Tous les articles de Violaine

Philippe Claudel – Le rapport de Brodeck

Un livre qui donne à la fois les larmes aux yeux et la nausée. La societé post-seconde guerre mondiale, dans une campagne isolée dans l’Est de la France : le décor est planté. Par bribes, l’histoire avance, de découverte en découverte, ce qui incite le lecteur à toujours imaginer le pire -et on en est finalement assez proche-. Pourtant, Philippe Claudel ne s’embarasse pas de mots crus. Le langage est simple, bourru même, mais aussi poètique. Ce sentiment désagréable qui nous étreint est un pur produit de notre imagination. On comprend le meurtre dès le début et chaque page nous fait redouter la description atroce qui ne vient finalement jamais. Le malaise et l’émotion sont pourtant bien là…

Ian McEwan – Délire d’amour

Joe Rose est impliqué avec quelques autres dans un accident mortel qu’ils n’ont pu empêcher. Rongé par la culpabilité, il ne cesse de penser à l’accident. Un autre témoin, Jed Parry, tombe fou amoureux de Joe, se met en tête que cet amour est réciproque (pire, qu’il est sollicité) et qu’il a reçu la mission divine d’apporter la foi au journaliste scientifique athé qu’est Joe Rose. Harcelé, Joe tente de porter plainte et de sauver son couple ; hèlas, tout le monde semble croire à un délire de persécution. Le roman est écrit avec la froideur scientifique du personnage principal ; l’écriture, de longues phrases ârfois ironiquement grandiloquentes, ne manque pas de charme et le livre transpire le suspense.

Simone de Beauvoir – Journal de guerre

Ecrit au début de la seconde guerre mondiale, ce journal retrace l’attente de Simone de Beauvoir à Paris, alors que ses amis, dont Jean-Paul Sartre, sont en garnison. On y suit aussi sa vie sentimentale, sa relation avec une de ses èlèves, Olga, et le cheminement de son roman. Ce “Journal de Guerre” est donc un récit d’attente et de travail, de questionnement et de réflexion sur soi. Il est également intéressant de le comparer aux lettres envoyées à la même époque par Simone de Beauvoir à Sartre ou quelques autres de ses amis. On appréciera la précision de l’écriture et de la réflexion sur soi à laquelle se livre ici Simone de Beauvoir ; on regrettera parfois le ton un peu froid et factuel du récit, après le foisonnant récit des “Mémoires d’une jeune fille rangée”.

Billie Holiday – Lady sings the blues

Billie Holiday, trois ans avant sa mort en 1959 (usée prématurèment par la drogue, le tabac et l’alcool), publie “Lady sings the blues”. Ecrite en collaboration avec le journaliste William Dufty, cette magnifique autobiographie se veut sans fard et sans concession. Billie Holiday y fait preuve d’une franchise touchante envers ses erreurs et d’une verve incroyable ; le style est très oralisé et parfois franchement drôle. Cependant, il est aussi parfois triste, en témoignent ces pages où elle décrit la vie des Noirs dans les années 30, son enfance difficile, sa mère, de treize ans plus âgée qu’elle, le racisme quotidien. L’interprête de “Strange fruit” mêle habilement des réflexions sur la musique, le jazz et la création artistique, à des réflexions sur l’engagement et le combat pour faire valoir l’égalité des droits entre Noirs et Blancs.

Amélie Nothomb

Amélie Nothomb

Auteur incontournable de la littérature contemporaine, qu’on l’apprécie ou non, Amélie Nothomb met tout le monde d’accord sur un point : elle ne laisse personne indifférent.

Virginia Woolf – Une chambre à soi

Virginia Woolf analyse ici les raisons qui font que les grands auteurs classiques (avant elle !) ne comportent pas de femmes dans leurs rangs. Selon elle, cela tient à deux choses : le fait que les femmes n’aient pas de chambre personnelle, et le fait qu’elles n’aient pas d’argent. Donnez-leur une chambre et 500 livres de rente, les femmes écriront. L’analyse est originale parce qu’elle traite un problème qu’on pense souvent intellectuellement de façon matérielle. Tout cela n’est qu’une affaire d’argent et de place au sein de la maison ! Imaginant ce qu’aurait été la vie d’une fictive Judith, soeur de Shakespeare, elle en arrive à cette conclusion : une femme est si privée de sa liberté, et ce depuis toujours, que seul un homme pouvait écrire ce que Shakespeare a écrit. Une femme ne travaille pas parce que c’est son mari qui prendra son argent ; une femme n’a pas de chambre à elle ; une femme n’est donc pas écrivain. Un livre très, très étonnant.

