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Terry Gilliam, le conteur des travers absurdes du réel à petit budget

Terry Gilliam

Aujourd’hui, focus sur Terry Gilliam, qui a marqué le cinéma avec des films comme L’armée des 12 singes ou Las Vegas Parano…

Mathias Malzieu

Né en 1974, Mathias Malzieu est connu avant tout pour être le chanteur du groupe de rock Dionysos. Pourtant, derrière l’artiste à l’énergie débordante sur scène se cache un écrivain d’une très grande sensibilité.

“38 mini-westerns (avec des fantômes)” : le recueil de l’imaginaire

Avec ce premier recueil, Mathias Malzieu se met à l’ouvrage et présente trente-huit nouvelles allant du macabre au farfelu… Ainsi, un monde fait de chasse aux elfes, de fées-lustres, de fantômes visibles à cause de la saleté de leur drap et d’autres merveilles encore, s’ouvre devant nos yeux de lecteurs passionnés et n’a qu’un seul but : être simplement apprécié.

Ce premier livre s’avère un tantinet particulier avec ses histoires étranges. Entre l’univers de Tim Burton et l’esprit de Lewis Carrol, il offre la vision en effet d’un monde merveilleux, peuplé de créatures extraordinaires qui ont en leur possession tous les ingrédients pour l’aimer. On passe d’amusantes nouvelles (l’introduction sur le fantôme, la chasse aux elfes…) à de belles histoires pleines de cruauté (les fées-lustres). L’auteur nous montre également une réalité plus affreuse, où les hommes détruisent les merveilles de l’univers, simplement pour leur petite personne (la chasse aux elfes et la capture des fées-lustres, à cause de la cupidité).

En conclusion, “38 mini-westerns (avec des fantômes)” est un petit bijou de lecture, riche par la construction habile de ses phrases emplies de poésie et surtout par la présence d’un univers féerique et macabre. Malgré la cruauté humaine dépeinte, cette œuvre nous fait découvrir un monde d’émotions poétiques : celui de Mathias Malzieu.

“Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi” : le deuil de l’enfance…

Pour continuer ses projets littéraires, le chanteur de Dionysos s’est penché sur un événement horrible de sa vie, toujours avec son style très personnel…

Mathias, jeune homme de trente ans, vient de perdre sa chère mère et en est bouleversé, autant que son père et sa sœur. Mais un jour, il rencontre Giant Jack, un homme incroyablement immense, docteur en “ombrologie”. Ayant la capacité rare de guérir les personnes atteintes de deuil, il donne au jeune désespéré une ombre, des livres, la possibilité de vivre pendant des années et de rêver malgré sa douleur. Cet homme extraordinaire de 4,50 mètres lui permet ainsi de grandir.

Après “38 mini-westerns (avec des fantômes)”, Mathias Malzieu revient nous faire rêver avec un roman racontant une histoire vraie : la mort de sa propre mère. Ici encore, il saupoudre ses mots d’une poésie dont lui seul détient le secret. Il explique admirablement sa douleur, et celle de ses proches, suite à cet événement triste, qui lui permet finalement tout simplement la progression vers l’âge adulte et l’abandon de l’enfance. Grâce à ce personnage de conte, il découvre un monde nouveau pour lui qui vit encore dans son monde d’enfant, malgré son âge.

“Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi” est une petite perle littéraire, qui, bien que très personnelle, allie une plume pleine de poésie et une tristesse d’une réelle beauté…

“La Mécanique du cœur” : les sentiments d’un cœur d’enfant particulier…

Pour ce troisième ouvrage, l’écrivain-chanteur se lance dans un projet très ambitieux, qu’il adaptera ensuite musicalement avec son groupe Dionysos pour l’album du même nom.

Jack naît dans la petite cité d’Edimbourg, vers l’an 1874. C’est un être tout à fait normal mais qui a un défaut étonnant : sa naissance se situant le jour le plus froid du monde, son cœur est resté gelé. Il est heureusement sauvé par une sage-femme dite folle, le docteur Madeleine, qui adore réparer les gens. Elle aide donc son petit protégé en lui remplaçant son cœur gelé par une simple petite horloge et l’élève comme son enfant, suite à la mort de la mère. Mais Jack ne connaît rien du monde extérieur, puisqu’il reste dans la demeure de Madeleine, et sa vie est difficile car les autres patients le regardent étrangement avec son horloge plantée au niveau du cœur. Ce n’est qu’à ses dix printemps qu’il peut enfin découvrir Edimbourg et ses habitants, accompagné du docteur. C’est à ce moment qu’il tombe soudainement fou amoureux d’une petite chanteuse de rue. Prise de panique, Madeleine le fait rentrer aussitôt à la maison et lui dit que n’importe quelle charge émotionnelle, principalement due à l’amour, risque de détruire son horloge et de le tuer. Mais Jack refuse de l’écouter et entame un voyage périlleux, à travers toute l’Europe, pour retrouver la petite chanteuse.

La couverture donne le ton avec un dessin présentant la petite chanteuse qui tire les engrenages de l’horloge de Jack. Avec une très belle écriture libre et personnelle, le roman s’avère être un conte de fée décalé. De par le sujet poétique et ses nombreuses aventures étonnantes, le personnage de Jack est absolument attachant car on parvient à le comprendre. Il fait penser à un Edward au cœur mécanique (ndlr : référence au Edward aux mains d’argent de Tim Burton), étant écarté du monde et reclus dans la demeure de cette femme savante et rejetée. La magie réside aussi dans la quête d’amour incroyable qu’entreprend ce personnage, malgré l’interdiction que lui a donné sa “mère” et la lourde douleur mécanique qu’il porte. La description des émotions de celui-ci est d’une féérique intensité. S’ajoutent à cela, un humour extrêmement décalé et quelquefois macabre ainsi qu’une fin complètement barrée et totalement inattendue…

“La Mécanique du cœur” est une œuvre sublime, avec son ton si lyrique par la complexité romanesque de l’histoire et par la construction magique des phrases.

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 31 mars 2008

Tim Burton

Maître de l’expressionniste morbide et de l’ironie mélancolique, ce grand cinéaste a su créer un univers riche, poétique, burlesque et sombre. Je veux lui rendre hommage car sans lui, nous ne pourrions pas voir pas de chefs-d’œuvre comme Edward aux mains d’argent ou Ed Wood. Il nous explique avec psychologie la différence et ses impitoyables tourments, dont le rejet, et nous montre une critique délirante, assassine, mais quelque peu réaliste du monde qui tourne au désastre.

I/ Une enfance marquée

1. Solitude à Burbank

Timothy William Burton naît le 25 août 1958, dans la petite ville de Burbank, en Californie, qui jouxte les studios hollywoodiens. Fils d’un père frustré par le sport et d’une mère ayant une obsession presque maniaque des chats, il n’eut point d’échanges relationnels avec eux, ni même avec ses camarades de classe. Enfant introverti et d’une timidité exemplaire, on peut au moins affirmer qu’il ne manquait pas d’imagination (comme le prouve le dessin, illustré par Burton lui-même, extrait du site « Le Monde de Tim Burton »).

