette fille que je ne connaissais pas. [...] Et puis finalement, le jour venu, notre batteur qui est devenu plus tard le premier batteur de PJ Harvey est tombé malade et nous avons dû annuler le concert. Je suis donc allé seul à l’anniversaire, soulagé à l’idée de ne pas devoir être l’attraction. Et au détour d’une conversation, elle m’a avoué qu’elle écrivait des chansons. J’étais le musicien de la soirée, ça a eu pour effet de briser tout de suite la glace entre nous. Je lui ai proposé de m’envoyer des cassettes, par politesse mais aussi avec une certaine curiosité. Je me demandais quel genre de chansons une aussi frêle personne pouvait écrire. Lorsque j’ai reçu la première cassette, je n’ai pas été déçu. Comme je cherchais quelqu’un pour chanter au sein d’Automatic Dlamini, j’ai aussitôt pensé à elle. C’est ainsi qu’a démarré notre collaboration. J’ai eu la chance de la rencontrer au moment précis où s’opérait chez elle une véritable mutation, à la fois physique et artistique. Sa voix changeait, sa musique aussi, elle était en train de grandir en même temps que ses chansons. C’était très intéressant à observer : en quelques mois, Polly a transformé ses timides chansons folk de teenager en véritables brûlots, ceux-là mêmes qu’on retrouve sur “Dry” et qui l’ont rendue célèbre. Evidemment, il n’était pas question pour elle de s’éterniser au sein d’un groupe. Je l’ai encouragée à se jeter seule dans le grand bain, en sachant qu’elle pourrait toujours compter sur moi“.

You’re not rid of me

Forte de ses premières expériences musicales probantes, PJ forme son propre premier groupe, avec elle-même au chant et aux guitares, Rob Ellis à la batterie et Ian Olliver bientôt remplacé par Steve Vaughan à la basse. En ce début d’année 1991, Polly, qui s’apprête à rentrer au Central Saint Martins College of Art & Design de Londres, se demande ce qui, entre la sculpture ou la musique décidera de sa carrière… Une question qui trouvera réponse quelques mois plus tard. Au mois d’Octobre de la même année en effet, le premier titre du trio “Dress” est diffusé sur les ondes sous le label indépendant Too Pure. Sacralisé “Single de la Semaine” par le critique vedette de l’incontournable Melody Maker, John Peel, qui admire “la façon dont Polly Jean semble happée par le poids de ses propres chansons et arrangements, comme si l’air en était littéralement aspiré“[...], “Dress” annonce un premier album des plus réussis.

Véritable usine à tubes, Dry sort en juin 1992. Les passions se déchaînent des deux côtés de l’Atlantique : tandis que le New Musical Express lui délivre un 9/10, Rolling Stone décerne à PJ Harvey les titres de Meilleure Auteur-Compositeur et Meilleure Artiste Féminine de l’Année. Il est vrai que, malgré son jeune âge (22 ans), la Miss Harvey possède une sacrée maturité musicale. Avec des textes travaillés mais sans concessions, sur fond de rock pur et dur qui feront sa marque de fabrique, PJ a conquis un public déjà séduit par ses portraits brossés à l’acide caustique. Avec des titres oscillant entre l’humour (“Dress” ou Sheela-Na-Gig”) et l’émotion (“Oh My Lover”, “Happy and Bleeding”), Dry insuffle un vent de renouveau au rock alternatif en livrant un album de rock féminin et rageur, aux compositions simples mais novatrices. Belle récompense pour l’artiste qui, pensant que ce serait son premier et dernier album, y a mis toutes ses tripes.