D.H Lawrence – L’amant de Lady Chatterley

Le film a fait grand bruit et, si ce n’est déjà fait, doit être une invitation à lire le livre au plus vite. En effet, le livre de Lawrence est sans doute un des livres où l’on parle de sexe et d’amour de la façon la plus émouvante et la plus tendre qui soit – Lawrence ne s’y était pas trompé et avait envisagé, un temps, d’intituler son œuvre Tenderness. Constance, bourgeoise frustrée vivant avec son époux, un homme pédant et sévère, mutilé durant la Première Guerre mondiale, a une liaison avec son garde-chasse. Le roman est celui de la découverte : celle du plaisir, de l’amour et d’une véritable tendresse qui s’installe entre les personnages ; mais aussi celle des problèmes de la classe ouvrière. Les relations entre les personnages sont très intelligemment décrites, celles de la bourgeoisie face à la classe ouvrière, celle de l’époux trompé à son épouse, celle de la femme infidèle face à la garde-malade qui sait… Ce livre est littéralement à tomber par terre.

Haruki Murakami – Kafka sur le rivage

L’auteure de cette chronique n’est pas sûre d’avoir compris ce roman, mais elle est sûre de l’avoir aimé. En fait, voilà un roman bien mystérieux, tellement mystérieux que la fin nous laisse quelque peu frustrés. On sent bien que quelque chose nous échappe : qui est finalement ce Kafka qui depuis son plus jeune âge s’entraîne physiquement, mène une drôle d’existence solitaire, lit et se rebelle contre le système scolaire ? Pourquoi Nakata, depuis cet étrange coma de plusieurs semaines, peut-il comprendre les chats ? Que penser de cette Pierre de l’Entrée ?

Les réfèrences à Radiohead, les pensées de Kafka … rendent ce livre très proche de nous temporellement, mais celui-ci reste toujours distant, quelque chose de ce monde fictif nous échappe, nous glisse entre les doigts. Quoiqu’il en soit, le roman s’avère prenant et comme le dit si bien l’auteur, il ne reste que des “hypothèses invérifiées” à la fin : de quoi le relire pour percer ses mystères.

Irène Némirovsky – Les feux de l’automne

Le roman, publié une dizaine d’années après la mort d’Irène Némirovsky à Auschwitz, est une histoire d’amour et de societé. On commence en 1914 à suivre les jeunes personnages ; on les quitte adultes au milieu de la Seconde Guerre mondiale. Bernard, adolescent de dix-huit ans, idéaliste et patriote, s’engage dans l’armée et va combattre dans les tranchées. Thèrèse épouse un médecin, Martial, qui meurt peu de temps après ce mariage, en voulant récupérer un blessé sous les bombardements. Le reste du livre est une lente progression : une progression vers une relation entre Thèrèse et Bernard, une relation aux débuts difficiles car Bernard incarne les changements de la societé et Thèrèse son versant conservateur. Et une progression, lente mais inéluctable, où l’argent devient la valeur suprême. L’écriture est agréable, sobre, épurée mais précise ; le récit est un cheminement où les personnages incarnent les changements de la societé dans laquelle ils vivent. Le tout est pertinent, intelligent et agréable. Irène Némirovsky est depuis peu “re-découverte” depuis que plusieurs de ses manuscrits ont été retrouvé, notamment Suite Française, prix Renaudot 2004.

Mishima – Une matinée d’amour pur

Ce livre est un recueil de sept nouvelles de Mishima publiées entre 1946 et 1965. La nouvelle éponyme est absolument sublime. Chez Mishima on retrouve très souvent ce schéma : une double manipulation, c’est-à-dire celle qui se joue entre les personnages, et celle qui se joue entre l’écrivain et son lecteur ; car Mishima manipule le lecteur mieux que personne. L’écriture, toujours entre le poètique et le trivial, les détails que ne manquent pas de noter les personnages de Mishima, en toute innocence, et ces descriptions absolument parfaites, ni trop longues ni trop courtes, magnifiques : il faut lire Mishima. Et dans ce recueil, il ne faut pas passer à côté -en plus de celle qui a donné son titre au recueil- du “Cirque et Haruko”, pour les relations troubles.

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