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Benoit Caudoux – Sur quatorze façons d’aller dans le même café

Benoit Caudoux

Le troisième roman de Benoit Caudoux sort ce mois-ci. Notez bien la date dans votre agenda ; ce livre vaut le détour. On y retrouve la patte de l’auteur, tout en petits détours, détails d’importance, récits imaginaires, trajets de ci, de là.

Kanye West – 808′s & Heartbreak

Ce quatrième album studio du rappeur et artiste de hip-hop américain, sorti fin novembre 2008, marque un changement important dans la mesure où Kanye West a utilisé pour ce nouvel album ce qu’on appelle un Auto-Tune, logiciel qui modifie la voix. La voix du chanteur revêt donc ici une tonalité bien plus électronique que dans ses albums précédents. Son disque flirte également plus avec la pop que ses disques précédents. Les thèmes sont plus sentimentaux – la perte de sa mère, la rupture avec sa petite amie de longue date. Il signe finalement un album bien plus intimiste que les précédents, peut-être moins engagé diront certains, mais un album qui innove réellement dans la carrière de l’artiste et constitue probablement une évolution majeure pour Kanye West et les artistes qu’il ne manquera pas d’inspirer.

Amélie Nothomb – Le fait du prince

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Le dernier livre d’Amélie Nothomb est, contrairement au cru 2007, complètement fictif. Un personnage répondant au doux prénom d’Olaf vient mourir à la porte d’un homme ordinaire qui décide alors de voler cette identité extraordinaire.

W.A Mozart – Correspondance, tome 1

 

Ce recueil commencent non pas par des lettres de Wolfgang, mais de Léopold, musicien de talent et de renom, père du petit génie.Le petit génie est encore trop petit et s’il sait déjà écrire des sonates pour de vieilles duchesses poudrées, il ne sait pas encore envoyer de lettres à sa mère. Léopold commence donc, et on pourrait presque parfois oublier qu’il est musicien et croire tout bonnement à un écrivain-voyageur tant sa prose semble fluide et lisible. Son traducteur est peut-être hors-pair … mais à n’en pas douter, l’original doit être fabuleux. Il décrit minutieusement les paysages, les coutumes si étranges des Français, des Anglais, des Italiens, les petits objets pratiques qu’il reçoit en cadeau, l’ingéniosité avec laquelle les rues de telle ville ou les toilettes de tel pays sont conçues, etc, etc. Il pose un regard presque scientifique, en tout cas très observateur, sur le monde qui l’entoure et rien ne semble échapper à ses critiques amusées, ses blagues et son admiration. Plus tard, Wolfgand prend à son tour la plume et c’est tout un autre genre : il aime railler gentiment ce qu’il remarque, décrit ses hôtes de façon quelque peu cavalière et ironique, plaisante, s’amuse … Du haut de ses quinze ans, il a déjà conscience d’être quelqu’un, un enfant prodige que son père balade de pays en pays, de château en château, et déjà envie de faire quelque chose de “grand” – quelque chose d’encore mieux que les sonates qu’il dédicace à ces mêmes vieilles duchesses.

Ces lettres sont fabuleuses : drôles et précises, bien écrites, sans longueurs, rapides, rythmées.

Richard Cheese – Aperitif for destruction

Avec “Aperitif for destruction”, son quatrième album, Richard Cheese reprend le style qui a déjà fait sa célébrité aux Etats-Unis. Chanteur de variété à Las Vegas, il opère souvent dans une ambiance piano-bar, chantant des standards de sa voix de crooner. Banal ? Pas tellement finalement, puisque Richard Cheese ne se contente pas de chanter les classiques du jazz qui collent généralement à la peau des crooners ; il reprend sans hésiter Britney Spears, mélange Garbage avec Fred Astaire dans une seule chanson, Radiohead … Dans cet album il s’attaque successivement à U2, McCartney, Guns N’Roses, Alanis Morissette… et quelques autres pointures de la chanson anglophone. Son style vaut réellement le détour, par son humour et ses mélanges des genres, très étonnants : une façon de redécouvrir des classiques du rock et de la pop, version piano-bar de Sin City …

A écouter : “Welcome to the jungle”, “Sunday bloody sunday” “We are the world”