A peine remis du choc de Dry, Polly Jean et son groupe malmènent à nouveau un public devenu accro à l’artiste et à son caractère bien trempé. Après avoir posé torse nu, dos à la caméra, avec une aisselle relevée laissant deviner qu’elle n’a pas vu un rasoir depuis longtemps, pour le compte encore du New Musical Express, Polly persiste et signe un deuxième album intitulé “Rid Of Me”. Car c’est sûr, celle-ci a accroché une nuée d’admirateurs qu’elle n’entend pas lâcher de sitôt. Produit par Steve Albini sur le label Island, qui s’était déjà illustré avec des groupes comme les Pixies ou les Breeders, Rid Of Me pousse encore un peu plus le filon “chanteuse à grande gueule” en faisant au maximum l’économie sur les arrangements sonores. Résultat : un disque au son sale et dur, aux paroles possédées et toujours sans concessions, résolument anti-commercial. Ce qui deviendra certainement l’album le plus brut de PJ, crache dans une rage féminine rarement atteinte des titres tels que “Rid Of Me”, “Hook”, “50 ft Queenie”, “Highway’ 61″, “Yuri G”, “Dry”, “Man Size”. Avec pour leitmotiv, le désir, la frustration et les illusions perdues, PJ n’en oublie pas pour autant une autre thématique importante dans son univers : le sexe. De manière détournée, comme dans le titre éponyme “Rid Of Me” : [...]“I’ll tie your legs/ Keep you against my chest/ Oh you’re not rid of me/ Yeah you’re not rid of me/ I’ll make you lick my injuries/ I’m gonna twist your head off, see� [...]. Ce qui donnerait en français : [...] “Je t’attacherais les jambes/ Pour te garder contre ma poitrine/ Oh t’en as pas fini de moi/ Ouais t’en as pas fini de moi/ Je te ferai lécher mes blessures/ Je te dévisserai la tête, compris” [...]. Ou de manière plus directe dans “Man-sized” ou “Dry”, aux titres moins équivoques.

Néanmoins pas réellement satisfaite de la production sur Rid Of Me (ROF), qui sera le dernier album pour le trio originel, Polly Jean décide de sortir 4-Track Demos six mois plus tard. Regroupant 8 démos de ROF et 6 démos de faces B ou d’inédits, 4-Track Demos apparaît, ironie du sort, beaucoup plus clair que l’album fini. Les fans ne sont pas dupes et se ruent sur la dernière mouture. Comme Harvey l’a elle-même expliqué au détour d’une interview pour le magazine Filter en 2004 : [...] “C’était comme montrer une autre facette de ce que je fais et introduire de nouvelles chansons que je n’avais pas encore enregistrées sur un disque. C’était une chose sympa à faire et je pense que c’était le meilleur moment parce que mon trio venait de se séparer et que j’étais dans une sorte d’impasse avant de décider de ce que je voulais faire de nouveau. Donc, c’était comme une sorte d’interjection avant de savoir ce que j’allais devenir” [...].

1995 est l’année qui accompagnera la sortie du quatrième album de la miss Harvey, intitulé To Bring You My Love (TBYML). Produit par le trio Harvey-Parish-Flood et mis dans les bacs en février, l’album est à ce jour la plus grande réussite commerciale de l’artiste, qui fait désormais cavalière seule. Relayé par MTV qui diffuse en boucle le titre phare “Down By the Water” et par tous les médias des deux côtés de l’Atlantique, TBYML séduit les derniers résistants au phénomène PJH. Installée dans le Dorset après avoir quitté Londres, la plus scandaleuse des songwriteuses brit signe un album bluesy à souhait avec un esthétisme à la haute valeur ajoutée. Celle qui auparavant se négligeait, se prend des airs de diva excentrique en arborant lors de ses représentations strass, paillettes, boa et black wonderbra. Bienvenue dans l’univers fantasque de PJ où une mère infanticide implore la rivière de lui rendre son enfant (“Down By The Water”) et où les serial-killers ont des inspirations divines (“Working For The Man”). Avis aux détracteurs qui ont voulu la borner à un rock sale et rageur : la belle a de l’énergie à revendre en ce qui concerne son cheminement musical. Sa devise : toujours en avance, mais jamais en retard. En route pour une tournée mondiale de dix mois.