2. L’éducation par la Hammer et la Universal

L’imagination du jeune Burton provient à l’origine de sa passion quotidienne : les films d’horreur. En effet, il passe toute son enfance à visionner, que ce soit à la télévision ou dans les salles obscures, les vieux et célèbres films d’épouvante, particulièrement ceux des studios Hammer et Universal. Il avait une préférence toute particulière pour les monstres, comme Frankenstein et Dracula, ainsi que l’expressionnisme allemand et morbide, que l’on trouve parfois dans La Famille Addams et Le cabinet du docteur Caligari. Il ne ratait jamais les films avec Vincent Price ou une adaptation cinématographique d’une des nouvelles d’Edgar Allan Poe, son auteur favori. C’est ainsi que ces films-là firent son éducation et l’aidairent à créer son propre univers.

II/ Les débuts d’un jeune étudiant prometteur

1. Des études créatives

Tim Burton vit dans son univers intérieur. Pourtant, cela ne l’empêche pas de continuer ses études, grâce à son don particulier pour le dessin. Ainsi, en 1976, il remporte une bourse pour le California Institute of the Arts (Cal Arts), pépinière des dessinateurs fondée par les studios Disney, qui en imposent les programmes. Là-bas, il rencontre des étudiants déjantés, lui ressemblant, et ils tournent des courts-métrages, tels que Doctor of Doom (Docteur Fatum), hommage à Frankenstein et à Elephant Man, narrant un scientifique, interprété par Tim Burton lui-même, se mettant à la création d’un monstre à tête d’éléphant, ou Lau, un petit film de copains, mélangeant une histoire de surfeurs avec des péripéties de films d’épouvante de série Z et des intermèdes musicaux ou chantés. Possédants la même ambiance délurée et déjantée, ces deux petits films sont réalisés par Burton et en co-réalisateur, Jerry Rees, avec des amis diplômés. Cette relation permet au jeune Timothy de prendre conscience de sa vocation et de la possibilité d’en vivre.

2. Période disneyenne

Tim Burton réalisa un petit court métrage d’animation, Stalk of the Celery Monster, hommage à Frankenstein, narrant un scientifique cinglé, en compagnie de son abominable assistant, en train de torturer sauvagement une femme allongée, niché dans l’imaginaire d’une patiente ayant une peur bleue pour son dentiste (vous pouvez le visionner en deux parties sur YouTube). Ce film de 46 secondes lui permet de gagner un concours pour jeunes talents au Cal Arts et, aussi étrange soit-il, Burton a été sélectionné pour travailler comme superviseur des effets visuels, au sein de la production Disney. Il travaille avec un tel ennui sur Rox & Rouky, puis sur Taram et le Chaudron magique, que les producteurs de la Walt Disney suppriment ses dessins, car le style est très différent de celui du studio. Toutefois, le jeune Burton tourne d’autres courts-métrages, comme une adaptation différente de Hansel and Gretel, de par ses modifications, les personnages tous japonais, les combats d’arts martiaux, les acteurs non professionnels et les femmes jouées par des hommes. Voilà pourquoi Disney Channel le diffusait uniquement le 31 octobre 1982 à 22h30 ! Autre moyen-métrage, un moyen-métrage de 47 minutes, adaptation d’Aladdin et la Lampe merveilleuse, dont Tim n’est pas très fier du résultat, ni de l’expérience, car il lui manquait des moyens et du temps (seulement une semaine pour ces 47 minutes !)…

3. La passion commence par l’animation et le noir et blanc

Le jeune cinéaste débutant commence à tourner ses premiers courts-métrages professionnels dès 1982 avec le méconnu Hansel and Gretel et le difficile Aladdin and his Wonderful Lamp. Mais il devient peu à peu connu par des adorateurs d’horreur gothique avec deux courts-métrages particulièrement stylisés et très personnels, l’un de 82, l’autre de 84.

En 1982, Tim Burton réalisa son premier vrai court-métrage, en l’appelant Vincent. Il narre les tribulations d’un enfant de sept ans qui semble à part dans les deux mondes, le premier, la réalité, où il a la figure innocente d’un ange, et le deuxième, son univers, où il se révèle être un personnage de films d’épouvante, avec la manie de créer des inventions horribles et une ressemblance frappante avec l’acteur Vincent Price. Il ne fait aucun doute que le cinéaste retranscrit son enfance, en offrant un hommage à ses amours : les vieux films d’horreur ainsi que les œuvres d’Edgar Allan Poe, dont quelques-unes de ses nouvelles figurent comme clins d’œil, comme la maison Usher, le masque de cire, le Corbeau, etc… Ce film de 6 minutes contient même tous les thèmes graphiques et profonds du cinéaste : sa passion pour l’expressionnisme allemand comme les ombres, le graphisme sombre stylisée et la poésie morbide, décalé mêlés au mélancolique. C’est également un grand et émouvant hommage à Vincent Price, figurant comme narrateur du court-métrage.

Les studios Disney avaient du mal à apprécier le fabuleux Vincent, car ils le jugeaient trop morbide pour passer au grand écran. Pendant qu’ils le rangeaient au fond d’un tiroir, Timothy William Burton conçut en 1984 Frankenweenie, un troisième hommage à Frankenstein, contant l’enfance de ce docteur-là, pleurant sur le triste sort de son cher chien, mais qui trouva la solution, grâce à son prof de biologie, en ranimant l’animal défunt avec des appareils électriques. Les ennuis sont sur le point de commencer quand le chien ressuscité s’évade de la maison… Ce bel hommage au livre de Mary Shelley est resplendissant de beauté, avec ce noir et blanc si stylisée. Le scénario, un peu simple, a le mérite d’être original et l’ensemble regorge de trouvailles des futurs films du cinéaste, principalement Edward aux mains d’argent. Le moyen-métrage possède aussi des acteurs très bons, d’où on peut noter la participation de l’actrice Shelley Duval (The Shining), même si on peut reprocher le style Disney qui se fait ressentir, notamment sur l’humour et le fait que le film en lui-même reste gentillet. Néanmoins, ce film de 30 minutes se laisse regarder avec plaisir, marquant une période amère de Burton au sein de Disney, mais qui a permis ensuite, grâce à la productrice Julie Hickson, de faire le tournage de ces principaux courts-métrages.