Yasmina Reza – L’aube le soir ou la nuit

N’étant pas exactement la plus grande admiratrice du chef de l’Etat, il n’était pas évident de lire ce livre, puis, tombée dessus par hasard, je l’ai feuilleté et finalement lu en entier, d’une traite. Il faut dire qu’il se lit vite, facilement, qu’avec tous les extraits parus dès sa sortie dans la presse, on en a lu une bonne moitié, et qu’en plus, il est agréable à lire. Yasmina Reza a une écriture rapide, claire, concise ; elle file droit à l’essentiel. Son personnage est un petit bonhomme qui veut devenir Président, Nicolas Sarkozy ; le lecteur le suit jusqu’à son arrivée au pouvoir en mai. C’est un personnage, un vrai : un petit tyran qui montre des lacunes incroyables dans des questions de culture générale, qui cultive un style populaire, parfois carrément médiocre ; et Yasmina Reza a finalement un statut très ambigue. On la savait amie avec le candidat Nicolas Sarkozy ; pourtant elle n’est pas toujours tendre avec le personnage. Il est parfois émouvant, parfois sincère ; parfois aussi elle montre la part de calcul et d’image qui recouvrent l’homme. Elle semble ne pas savoir elle-même comment le voir ; elle hésite entre l’admiration et la moquerie, perpétuellement. Il est admirable, semble-t’elle penser, qu’un homme comme lui avec des lacunes comme les siennes, soit tout de même sur ce chemin ; il est admirable qu’il y ait une telle différence entre son image et ce qu’il est et que personne ne semble le remarquer. Son livre ressemble à une admiration moqueuse pour un type qui est, sous sa plume du moins, le roi du simulacre. Un petit livre très plaisant à lire.

Philip Roth

Les grands-parents de Philip Roth sont des juifs polonais arrivés aux ةtats-Unis au début du XXeme siècle. Leur fils sera agent d’assurance, et leur petit-fils, professeur de lettres et écrivain de renom.

Né en 1933, Philip Roth grandit dans un quartier de Newark, son lieu de prédilection pour grand nombre de ses romans ; il étudie en Pennsylvanie puis à Chicago, devient donc professeur de lettres et s’interrompt dans les années soixante pour écrire. Il a en effet publié en 1959 “Goodbye Colombus”, premier recueil de nouvelles mais c’est avec “Portnoy et son complexe”, en 1969, qu’il se fait connaître mondialement. Ce roman met en scène un Juif traumatisé par une mère étouffante ; et les thèmes de presque tous ses romans y sont déjà posés : l’identité, la sexualité, le corps, l’héritage culturel, notamment. Il est facile de trouver dans la vie de Philip Roth les thèmes de ses romans : il s’est marié trois fois, a connu le succès très tôt, la question de l’argent et du pouvoir qu’il confère à ceux qui le détiennent.

Le personnage du Juif est opposé au non-Juif, comme si sa judéité lui conférait un talent et un statut d’observateur, statut qu’il met à profit en créant le personnage de Nathan Zuckerman, écrivain fictif qu’il faut considérer comme un alter-ego de son créateur, écrivain qui sera notamment le narrateur de la “Trilogie américaine” : un observateur et un décrypteur de la société américaine telle qu’il l’a connue, en proie à ses contradictions, auxquelles se mêlent (toujours) celles des personnages …

“Indignation”, son vingt-neuvième roman, sera publié aux Etats-Unis à la rentrée prochaine. D’ici-là, ces quelques chroniques pourraient peut-être vous donner l’envie de le découvrir si ce n’est déjà fait !

“La tache”

Le personnage fétiche (et miroir) de l’auteur, l’écrivain Nathan Zuckerman, nous raconte cette fois-ci l’histoire d’un de ses ami. Celui-ci, Coleman, professeur d’université respectable, a depuis peu une liaison passionnée et discutée avec une femme de ménage, femme étrange et supposée illettrée. On découvre peu à peu de grands pans de cette histoire qui se passe dans la fin des années 90, alors que l’Américain moyen se passionne pour Bill Clinton et ses démêlés avec Monica Lewinski. Notre narrateur, à mi-mots, dévoile sa propre histoire, sa propre impuissance sexuelle, son cancer de la prostate. L’écriture de Philip Roth est toujours égale à elle-même : brute, franche, directe. On ne peut que se laisser emporter, tant la vie et les recoins, physiques et psychologiques, de chaque personnage sont décrit ; on a presque l’impression, finissant le livre, de les avoir côtoyé un moment. L’auteur décrit l’Amérique qu’il connait sans aucune concession et sans, semble-t’il, laisser aucune zone d’ombre, et c’est plus qu’appréciable.

“J’ai épousé un communiste”

Cette fois-ci, l’Amérique racontée par Nathan Zuckerman est celle des années 50 et du mccarthysme, et ses personnages sont, comme dans beaucoup des romans de Philip Roth, des personnages qui se veulent engagés pour leurs idéaux mais qui se retrouvent face à leurs contradictions. Ira Ringold est acteur de radio, marié à une actrice, et représente l’Américain parfait : réussite personnelle et professionnelle, reconnaissance sociale. Le bonheur ? Pas exactement puisque ce personnage est aussi torturé par ses idéaux communistes qu’il a tus pour réussir et vit dans la crainte que son passé militant ne ressurgisse, et finalement … les ennuis et la trahison ne sont pas là où il les avait attendus.