Avec Polly, nous n’avons guère besoin de discuter pendant des heures pour savoir comment doit sonner tel ou tel titre. Nous sommes si proches l’un de l’autre depuis tant d’années que nous avons appris à laisser agir nos instincts respectifs. Nous voulions réaliser un disque qui fonctionne sur un registre émotionnel fort, notamment en ce qui concerne les parties vocales, pour lesquelles Polly s’est engagée à fond” [...] (Les Inrockuptibles, octobre 2001). Premier disque à faire figurer les deux noms de John Parish et de Polly Jean Harvey sur la même pochette, Dance Hall at Louse Point (DHALP) (septembre 1996) est un album riche d’expérimentations vocales et musicales. Teinté de notes blues, rockabilly et électro, l’album n’a malheureusement pas eu le même impact que les précédents. Peut-être les auditeurs potentiels ont été quelque peu décontenancés par la présence des deux noms en couverture, toujours est-il que DHALP est le petit couac dans la discographie de la belle. Seul single promotionnel “That Was My Veil” élude d’autres titres d’aussi bonne facture tels que “Civil War Correspondent” ou “Taut”. Rien qu’à l’écoute, on se rend compte que le tournant Is This Desire? est en passe d’être franchi.

Digne successeur de To Bring You My Love, en version plus sombre, Is This Desire? débarque sur les ondes en septembre 1998. Chef d’œuvre de rock alternatif mâtiné de sons expérimentaux et électroniques, la dernière mouture de la très prolifique Polly J accuse encore un peu plus le fossé franchi depuis ses débuts. Dans son disque préféré, Polly y a mis toutes ses tripes : pas moins de 12 portraits de femmes écorchées par la vie pour répondre à la question de la nature même du désir. Entre Angelene, une prostituée à la recherche de l’homme de sa vie, Catherine, une femme introvertie et solitaire vivant dans l’isolement le plus complet et Joy, qui porte bien mal son nom, Is This Desire? se lit en même temps qu’il s’écoute. Grande performance stylistique et musicale, qui vaudra à la chanteuse l’obtention d’un Grammy Award pour la Meilleure Performance de Musique Alternative de l’Année.

Ecrit entre le Dorset et New York où PJ a posé ses bagages quelques mois, Stories from the City, Stories from the Sea annonce le grand retour de la chanteuse en octobre 2000. Considéré comme son deuxième grand succès commercial, l’album révolutionne la discographie de l’artiste jusqu’alors résolument teinté de noir et de mélancolie. Empreint d’optimisme, Stories… est une charmante découverte pour ceux qui avaient toujours été hermétiques au style de la songwriteuse. Véritable ode à la capitale américaine (“Good Fortune», “You Said Something”), on y devine que la chanteuse est ressortie grandie de cet exil yankee. Même les chansons d’amour n’ont (presque) plus leur résolution tragique (“This Mess We’re In”, “This Is Love”, “We Float”). En s’offrant Thom Yorke en guest sur les chœurs de “This Mess We’re In” et Rob Ellis à la production, Harvey rafle l’ensemble des suffrages en vendant près d’un million de copies à l’international, devenant de ce fait disque d’or de l’autre côté de l’Atlantique. Sous le charme, les cousins d’Amérique voient en elle la digne héritière de Patti Smith.

Quatre ans après avoir réalisé Stories…, PJ refait surface sur la scène musicale avec son très attendu Uh Uh Her. Sorti le 1er juin 2004, l’album prend tous ses fans de court par ses sonorités très blues et ses riffs de guitare si caractéristiques. Impossible de ne pas penser à Dry ou Rid Of Me. A ceci près que la post ado rebelle laisse maintenant place à une femme au ton plus posé : tantôt femme fatale en rogne contre l’amour, tantôt femme enfant qui le réclame, PJ égrène des chansons minimalistes aux rythmes entêtants. Dans cet album plus que dans les autres, celle-ci utilise sa propre voix comme un instrument. Que ce soit dans “The Life and Dead Of Mr Badmouth”, “Shame”, “Cat on The Wall” ou “The Desperate Kingdom of Love”, on n’arrive pas vraiment à savoir, quoi de la voix ou des riffs de guitares l’emportent sur le rythme final. Un album tout en hargne et en fougue, en calme et en délicatesse.