III/ Une filmographie faite en perles inestimables

1. Les années 1980 :la naissance d’un grand univers riche

Tim Burton quitte les studios Disney et décide de créer son propre univers en filmant des projections cinématographiques. Commence alors une grande aventure palpitante, à base de films aussi splendides les uns que les autres…

Après avoir quitté la firme Disney, le jeune homme se lance dans une quête très ambitieuse, en commençant, en 1985, par l’adaptation d’une célèbre série télé américaine, présentée par un personnage particulier, Pee-Wee. Celui-ci avait tellement passionné Burton qu’il en devient même un être dans le monde du réalisateur. Le film raconte le voyage burlesque d’un enfant prisonnier à l’intérieur du corps d’un adulte à la recherche de son unique amour perdu : son vélo rouge. Le premier opus burtonien est un vrai cartoon, mélangeant l’absurde décalé et le kitch stylé, où tout est exagéré pour en faire une vraie jubilation artistique, possédant même des scènes mémorables. Et surtout, on remarque le style artistique, avec des décors hauts en couleurs et de l’animation, la même que Vincent, remarquable. Des personnages complètement satiriques, le héros se révélant cinglé, accompagnent cette folle aventure impossible. Bien qu’inconnu totalement en France, Pee-Wee’s Big Adventure est un très bon film qui commence à faire connaître ce cher Tim, grâce à l’immense succès au sein du peuple américain, en remportant 40 940 662 dollars, et qui a donné une suite en 1988.

Le cinéaste prometteur continua son périple, avec sa première œuvre originale. Après un délire visuel complètement fou, il se lance dans son monde gothico-macabre, afin d’inventer sur écran une histoire loufoque de fantômes, narrant les mésaventures d’un couple naïf fantomatique qui essaie malgré lui, avec l’aide d’un spectre particulièrement dérangeant, d’effrayer une famille de snobs tordus. Ce film est une excellente caricature du monde des Vivants et des Morts, avec des personnages tous aussi étonnants les uns que les autres, joués par des acteurs géniaux, surtout le méconnaissable Michael Keaton. Le personnage de Beetlejuice est vraiment hilarant, car toute son imprévisibilité le rend charismatique. Quant aux gags, ils mélangent habilement morbide et absurde. Le côté visuel est très important comme dans Pee-Wee, car il est très personnel, utilisant la technique d’animation préférée de Burton, la stop-motion. Beetlejuice est un second petit délire visuel, macabre, grotesque et étonnant lors de sa sortie en salles, en mars 1988. Son succès inattendu (73 707 461 dollars) lui a donné naissance à une série d’animation télévisée, créée par son auteur lui-même.

Ces deux premiers succès surprenants ont permis au jeune réalisateur d’entrer dans la superproduction américaine. La Warner Bros lui propose de réaliser la toute première adaptation cinématographique du héros Batman, série de bandes-dessinées créée par Bob Kane dans les années 30. Tim Burton accepta de suite sa participation au projet, très heureux d’apporter sa touche à son super-héros favori. Mais malheureusement, cela ne se passe pas comme il l’aurait souhaité. Premier film à gros budget, il est littéralement stressé par les obligeances capricieuses des producteurs du film et par les fans de la BD, critiquant son choix pour l’acteur qui doit jouer le sombre justicier (Michael Keaton). Le scénario met beaucoup de temps à être finalisé et Burton a du mal à mettre sa touche personnelle. Au final, le cinéaste ne garde qu’un déplaisant souvenir du tournage, considérant le méchant et les décors -qui remportent un Oscar-, comme les seules choses du film dont il en est vraiment fier. Pourtant, cela n’est pas de l’avis des spectateurs.

Sorti pendant l’été 1989, cette première aventure du Chevalier Noir au cinéma eut un énorme succès mondial, remportant en tout 251 188 924 millions de dollars. Le public fut marqué par l’atmosphère gothique régnant sur ce film et l’incroyable Joker (Jack Nicholson), l’attraction et même l’unique star de cette histoire, monstre guignolesque à l’apparence clownesque.

En cela, Batman est devenu aujourd’hui un classique parmi les adaptions de super-héros.

Les producteurs de la Warner Bros veulent aussitôt que Burton réalise la suite prévue du premier opus, mais celui-ci est, pour le moment, occupé avec un projet beaucoup plus intime…

2. Les années 1990 : une grande épopée de joyaux personnels et stylisés

Les années 90 ont marqué l’âge d’or de Tim Burton avec des chefs-d’œuvre tout aussi authentiques et magnifiques les uns que les autres. Les voici…

Le réalisateur à succès de Beetlejuice fut ensuite très attaché à un projet personnel, une histoire racontant l’intégration inespérée d’un homme aux ciseaux à la place des mains au sein d’une société kitch des années 60. La Warner Bros, trop concentrée sur la suite de Batman, pour accepter le projet, Tim Burton se tourne vers la Twentieth Century Fox pour réaliser les mésaventures de cet être unique. En choisissant Johnny Depp pour le rôle-titre, il construit avec lui une amitié forte et durable pendant des années, trouvant même une ressemblance étonnante entre eux. Le film est sorti le 14 décembre 1990 et a reçu une grande admiration parmi les fans du cinéaste, le considérant comme son plus grand chef-d’œuvre. Ce film a touché une grande majorité des spectateurs par l’émotion qui y règne et par son magnifique message sur la différence, que la normalité rejette cruellement. Cet énième opus burtonien est de plus très personnel vis à vis de son auteur, lui rappelant sa froide enfance dans la ville de Burbank. C’est grâce à sa poésie émotionnelle que Edward aux mains d’argent est un grand joyau cinématographique à nos yeux. A noter que Vincent Price joue son dernier rôle…

Tim Burton retourne à la Warner Bros pour terminer l’ère Batmanien, en 1991. Mais cette fois-ci, les producteurs lui accordent plus de liberté pour cette suite. Le jeune cinéaste, comblé, reprend alors Michael Keaton dans le rôle du héros sombre.

Par ailleurs, il rajoute deux nouveaux méchants que l’homme chauve-souris doit affronter : le Pingouin, que Burton, le trouvant fade dans la BD d’origine, change complètement son histoire pour le transformer en un être poisseux, en quête de son identité et nommé comme bête de foire à cause de sa défiguration, ainsi que Catwoman, rendue dans ce film attachante et compréhensible grâce à sa triste situation de femme paumée à cause de son patron mesquin.

Ainsi, le réalisateur à la coiffure abracadabrantesque offre un festival de « freaks » mélancoliques et en tout genre, qui éclipsent même le personnage principal, comme avec le Joker grimaçant.

Mais la suite de Burton eut un petit échec (162 831 698 millions de dollars) dans les salles comparé au budget incroyable récolté pour le précédent film, la presse critiquant ce nouveau opus comme trop léger et trop noir. C’est à cause de ces critiques que Burton n’a pas pu réaliser le troisième volet et que Joel Schumacher en a fait une sorte de parodie colorisée du mythe avec Batman Forever.

Néanmoins, Batman : le Défi est aujourd’hui vu comme un énième bijou burtonien parmi ses admirateurs, mais aussi comme l’une des meilleures adaptions de BD avec The Dark Knight.