“Pastorale américaine”

Seymour Levov, la perfection faite homme : une réussite éclatante, une entreprise familiale qui marche bien, une épouse irréprochable, famille bien-pensante. Il a tout bâti, travaillé toute sa vie, veillé à chaque instant à chaque détail de sa réussite ; et le chaos et les ennuis débarquent du cocon familial. Sa fille Merry représente l’adolescente américaine des années Vietnam : engagée, hostile, combattive. Elle combat ardemment la guerre au Vietnam, jusqu’à finalement commettre l’irréparable. Devenue un fardeau pour sa famille, Merry, fille trop célèbre et trop décriée, nuit à sa famille par son existence-même. Son père passera alors les années suivantes à cacher son existence auprès de tous et elle, à essayer de vivre en suivant des idéaux trop illusoires qu’elle conçoit de façon trop extrême … C’est finalement une bien triste peinture d’une certaine déchéance et d’un échec de chacune des philosophies des deux protagonistes, père et fille, qui voient chacun leur idéal ruiné et qui pourtant s’accrochent à la dernière parcelle, tentent de sauver les apparences, encore et encore.

“Portnoy et son complexe”

Portnoy a un problème certain avec sa sexualité, c’est le moins qu’on puisse dire ! D’ailleurs elle constitue le thème principal de ce roman à la première personne. Très cynique, il essaie de nous raconter le calvaire qu’il vit en essayant de concilier la décence minimale exigée et ses obsessions sexuelles. Ses fantasmes le mènent toujours plus loin, il est toujours plus désespéré ; il sait ce qui le sauverait (une femme qui le comble à la fois sexuellement et intellectuellement, mais bien entendu il peine à dénicher la perle rare), il entame une psychanalyse à trente-trois ans pour guérir de ses traumatismes (son père un tantinet ridicule et soumis, et sa mère, la mère juive des romans, étouffante et castratrice), et il nous raconte ce périple. C’est sans doute un des livres de Philip Roth les plus drôles et les plus réussis, un des premiers aussi, moins politique que les plus récents, plus personnel peut-être ?, en tout cas vraiment, vraiment immanquable.

Lin Yutang – L’importance de vivre

L’auteur a failli ravir à Eugenio Montale le prix Nobel de littérature en 1975. Pourtant, j’ai hésité à rédiger cette revue, tant le livre me semblait étonnant. Le titre rappelle les mauvaises rubriques art de vivre des magazines psycho et n’est pas tout à fait attirant. Quoi qu’il en soit, ce livre, teinté d’humour, est bien plus sérieux qu’il n’en a l’air. La première partie est consacrée à l’étude des caractéristiques de l’homme et à une tentative de définition de la nature humaine. Lin Yutang est parfaitement clair ; émigré chinois, installé aux ةEtats-Unis, il compare les différentes civilisations et met en regard Orient et Occident. Suivent ensuite plusieurs chapitres hédonistes qui célèbrent le mode de vie chinois ; ils sont à la fois intéressants par leur exotisme, mais aussi parfois un peu désuets, hélas. La partie la plus passionnante est donc probablement la dernière : beaucoup plus intellectuelle, elle confronte le goût chinois du “raisonnable” au besoin de logique des Occidentaux. Ses travers sont dénoncés à coup d’exemples sur l’avancée de la science dans les deux camps. Lin Yutang reste aussi objectif que possible : admire l’avancée occidentale, regrette sa spécialisation au détriment d’une connaissance, certes plus pauvre mais plus variée. Beaucoup des remarques de ce livre sont finalement encore d’actualité ; ne serait-ce que pour son humour, le livre est très agréable à lire.

Sweeney Todd

L’histoire du barbier sanguinaire de Fleet Street, à Londres, a beaucoup inspiré. Dernière oeuvre en date, celle de Tim Burton qui fait jouer pour la sixième fois Johnny Depp dans un de ses films. Une comédie musicale : en général on aime ou on déteste. Ou alors -et c’est mon cas-, on aime mais… Mais quelques chansons sont un peu à passer à la trappe, quelques chansons qui se ressemblent (trop), qui reviennent (trop) souvent, qui plaisent ou qui ne plaisent pas, justement. Les images, rien à redire : elles sont belles, comme d’habitude. Les personnages sont glaçants, comme venus d’un autre monde, pâles, les yeux cernés, échevelés, au sourire froid. Le décor leur est assorti : poussiéreux, vieux, angoissant. La petite maison de la pâtissière qui vend ses tourtes à la chair humaine (les meilleures de la ville !) est implanté dans un Londres qui semble presque petit et oppressant. La fin arrive rapidement, surprenante et en même temps tellement évidente après le film. Un beau film, disons-le, mais qui ne sera pas au goût de tous et qui autorise un avis mitigé.

John Irving – Une prière pour Owen

Ce livre est peut-être le plus beau de ceux que je lirai en 2008. J’ai aimé l’humour et les sarcasmes doux-amers à chaque page. J’ai aimé Owen Meany, personnage tout petit à la voix de fausset, ses prédictions et sa foi personnelle, libre et critique. J’ai aimé la déception du narrateur, John Wheelwright, quand il découvre l’identité de son père biologique, et leur foi neuve à tous deux, grâce à Owen. Plus que de Dieu, ce livre parle de la foi et du courage, quel qu’en soit l’objet, qu’il faut pour croire dur comme fer en Dieu, en ses amis, ou en un monde meilleur, peu importe. Que les sept-cent et quelques pages du livre ne soient pas un obstacle ; elles se lisent (trop) vite et bien.

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