Esprit frappeur

“Petite, j’ai voulu être vétérinaire, puis infirmière, pilote d’avion parce que je faisais beaucoup de cheval, sculptrice. Mais jamais chanteuse. Le rêve qui s’est réalisé, c’est de trouver un moyen de communiquer dans un registre artistique et d’arriver à en vivre. J’ai toujours su que je voulais communiquer, m’ouvrir à l’extérieur, mais sans savoir comment. [...] Je rêve beaucoup, certaines de mes chansons viennent de mes rêves. J’écris aussi beaucoup de poésie, qui vient souvent de mes rêves, de mon inconscient. Je sais faire fonctionner mon imagination, rêver même quand je suis éveillée. Ca ne vient pas aussi facilement que quand j’étais enfant, parce que je suis accaparée par toutes les responsabilités adultes. Mais quand j’écris des textes, je passe beaucoup de temps à retrouver l’état d’esprit dans lequel j’étais enfant. Je cherche cette énergie. Mais pour moi, l’écriture est plus qu’un moyen de rester en contact avec l’enfance : c’est ma façon de communiquer avec l’extérieur. J’envoie des choses et j’en reçois en retour, heureusement ça marche dans les deux sens”.
Cette confession accordée aux Inrocks en novembre 2000 permet à PJ de récuser une autobiographie complète de ses œuvres. Les textes de la demoiselle pas si personnels que ça ? Dans ce chassé-croisé entre le rêve et la réalité, Polly s’amuse à titiller les nerfs d’un public qui, devant tant d’opiniâtreté, ne sait finalement plus où donner de la tête. Tour à tour virago, vamp, névrosée et femme-enfant, PJ multiplie les masques et les décors : non contente de sa carrière personnelle, celle-ci s’attaque également à celle des autres. Pour preuve : sa participation aux albums de Nick Cave (The Murder Ballads), de John Parish (How Animals Move) et des Queens of the Stone Age (Desert Sessions), des apparitions dans des films d’auteurs (“The Book of Life de Hal Hartley” et “A Bunny Girl’s Tale” de Sarah Miles), un album hommage à son défunt ami, John Peel, critique musical et animateur radio (The Peel Sessions 1991-2004), des expos de sculpture et des recueils de poésie parus sous son nom… La vie de Polly Jean semble plus qu’accomplie. Et pourtant, la miss ne se paye-t-elle pas le luxe de lâcher sur son dernier album “S’il te plaît, ne me critique pas, pour, pour, ce vide qu’est devenu ma vie” ! (“Broken Harp”).
Si le temps semble avoir adouci sa musique, il est moins certain qu’il en ait été de même pour le tempérament de l’artiste. Insatisfaite chronique, Polly pousse un peu plus loin les bases déjà jetées sur Uh Uh Her et livre un album mélancolique, où les remords et les regrets se disputent la première place. En héroïne romantique tout droit sortie de la littérature du XIXe siècle, le fantôme de PJ convoque les esprits à sa table. Ame solitaire luttant contre ses démons (“The Devil”), ectoplasme d’un amour réduit à son crépuscule (“Dear Darkness”), songes d’un enfant qui demande à sa mère comment grandir (“Grow Grow Grow”) ou qui tente de faire parvenir un message d’amour à sa grand-mère décédée (“To Talk To You”), les personnages qui se succèdent dans la peau de l’artiste sont d’un réalisme émotionnel tout à fait frappant. 11 chansons aériennes flottant sur 33 minutes, pas franchement gaies, mais qui au fur et à mesure des écoutes, se révèlent magnétiques. Une voix aiguë, omniprésente, révélant le spectre vocal tout à fait extraordinaire de la chanteuse, un piano tantôt timide tantôt effronté, agrémenté par ci par là d’une multitude d’instruments et d’arrangements (dont une harpe cristalline) confèrent à l’album une profondeur tout à fait poignante. Passerelle entre les dimensions et les époques, White Chalk en surprendra plus d’un. Encore un fois, le fruit des amours de Harvey, Parish et Flood promet de devenir un classique. “Ce qui a de génial avec l’apprentissage d’un nouvel instrument c’est… qu’il libère votre imagination” avouait Polly dernièrement. Il y a fort à parier qu’on n’en pas finit de trouver PJ là où l’imaginait le moins.