Tim Burton, ancien animateur de Disney, multiplie les chefs-d’œuvre à grand succès, comme les excellents Batman ou le magnifique Edward aux mains d’argent. Malgré plusieurs moments ennuyeux chez Mickey, il revient pour proposer de réaliser une adaptation cinématographique d’un poème écrit pendant ses années disneyiennes. Intitulée The Nightmare before Christmas (Le Cauchemar avant Noël), la nouvelle, inspirée de Comment le Grinch a volé Noël du docteur Seuss, raconte l’exploit du mélancolique roi d’Halloween pour prendre la place du Père Noël, afin de sortir de l’esprit de sa propre fête. Utilisant la stop-motion pour son film, Burton collabore avec un expert de cette animation, Henry Selick, qui est fasciné par l’univers de son compagnon. Le tournage dura donc trois ans, sachant qu’il faut une semaine pour seulement une minute du film.

Sorti pour l’Halloween 1993, ce dessin-animé d’une heure et quart a marqué une génération entière du public, grâce à sa vieille technique d’animation, révolution de son époque mais aussi de la sortie du film, et à sa tournure de conte trompeuse.

Trompeuse, car cette histoire est tout le contraire d’un conte de fée ou d’un Disney pur manichéen, où elle met en scène des monstres qui décident d’offrir du bien aux autres, mais que ces autres les rejettent à cause de leur nature monstrueuse, via un autre portrait sur la différence.

L’Etrange Noël de Monsieur Jack est devenu le gros coup de cœur mondial parmi la filmographie de son créateur, et un de ses plus grands succès commerciaux.

L’auteur d’Edward aux mains d’argent est maintenant dans une période nostalgique. Il se rappelle des films de son enfance : les adaptations des ouvrages de Poe avec le regretté Price ainsi que les Frankenstein ou Dracula des années 30. Mais il se rappelle surtout les films d’un réalisateur en particulier, Ed Wood, qui l’avait fasciné. Alors, il décide de réaliser un grand hommage cinématographique.

Ainsi, sous la production Touschtone Pictures, avec en vedette Johnny Depp dans le rôle-titre, il réalise un portrait très émouvant, en noir et blanc, d’un cinéaste passionné, fan d’Orson Welles, faisant des ovnis cinématographiques farfelus avec des monstres en tout genre, des scénarios abracadabrantesques et des effets spéciaux ridicules. Il est aidé dans sa quête par son ami retraité Bela Lugosi, une légende du cinéma droguée et quelque peu dérangée, un homo qui adore son premier film sur le travestissement sexuel, un faux mage particulier et une présentatrice de shows horrifique très gothique. Considéré à vie comme le réalisateur le plus mauvais de tout les temps, Tim Burton montre par cette biographie que même si les films de ce Edward-là étaient médiocres, il mettait toute sa passion pour les faire et que jamais il ne s’est arrêté d’en faire, malgré les critiques assassines.

Malheureusement, le film est aussi incompris que son héros, puisqu’il a fait un échec aux Etats-Unis, en fin 1994. Cependant, Ed Wood est considéré maintenant comme l’une des meilleures réalisations de son créateur.

Toujours nostalgique, Burton quitte le projet de Catwoman pour poursuivre l’idée de son ami d’enfance, Jonathan Gems. Celle-ci consiste à faire une adaptation au cinéma des cartes de collection Mars Attacks, que Tim adorait étant petit.

La Warner Bros ayant les droits par les créateurs de ces cartes, le réalisateur de Batman met en place un second hommage à Ed Wood, reprenant les codes des films de celui-ci, mais aussi des films de science-fiction des années 50, avec les designs vieillots des soucoupes volantes. C’est aussi une farfelue critique de l’Amérique irrévérencieuse, avec un énorme casting de stars (Jack Nicholson, Glenn Close, Danny DeVito, Tom Jones…) jouant des stéréotypes hilarants (le président quelque peu découragé par la situation, le savant qui évoque toujours sa science sans comprendre la simplicité de la chose qui se présente, etc…) qui se font tous tuer sauvagement par les grosses têtes martiennes qui explosent devant de la musique country.

Mais une fois de plus, le jour de sa sortie en 1996, Mars Attacks ! fut le plus grand échec de Burton et son film le plus incompris, les Américains préférant aller voir le film opposé de celui de Tim, Independance Day. La France, toutefois, a été plus charitable et rigole toujours de cette farce extraterrestre déglingée.

Tim Burton est en dépression, marqué par ses deux échecs récents. Il a sorti un recueil de poèmes, La Triste Fin du Petit Enfant Huitre et autres nouvelles, sur une bande d’enfants malheureux et rejetés à cause de leur physique naturel. Mais deux ans après son dernier film, les producteurs de la Warner Bros lui proposent l’adaptation d’un grand livre d’horreur, Sleepy Hollow, qui raconte le spectre d’un dangereux cavalier sans tête qui coupe la gorge des habitants d’un village, qui l’aurait banni, par vengeance. Burton, très emballé par l’histoire, décide de réaliser le projet, en faisant jouer encore une fois son ami Johnny Depp dans le rôle d’un détective un tantinet froussard.

Sorti en novembre 1999, Sleepy Hollow reçut, cette fois-ci, un énorme succès admiratif auprès des décors époustouflants et de la mise en scène horrifique à glacer le sang.

Attention ! Notez que c’est le premier film véritablement violent de Tim Burton, car on assiste ici à un festival de tranchages de gorges en tous genres, à la méthode des films d’horreur de la Universal, dégoulinant de sang frais et d’un rouge vif éblouissant comparé aux mines obscures des nombreux personnages de l’histoire.

Donc, un conseil : âmes sensibles s’abstenir, d’autant plus que le film est interdit aux moins de 12 ans…

3. Les années 2000 : la rupture soudaine d’un monde glauque

Après avoir été refusé par la Warner Bros pour réaliser une nouvelle version de Superman, plus sombre et plus dramatique, le réalisateur à la longue coiffure se tourne vers la Twentieth Century Fox pour mettre en scène un remake de La Planète des singes. Mais, ce fut le projet le plus dur à réaliser pour Tim, car le scénario a été fini bien trop tard, et en somme les producteurs lui ont donné peu de temps pour réaliser le film. Burton garde désormais un souvenir amer pendant le tournage du film. Néanmoins, il rencontre sa future femme, après avoir divorcé avec Lisa Marie, qui n’est autre que le singe femelle du film, Helena Bonham Carter.

Sorti à l’été 2001, le remake eut un grand succès parmi les Américains, mais les fans de Burton, quant à eux, sont déçus par le film, ne reconnaissant pas la touche personnelle de leur idole dans cette superproduction américaine.

Marqué par l’infâme tournage de sa dernière réalisation, Tim Burton est en pleine mélancolie depuis la mort de ses parents. On lui propose de mettre en scène une adaptation cinématographique d’un roman, racontant un jeune homme en quête de l’identité de son père, conteur de sa vie modifiée par des évènements improbables et purement fantaisistes.

Emballé par cette proposition, Burton voit en cette histoire l’occasion de dévoiler un hommage profondément émouvant de son propre père, dont les liens parentaux avec lui ont été quasiment absents. Le cinéaste s’en donne à cœur joie pour faire un portrait poétique de son père, avec Ewan Mc Gregor, Danny DeVito et Jessica Lange comme stars du casting.