(Les photos proviennent du site http://www.pollyharvey.co.uk/)
Sources :

http://www.pj-harvey.net

http://www.pollyharvey.co.uk/

http://www.myspace.com/pjharvey

http://www.xsilence.net/artiste-132.htm

http://www.lemonde.fr

http://www.liberation.fr

http://www.lesinrocks.com

http://en.wikipedia.org

http://fr.wikipedia.org

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 5 décembre 2007

La mangue

Aujourd’hui, je vous propose de voyager vers des contrées exotiques pour y découvrir les 1001 façons de cuisiner la mangue…

En fait, c’est plutôt la mangue qui viendra à nous et deux recettes devront suffir à vous en inspirer 999 autres… Mais avant de passer en cuisine, intéressons-nous à ce fruit bizarre consommé à la fois sucré et salé.

La mangue est le fruit du manguier, cet arbre originaire d’Inde et de Birmanie pousse essentiellement en Asie (Inde, VietNam, Pakistan, Chine, etc.). Les mangues que nous consommons en Europe nous proviennent généralement du Brésil (en hiver) ou du Burkina et de Côte d’Ivoire (en été). C’est un fruit charnu d’environ 300 à 700g de couleur jaune, verte ou rouge. Pour la choisir, ne vous fiez pas à sa couleur mais tâtez-la, elle doit être souple et parfumée. Pour la conserver, évitez le réfrigérateur car la mangue dépérit en dessous de 8°. D’un point de vue nutritionnel, la mangue est riche en provitamine A et en vitamine C, elle est également pleine de fibres pour un apport moyennement calorique puisque avec ses 60kcal/100g elle se situe entre la pomme (54kcal/100g) et la cerise (70kcal/100g).

Pour la déguster, on peut la consommer nature ou en salade de fruit comme je vous le propose dans ma salade de mangue au citron vert et au piment oiseau (pili-pili) ou cuite en accompagnement de viande ou de poisson comme dans cette recette de filet mignon de porc farci à la mangue et aux abricots. En Asie et dans les Antilles, on la consomme encore verte, crue ou cuite, pour accompagner un plat ou sous forme de chutney.

SALADE DE MANGUE, CITRON VERT ET PIMENT OISEAU (PILI-PILI)

Pour 4 personnes

Préparation : 10min

Ingrédients :

- 400g de chair de mangue

- 1 citron vert (lime) non traité

- 1 pincée de piment oiseau eu poudre (pili-pili)

Préparation :

- Peler et couper la mangue en cube ou en tranche.

- Laver et zester le citron vert, presser son jus.

- Mélanger la mangue, le jus et le zeste de lime.

- Saupoudrer de piment oiseau. Attention, c’est un des piments les plus puissants au monde !

Il n’y a plus qu’à déguster ce mariage des plus réussis : on y découvre la douceur de la mangue, la fraîcheur du citron vert et la chaleur du piment. Un délice !

FILET MIGNON FARCI À LA MANGUE ET AUX ABRICOTS

Pour 4 personnes

Préparation : 15min

Cuisson : 35min

Ingrédients :

- 1 filet mignon de 550/600g ou 4 mignonnettes de porc

- 120g de mangue

- 120g d’abricot (hors saison il est possible d’utiliser une conserve au jus)

- sel, poivre

- 1/4CC de paprika

- 1/4CC de gingembre

- 1/4CC de curry

- 2CS de miel

- 2CS de sauce soja

- 2CS d’eau (ou de jus d’abricot ou de mangue provenant de la conserve)

- 10g d’amandes effilées

- persil ou coriandre

Préparation :

- Ouvrir le filet mignon en 2 (comme un sandwich) ou en trois façon butterfly (ou demander au boucher de le faire). S’il s’agit de mignonnettes, les ouvrir en portefeuille.

- Peler et couper la mangue en petits dés, couper les abricots en petits dés également.

- Mélanger les fruits avec le sel, le poivre et les épices.

- Farcir le filet de porc des fruits épicés et refermer à l’aide de cure-dent ou de ficelle de cuisine.

- Enfourner à 180° pour 30 à 35min.

- Pendant la cuisson de la viande, préparer la sauce en mélangeant le miel, la sauce soja et l’eau ou le jus dans une poêle. Réserver.