Malheureusement, en 2003, son nouveau film divise vraiment les spectateurs, entre ceux qui voient en ce Big Fish un merveilleux drame poétique et décalé, et ceux qui sont crispés devant l’absence d’un monde gothique avec sa galerie de monstres rejetés.

Qu’importe, Tim Burton a fait ce film et il en est tout à fait fier !

Devenu père de famille, le réalisateur de Mars Attacks ! décide d’offrir pour son enfant son adaptation cinématographique d’un roman de son auteur favori, Roald Dahl, mettant en scène un gentil garçonnet pauvre au plein cœur de l’univers enchanté d’un chocolatier aussi intriguant que loufoque, à la suite d’un concours mondial de tickets d’or.

Burton réalisa donc son premier film pour enfants, avec, en tête du casting, le talentueux Freddie Highmore et le méconnaissable Johnny Depp, sorte de Mary Poppins masculin complètement timbré et à la coiffure bizarroïde. Tim réussit incroyablement à rester le plus fidèle possible à l’ouvrage, en mettant sa touche personnelle, le terrible passé du chocolatier Willy Wonka.

Malgré les reproches des fans de Burton contre l’aspect coloré du film, celui-ci fut, le 15 juillet 2005, le deuxième plus gros succès commercial du réalisateur avec The Nightmare before Christmas.

En conclusion, Charlie et la chocolaterie se révèle être une critique hors norme des industries trompeuses et de l’éducation invisible des enfants, copies conformes de leurs parents stéréotypés, avec ce curieux Willy Wonka, véritable star du film, comme monstre tordu écroulé par la société.

Derrière Charlie et ses confiseries, Tim Burton travaille en même temps sur un projet en stop-motion, racontant le mariage impossible d’un vivant et d’une morte, parti sur un malentendu. Il retrouve ses compères Johnny Depp, jouant un rôle à la Ichabod Crane, et Helena Bonham Carter, sous les traits d’une femme morte de chagrin d’amour, et étrangement ceux-ci ressemblent étrangement au physique de leurs personnages. Chanté comme dans L’Etrange Noël de M. Jack, ce conte russe est un retour décalé de Beetlejuice, avec ses vivants cadavériques et ses morts si « vivants ». Sans oublier Emily, la défunte mariée, seule vraie héroïne de l’histoire, la marginale incomprise et tellement émouvante, ainsi que Victor, véritable anti-héros du film, maladroit peureux totalement innocent.

Mais ces Noces funèbres, sorti fin septembre dans le continent américain, reçurent un résultat au box-office modeste, divisant une nouvelle fois le public, qui critique principalement la prévisibilité de ce film d’animation, la patte de Burton trop facilement reconnaissante, et la fin quelque peu décevante.

Le réalisateur de Sleepy Hollow revient un an après Corpse Bride sur un projet particulier datant des années 90, l’adaptation cinématographique d’une célèbre pièce de théâtre musicale des années 70, mettant en scène l’alliance sanglante d’un barbier vengeur au cœur brisé, qui coupe la gorge de ses clients, et d’une cuisinière folle, qui accommode les corps dans ses tourtes à la viande.

Reprenant son équipe favorite, Depp et sa femme, jouant ce couple morbide, Tim Burton met en scène la plus noire et osée des critiques de la société, à base de cannibalisme au sang rouge vif, de personnages pâles et immoraux (le juge pervers et son crasseux assistant, le barbier italien trompeur…) qui méritent tous la mort, dans un décor lugubre londonien, sous des chansons décalées, et son monstre brisé terriblement attachant, une sorte d’Edward aux lames de rasoir vengeur, que sa mèche blanche résume ses quinze ans en prison, privé du bonheur.

C’est aussi le plus bel hommage destiné aux productions de la Hammer, reprenant l’esthétique exagérée de sa violence et les couleurs sombres, rappelant le noir et blanc, des films des années 30.

Sorti étrangement au Noël de 2007, cet énième opus burtonien n’a pas marqué son succès, les Américains dégoûtés par son côté gore (interdit aux moins de 18 ans, là-bas !) et les Français repoussés par ses nombreuses chansons. Pourtant, certains admirateurs de Burton trouvent en ce Sweeney Todd un drame merveilleusement repoussant et profondément émouvant.

IV/ Tim Burton dans l’actualité

1. Ses projets futurs :

Décidément ambitieux, Burton travaille en ce moment sur deux films : un remake en animation d’une heure et demie de son Frankenweenie, pour développer plus l’histoire, prévu en décembre prochain, et l’adaptation du roman de Lewis Carrol, Alice au pays des merveilles, avec la jeune Mia Wasikowska, Johnny Depp et Helena B. Carter dans le rôle de la Reine de Cœur, qui sera un mélange audacieux de prise de vue réelles, d’animation par l’ordinateur et de stop motion, sa date de sortie prévue le 5 mars 2010 aux USA. Puis, il entamera le tournage de Dark Shadows cet été, film adapté d’une série télévisée des années 60, mettant en scène les mésaventures d’un vampire au sein d’un bestiaire de monstres en tous genres, dont le rôle principal sera attribué une fois de plus à son compère pirate.

Un programme fort alléchant !

2. Sa vie actuelle :

Tim Burton vit toujours avec Helena Bonham Carter, à Londres, dans deux maisons reliées par un couloir secret. Ils ont deux enfants : Billy Ray, né le 4 mai 2003, et Neil, née le 15 décembre 2007.

Il est toujours compère avec Johnny Depp, parrain de ses enfants, et Danny Elfman, qui a composé tous ses films depuis Pee-Wee (exception faite à Ed Wood, à cause d’une dispute et Sweeney Todd, reprenant le compositeur de la comédie musicale d’origine, Stephen Sondheim).

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 14 janvier 2009

Le fabuleux voyage d’Alice au Pays du Cinéma

Premières virées cinématographiques :

Lewis Carroll, célèbre mathématicien et photographe, a marqué d’une façon troublante le monde avec sa folle œuvre littéraire « Les Aventures d’Alice au Pays des Merveilles ». Toutes les cultures mondiales s’en retrouvent bouleversées, et l’entreprise cinématographique ne tarda vraiment pas à toucher à ce livre incontournable. C’est précisément en 1903 que naquit sur pellicule la première d’une longue série de visions variées du roman. D’une durée de 17 minutes environ, ce petit film d’époque est mis en scène par Cecil Hepworth et Percy Stow, dont le rôle principal est tenu par May Clark. Cette toute première adaptation cinématographique issue de la Grande-Bretagne est l’une des plus importantes car non seulement c’est l’un des premiers films datés de l’invention du Cinéma, mais c’est aussi la seule transposition du roman vue par Alice Liddell, l’inspiration de l’auteur.