- Faire griller les amandes à sec.

- Au moment de servir, napper le filet de porc farci de sauce au miel et au soja et parsemer d’amandes effilées et de persil ou de coriandre.

Dégustez et laissez-vous transporter par les saveurs sucrées-salées… Accompagnez ce repas de riz basmati.

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 5 décembre 2007

Olivier Adam – Falaises

Olivier Adam - Falaises

Olivier Adam, né en 1974, est un jeune écrivain qui s’adresse autant aux adolescents qu’à leurs parents.

Femme en voiture, ça va être dur

Femme en voiture, ça va être dur

Ce week end, vous partez en voiture à Chausigny-lès-balconnières sur la demande (terme politiquement correct : en fait “sur l’ordre”) de votre copine qui souhaite participer au premier festival régional agroalimentaire de Meurthe-et-Moselle. Vous avez, comme chaque week-end, du mal à cacher votre joie.

La Vie de Rêves

Vie de rêves

Les boites de “com” : un boulot fun, des soirées au champagne et des amis hypes. Ca fait rêver. Mais qu’en est-il en vrai ? C’est autour du domaine de la communication événementielle que s’est ainsi penchée la Funny Valentine Company.

Robert Merle – Malevil

Pâques, 1977. La vie suivait paisiblement son cours dans la forteresse rénovée de Malevil. Emmanuel Comte, propriétaire des lieux, parlait avec animation des prochaines élections municipales avec ses amis quand eut lieu l’événement. Alors que rien ne l’annonçait, une guerre atomique éclate. Abrités dans la cave du château, Emmanuel et ses amis échappent au brasier terrible… Mais le bilan est catastrophique. Rien ne subsiste de la vie telle qu’ils l’avaient connue : plus un arbre, plus une maison, plus un animal, tout est carbonisé. La survie s’organise alors, entre désespoir et acharnement, volonté de perpétuer l’espèce et fatalisme…

Le groupe doit composer avec ses différences idéologiques, les réserves qui s’épuisent, et les bandes armées qui convoitent leur forteresse. Malevil plonge notre civilisation en plein Moyen Age, dans un monde incertain, mais surtout plein d’espoir… Un livre vraiment passionnant, qui fait du bien.

Marc Vella – Le funambule du ciel

Né en 1961, Marc Vella est un homme qui depuis des années voyage de pays en pays avec son piano. Il s’installe ainsi n’importe où, dans des endroits incroyables de par leur beauté et leur inaccessibilité parfois, dans des villages où parfois on n’oserait pas aller. Il va ainsi avec sa musique à la rencontre des gens, simplement pour échanger quelques notes de musique et les faire voyager, en les faisant participer. Avec son livre “le funambule du ciel”, il offre un conte merveilleux sur l’amour, sur la rencontre avec l’autre. Le Funambule du ciel est un poète, maladroit parfois, amoureux souvent, en quête d’amour tout le temps. Marc Vella a choisi de parler d’un thème universel sous la forme d’un conte magnifique où poésie et beauté du personnage sont mêlés et nous offre ainsi une belle histoire qui nous émerveille, nous attendrit mais également qui nous interroge sur la relation avec l’autre et les difficultés à vivre ensemble. Le funambule est un être attachant qui découvre la vie, l’amour et qui nous montre que parfois les échecs sont source d’inspiration pour repartir de plus belle. Ce livre est un enchantement à chaque ligne !

Joy Division – Closer

Dépressifs, suicidaires, passez directement au disque suivant. Le nom du groupe s’inspire des prostituées juives dans les camps de concentration, le chanteur s’est pendu et le groupe a continué sous le nom de New Order(équivalent du FN en Angleterre). La pochette blanche et grise avec un gisant donne le ton… Pour la musique, c’est de la “Cold Wave”, tout est grave et sombre : la basse, les percussions, la voix de Ian Curtis dont la courte vie a inspiré le film récent “Control” d’Anton Corbijn. Si vous l’écoutez quand même, vous risquez gros mais je fournis l’antidote dans les chroniques suivantes. (cf la chronique sur les Wombats)

A écouter : “Isolation” – “Means to an end” – “Heart and Soul”