Une troisième (la deuxième a été  faite par adaptation filmique est projetée en 1933, réalisée par Norman Z. McLeod. Avec Charlotte Henry, Edward Everett Horton, Gary Cooper, Cary Grant et W.C. Fields, tous célèbres à l’époque, ce film américain est une transposition complète des deux livres, utilisant les moyens de l’époque, à savoir des doublures jouées dans des costumes

Autres visions diverses :

S’ensuivit alors un nombre gigantesque d’à peu près vingt-trois adaptations des deux ouvrages portées sur l’écran. Toutes les matières de films y contribuent : films, téléfilms, animations et même une série télévisée. « Alice au pays des merveilles » est un sujet récurrent dans l’entreprise du cinéma, car elle fait appel à la créativité de plusieurs réalisateurs ou artistes connus, comme Terry Gilliam (Jabberwocky, 1976, adaptation du poème original) ou, en cours de tournage, Marylin Manson (Phantasmagoria). De même, le thème propre du livre (monde déséquilibré par rapport à la réalité) est repris de diverses façons (Matrix, Tideland, Coraline, etc…).

Deux visions majeures de l’œuvre littéraire :

Cependant, deux œuvres cinématographiques ont marqué définitivement l’image de ce livre que chacun se faisait. Commençons par la plus connue :

Le grand défunt Walt Disney vouait un amour profond pour l’œuvre de Lewis Carroll. Il commença dès 1923 par une série de courts-métrages, « Alice in Cartoonland », où il entraîna une petite fille en chair et en os dans le monde de l’animation. Voulant ce même mélange d’acteurs et animation classique dix ans plus tard, il était obligé d’abandonner cette idée pour cause de manque de budget. Sorti en 1951, le dessin-animé de Walt Disney est un film qui a marqué les générations d’abord négativement, dont certains parents reprochaient le manque de logique. Au fil des ans, bien que ce ne soit pas la parfaite adaptation du bouquin, cet Alice-là est devenu un classique d’animation qui ne laisse personne indifférent.

Enfin, voici une adaptation complètement à part dans le cycle des autres. Original, soigné esthétiquement parlant (le stop-motion toujours aussi incroyable !), cette transposition du roman de Carroll de Jan Svankmajer, réalisateur tchèque, propose une idée totalement géniale, en faisant du Pays des merveilles une version parallèle des objets ou personnes connus d’Alice (le lapin blanc étant son lapin apprivoisé, etc…) tour à tour magnifique et horrifique

ALICE AU PAYS DE TIM BURTON

Retrouvailles amères :

Tim Burton, grand conteur asocial du cinéma, avait depuis longtemps l’ambition d’apporter sa touche personnelle à l’univers imaginé par Lewis Carroll. Selon lui, aucune autre adaptation cinématographique n’avait su donner principalement une personnalité forte au personnage principal, passant d’un fou à l’autre sans émotion. Voulant, comme Walt Disney à l’époque, mélanger le « live » aux techniques d’animation, il fut néanmoins obligé malgré lui de retourner chez Mickey, seul studio possédant encore les droits d’adaptation du livre, ce qui  le ravît peu.

Souvenirs tièdes chez Disney :

A peine entré dans la production en 2008, le studio impose à son ancien élève l’utilisation des images de synthèse et la technique de la 3D, comme support d’animation. D’abord dubitatif, Burton en ressortira ravi de l’expérience de la conversion 3D (il voulait à tout prix garder une caméra classique, ce qui énerva au passage James Cameron et quelques fans du phénomène Avatar). Ayant gardé ses acteurs fétiches (Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Christopher Lee…) et sa version graphique de son film (Disney voulait en vain censurer le sourire du Chat de Cheshire !),

le cinéaste a voulu se démarquer des autres versions connues, en adaptant une nouvelle histoire avec l’univers original du récit, scénarisée par Linda Woolverton (Le Roi Lion, La Belle et la Bête…), basé sur le poème du Jabberwocky issu du deuxième livre, et plus particulièrement l’illustration ci-dessous, représentant le monstre en question combattant un chevalier armé d’une épée, qui semble être Alice, d’où ses cheveux dorés.

Grand succès au pays merveilleux :

Sorti sur grand écran le 5 mars aux Etats-Unis et le 24 mars en France, le nouveau-né de Burton réalisa le plus grand succès financier de son père, en rapportant mondialement plus de 960 346 000 dollars et en remportant son pari haut la main (budget initial : 200 millions de dollars). Etant président du 63e festival de Cannes ce mois-ci, Tim Burton vit un instant de gloire dans toute sa carrière professionnelle.

Alice de Burton, ou la lutte semi-gagnante du réalisateur contre son entreprise :

Ayant attendu une nouvelle excursion dans le monde de Burton depuis son fabuleux Sweeney Todd, j’ai eu grand plaisir à retourner dans ce pays fait de merveilles trois fois, transporté dans la technique du 3D Relief. Et bien, ma foi, ce fut fort agréable !

L’œuvre de Burton nous propose tout d’abord un voyage graphique des plus fascinants. Son univers proposé  est parfaitement abouti dans tous ses contrastes : fourmillant de croustillants détails bien définis et de clins d’œil jouissifs à sa filmographie (l’arbre de Sleepy Hollow, les sculptures en herbe d’Edward aux mains d’argents), le cinéaste nous plonge dans un monde unique et toujours aussi délicieux à contempler, de par ses décors foisonnant d’idées esthétiques ravissants et loufoques, ses personnages et effets spéciaux incroyables de réalisme (la tête gonflée de la Reine Rouge, les animaux tel que le chat ou le lapin…). De ce point de vue là, Tim Burton a réussi un mariage éblouissant entre sa patte si particulière et celle établie par Lewis Carroll dans son livre et un tour de force esthétique magnifique et magique, dont il peut être vraiment fier, lui qui d’habitude ne se sent pas à l’aise dans les technologies actuelles.

Etant ma vraie expérience en 3D au cinéma (je ne connaissais que la technique avec les lunettes vert-rouge ou bleu-rouge jusqu’à présent), j’ai eu un plaisir immense à  me laisser transporter dans cette version en relief, qui utilise le concept intelligemment en nous laissant l’impression d’être devant les personnages (le chat du Cheshire, un régal dans ce format-là !) ou acteur de la scène. Ce fut pour ma part la meilleure façon de rentrer dans un film tel que celui-ci, qui étonnera sûrement certains avec sa palette numérique variée.

Du point de vue de l’adaptation, Burton est resté fidèle à l’esprit de l’œuvre originale (on retrouve ce style de mots inventés comme plussoyance par exemple) tout en assemblant certains aspects à son univers propre (les têtes coupées dans les douves du château, etc…). Alors certes, le film est porté par un scénario des plus classiques (une sorte de « Hook » avec un combat manichéen à la fin), mais le réalisateur a tout de même le mérite de ne pas faire une transposition stricte de l’histoire, mais bien une relecture rafraîchissante des deux livres. Avec un tel changement, Burton a réussi malgré tout à garder le thème principal qui est l’évolution mentale d’Alice par un voyage initiatique. Ici, nous avons une jeune fille de 19 ans en recherche de son identité dans la société et surtout mal adaptée à son époque, une société victorienne peu enviable dictatrice de ses choix (on reconnaît par ailleurs le Burton asocial avec cette époque morne et presque effrayante !), qui finit par avoir confiance en elle et traçant son propre destin, le Jabberwocky symbolisant quelque part sa bête noire intérieure. L’histoire reste en plus efficace malgré cette simplicité au niveau des évènements déroulés.