Maria pleine de grâce

Sorti en 2004, “Maria pleine de grâce” (“Maria, llena eres de gracia” de son titre original), réalisation américano-colombienne, retrace l’histoire d’une jeune femme à peine sortie de l’adolescence, confrontée au choix crucial de quitter son pays ou de continuer à vivre dans la misère, sous le joug des contraintes d’une société conservatrice et machiste. Avec ce film étonnant d’émotion, de sincérité et de justesse, Joshua Marston parvient à traiter le thème du trafic de drogue colombien “d’en bas”, comme un problème de société, et non pas seulement comme l’affaire de narcotrafiquants criminels violant la loi depuis des décennies.

Ce film présente donc de multiples intérêts. D’un point de vue sociétal, il nous transporte dans la Colombie récente, gangrenée par une guerre civile qui n’a toujours pas trouvé d’issue et qui participe de la société de violence de ce pays. Mieux, il nous fait pénétrer dans la quotidienneté des familles modestes d’ouvriers dont les enfants travaillent également pour subvenir à leurs besoins. Maria Alvarez (Catalina Sandino Moreno) est l’une de ces “enfants” sans autre avenir que l’usine. Jeune fille de classe modeste donc, Maria vit à l’étroit dans une petite maison au Nord de Bogota, où s’entassent trois générations de sa famille. Elle travaille, comme les autres femmes de sa famille et de son quartier, dans une plantation de roses, célèbre production du pays, où les règles sont toujours plus rigides. La pression et la cadence sont dures à supporter, mais ce travail lui permet de faire vivre sa famille, autre poids inaliénable pour l’adolescente.

Bientôt, cette dernière apprend qu’elle est enceinte. Or le futur père se refuse à lui offrir un avenir comme famille.

Maria accumule la rage provoquée par ces injustices sur lesquelles elle n’a aucune prise. Mais cela va changer. A force de reculer, la jeune femme va sauter. Un soir, elle rencontre un jeune homme “chic” qui lui parle d’un travail bien payé qui lui permettrait en plus de voyager. Maria y voit l’opportunité de caresser d’autres cieux, de découvrir le monde, sans les contraintes que lui impose la vie jusqu’à présent. Ce jeune homme est en réalité un mafieux qui opère dans la zone et participe au passage de la drogue de Colombie aux Etats-Unis. Se sentant prisonnière d’un côté comme de l’autre, Maria va accepter de faire la “mule” en avalant des capsules d’héroïne qui transiteront dans son corps quelques heures, le temps de passer frontière et contrôles policiers devenus de plus en plus fréquents et stricts. Cet argent “facile”, Maria découvrira qu’elle le gagne au péril de sa vie. Même si ses contacts avec les trafiquants ne sont que ponctuels, elle découvrira, en même temps que le spectateur, que leur monde est sans pitié.

“Maria pleine de grâce” est donc également l’histoire d’une jeune femme courageuse et inconsciente à la fois qui va assumer jusqu’au bout ses choix. C’est l’évolution d’une personne que l’on suit et avec laquelle il se crée comme une empathie tout au long du film. Le spectateur est pris du même vertige qui habite Maria, il ressent la violence aussi forte qu’elle.

Ours d’argent de la meilleure comédienne et meilleur premier film au festival de Berlin, grand prix du jury à Deauville (2004), meilleur drame et prix du public à Sundance (2004) et nominé aux Oscars dans la catégorie “meilleure actrice” (2005), “Maria pleine de grâce” est donc en passe de devenir un film culte. A la limite du documentaire scénarisé, le premier film de Joshua Marston est donc un total succès. Apprécié en Colombie même, il puise sa force dans la justesse de ses propos, et dans la performance de la jeune actrice qui incarne Maria. Une réalisation à ne pas rater, tout en rappelant la violence de certaines scènes qui contribuent, en même temps que les sentiments de révolte de personnes ordinaires qui aspirent simplement à une vie meilleure, à la crédibilité spectaculaire du film.

Liens d’intérêt :

Site officiel : http://www.mariafullofgrace.com/

Interview de Joshua Marston :
http://www.ecranlarge.com/article-details_c-interview-19.php

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