Malgré cela, le spectacle est accompagné par une galerie de personnages attachants, développés et superbement interprétés : Alice a définitivement la meilleure psychologie portée sur écran, magnifiée par le jeu incroyable et subtil de Mia Wasikowska ; le Chapelier Fou se voit attribuer un charisme hors norme avec sa schizophrénie tour à tour délirante, énigmatique et étonnante et le jeu toujours aussi impeccable de Johnny Depp (fausse note : une danse pas inutile mais incongrue, sorte de revanche du studio voulant au départ Michael Jackson dans le rôle) ; la Reine Rouge (mélange de la Reine de Coeur, de la Reine rouge et de la Duchesse) transformée en marginale pitoyable et délirante mais attachante, burtonien comme Alice et le Chapelier, jouée avec brio par Helena Bonham Carter ; les animaux et autres personnages tous attachants et extravagants, en particulier le Lièvre de Mars totalement félé et le Chat du Cheshire charismatique à souhait, sublimé par l’impressionnante voix de Stephen Fry. Seule la Reine Blanche manque de développement, ce qui est dommage vu son potentiel.

Soit dit-en-passant, il est certes difficile d’aimer une adaptation d’une oeuvre surtout quand celle-ci traite sur le rêve d’un enfant, ce qui fait appel à l’imagination de chacun, mais essayez d’oublier un peu votre vision pour apprécier plus celle d’une autre personne. Voici souvent la clef pour aimer une vision différente de la nôtre.

En conclusion, Alice au Pays des merveilles version Tim Burton est une formidable relecture du mythe, gardant sa folie (les personnages accusent Alice d’être la « fausse » et la rejettent) et le thème principal, avec un personnage principal magnifique, et portant des prouesses esthétiques presque exceptionnels et des acteurs vraiment parfaits, suivi d’une musique certes discrète mais belle. Malgré un scénario trop classique mais efficace, un manque de durée certain pour développer quelques personnages, ce film reste une très bonne oeuvre cinématographique à regarder et au sein de la carrière de Tim Burton.

Alice au Pays des Merveilles : voyage vers l’inconnu improbable

Né le 27 janvier 1832 dans le Cheshire et mort le 14 janvier 1898, victime de la bière et de la drogue, Charles Lutwidge Dodgson, de son pseudonyme le plus connu Lewis Carroll, était un être complexe dans son époque. Dans sa jeunesse, il était le plus sage de ses onze frères et/ou sœurs, malgré sa bégayante familiale qui lui valut des années de psychanalyse, mais avait un esprit quelque peu tordu, obsédé par le thème du renversement des choses. Passé par créateur de revues familiales dans son enfance, professeur de mathématiques en 1855, ennuyant et ennuyé par le comportement sérieux des adultes de l’école, expert en photographie (trois milles clichés) entre-temps en 1856, il finit auteur de poèmes par le biais d’études littéraires.

Ce fut le 4 juillet 1862, « au cœur d’un été tout en or » tel décrit par Dodgson, lors d’une promenade en canot sur la rivière, l’Isis, accompagné d’un de ses collègues, Duckworth, qui avait amené trois filles d’amis avec eux, que Lewis Carroll conta un poème improvisé à une des enfants, Alice Liddell, âgée de dix ans, sa préférée. Passionnée par cette histoire courte de fille pénétrant dans un monde merveilleux, elle demanda à Carroll de lui écrire cette nouvelle. Celui-ci lui offrit une première version en cadeau, illustré par lui-même, puis eut l’idée de développer une nouvelle version qu’il voulait éditer. Voulant son ami Sir John Tenniel comme illustrateur de son œuvre, celle-ci parut en juillet 1865, sous le titre « Alice’s Adventures in Wonderland ». Mais les lecteurs britanniques furent dubitatifs face à ce livre et accusaient même l’auteur de pédophilie, lui-même prenant des photos de sa bien-aimée Alice en question. C’est pourquoi Lutwidge rédigea à Noël 1888 une troisième version, « Alice racontée aux petits enfants », dont les exemples seront distribués à la fin 1889.

Ayant eu un accueil amère et réservé de la part des lecteurs anglais, à son époque, l’œuvre de Lewis Carroll avança pourtant petit à petit dans la route du succès, au fil du temps. Elle passa très vite dans la catégorie des classiques littéraires pour les lecteurs du monde entier. Connue mondialement, elle fut l’objet d’adaptations littéraires (bande-dessinée), cinématographiques et autres, et fut même l’inspiration pour des artistes, réalisateurs (Matrix, Le Magicien d’Oz…), auteurs de romans (L’Histoire Sans Fin, Coraline), de chanteurs, etc., qui reprirent le contexte de l’histoire ou son ambiance bizarre.

Au XIXème siècle, une personne devait se montrer d’une élégance exemplaire et d’une courtoisie immense, avec des manières raffinées tel un lord. Lewis Carroll était cet homme, intelligent, gracieux et poli. Mais telle ne fût pas la surprise de ses proches quand ils découvrirent, par le biais d’une œuvre littéraire, une personnalité secrète, cachée tout au fond de lui !

Tout le monde se demandait à l’époque ce qui a bien pu se passer dans la tête de l’auteur pour mettre en œuvre une histoire aussi abracadabrantesque et aussi absurde que celle-là. Car, il faut bien l’admettre : il fut impensable qu’un génie des mathématiques tel que Charles L. Dodgson puisse imaginer lui-même le voyage invraisemblable d’une petite fille dans un monde sans aucune logique. Et pourtant, cette chose incroyable est bel et bien arrivée : un cerveau de la logique a réussi, en seulement un livre de plus d’une centaine de pages, à contredire et même retourner la logique dans tous les sens, et tout cela avec brio !

On peut voir tout d’abord en cette « Alice » une œuvre sans aboutissement aucune, une simple suite de scénettes n’ayant strictement rien à voir les unes sur les autres, n’apportant pas de moralité à la jeunesse en tant que livre pour enfants. Voici l’avis global de la première lecture. Dans une deuxième lecture, on peut voir soudainement une toute autre œuvre, symbolisant les rêves, et même les peurs de l’enfance. En effet, un enfant peut tout à fait rêver d’un lapin blanc excité et ayant la capacité de parler, tout comme un procédé de nourriture et de boisson faisant rétrécir ou grandir, qui peut se traduire par la peur naturelle d’un jeunot de huit ans de passer à l’âge adulte et donc de grandir trop vite.

L’œuvre de Carroll est en fait une étude sur la psychologie des enfants, leur perception du monde qui les entoure ou bien, tout simplement, leurs pensées intimes. Alice découvre que le Pays des merveilles est son rêve, et donc son imaginaire, fait d’animaux parlants, de chapeliers mabouls et de reines assoiffées de décapitations en série. Les rêves d’enfants sont montrés dans cette histoire comme extraordinaires mais aussi comme cruels, car la jeune héroïne ne tarde pas à se perdre dans son univers personnel. Un autre symbole apparaît alors : celui du mal-être d’un enfant, puisque la jeune fille s’égare dans son propre subconscient et donc, ne se comprend pas soi-même.

L’un des points marquants de ce roman est ses personnages qui ont une toute autre direction narrative, car ils n’ont aucune catégorie littéraire. L’auteur met en scène un monde non peuplé de gentils et de méchants, mais simplement de fous non-moralistes qui ne s’occupent même pas du sort des autres. Une galerie de protagonistes certes peu recommandables mais, pourtant, s’avérant tous complexes et intéressants de par leur folie sans limite. Ce qui est aussi savoureux, c’est de constater que toutes ces personnes sont des caricatures bien léchées de l’époque victorienne. Pour ne citer que les personnages les plus mémorables, Lewis Carroll présente entre autres un lapin blanc stressé par le temps qui est la représentation des ouvriers ou travailleurs de l’époque dont leur vie est brisée par la présence excessive du travail ; un chapelier complètement illogique et d’une impertinence totale, qui ne jure que par le thé et par une devinette incongrue, illustration comique du bourgeois arrogant et prétentieux ; une reine qui cache une obsession saugrenue des décapitations en affichant des cœurs à la saveur amère.

Dénué de repères, le récit propose néanmoins un fil conducteur pour la jeune fillette, le Chat du-comté-de-Chester, où de son nom le plus populaire, le chat du Cheshire. Ce gros matou est probablement le seul protagoniste du Pays des merveilles à vraiment écouter Alice, indiquant son chemin, mais il reste quand même peu fiable. Ayant la capacité de se rendre invisible selon sa volonté, il affiche un sourire aux proportions déséquilibrées, mais qui cache un autre derrière. Mystérieux, étrange et doucement barge, la conscience de cet animal extrêmement nihiliste est inconnue, puisqu’il est fidèle à la jeune fille mais l’amène cependant dans des chemins pouvant conduire à la perte de celle-ci.

Mais la qualité essentielle de cette œuvre est son absurde assumé, du début jusqu’à la fin. Il réside alors une nouvelle vision du roman destiné à la jeunesse, qui propose un conte totalement déluré, en manque de repères narratifs (lieux inconnus). Le lecteur se retrouve perdu comme l’héroïne, tout en restant fasciné de bout en bout dans cet univers barré qui n’est ni plus ni moins que la vision infantile d’un asile remplis de fous joyeux et de créature insolites.

Pour continuer, les dessins de Tenniel accompagnent formidablement la folie de l’histoire de Carroll. Ornés d’une poésie simple et magique, ils sont devenus indissociables dans cette œuvre, ayant marqué une génération de littéraires. Ces illustrations ont complété le récit durant toutes les époques, et c’est pour cela que l’écriture et les gravures se complètent honorablement ensembles.

Cependant, ce que tout le monde ignore, c’est que l’œuvre a inspiré nombre d’illustrateurs autres que J. Tenniel. Même de célèbres faiseurs de dessins, comme Sempé, ont délivré leur vision de cette histoire artistiquement. Et c’est là que se révèle l’un des buts principaux de Carroll : laisser libre cours à l’imagination visuelle de chacun sur ce livre car, après tout, ce Pays merveilleux n’est qu’un rêve et, donc, il touche sensiblement n’importe qui différemment.

En conclusion, Les aventures d’Alice au Pays des Merveilles est une œuvre schizophrène, comportant deux lectures accessibles aux enfants (a partir d’une dizaine d’années cependant), touchés par le côté merveilleux de ce monde, et aux adultes, intéressés par les trouvailles de jeux de mots humoristiques et par les notions mathématiques dissimulées. En outre, c’est aussi une analyse psychologique complète de l’enfance, avec ses symboles universels.

Plus qu’un classique, c’est un nouveau genre littéraire inventé de toutes pièces, basé entièrement sur l’absurde et défiant complètement les lois de la logique, avec ses jeux de mots inconnus, ses repères oubliés et ses personnages à caractère indéfini.

De l’autre côté du Miroir et ce qu’Alice y trouva : deuxième voyage vers l’imagination inversée

C’est en 1871 que Lewis Carroll met la jeune Alice en péril dans son imagination débordante de bizarreries malicieuses. Suite moins connue du public, De l’autre côté du Miroir suit la même folie que son frère, inversant le monde, comme les lois de l’apesanteur, et conserve le système de double lecture, tout en gardant des personnages fous, avec cependant plus de repères (la Reine Blanche gentille et la Reine rouge méchante) que le premier.

Le deuxième livre est avant tout une géniale métaphore littéraire du jeu d’échec, une activité faisant appel à la logique, avec les deux reines, leur armée, le chevalier, avec quelques différences près, l’absurde étant encore présent dans cette œuvre-là.

Adam Elliot – Mary & Max

Originaire d’Australie, Adam Elliot est né le 2 janvier 1972. Quand il était enfant, sa passion était de dessiner en compagnie de ses deux perruches Sonny et Cher, au grand désarroi de son père, ancien clown acrobate reconverti dans l’élevage de crevettes. Son style artistique le différencia des autres élèves dans son école pour garçons, vers ses 12 ans. Ce qui le distingua des autres enfants, c’était son tremblement physiologique d’origine maternelle. Pourtant, il arrive à vivre avec ses défauts, en ignorant les moqueries à son propos, considérant que son problème n’est pas une maladie.

A Melbourne, il découvrit vers dix ans l’art dramatique et joua dans une pièce de théâtre, racontant une aventure du mythique détective Sherlock Holmes, incarnant le docteur Watson. Puis, il mit ses talents d’illustrateur au service d’une école de design et d’arts, le Victorian College of the Arts. Spécialiste de l’animation, il fut couronné de plusieurs récompenses avec sa trilogie de courts-métrages animés d’étude, possédant un ton mélancolique et poétique, (Oncle, Cousin et Frère), adulée par le public, et il gagna le Prix du meilleur court-métrage d’animation avec son Harvey Krumpet (2003) en 2004.


Mary & Max, la révélation cinématographique

Victorieux d’un succès auprès de ses essais animés récompensés, Adam Elliot décida de se plonger dans le long-métrage. Encouragé par un certain Nick Park, fameux créateur de Wallace & Gromit, il se dirigea vers l’animation en pâte à modeler, en 2005, pour mettre en scène sa toute première œuvre cinématographique : Mary & Max. Passé dans plusieurs festivals de film dans le monde entier, mais passé inaperçu en 2009 au sein du grand public, le film est accueilli par une critique conquise, exprimée par quatre récompenses en son honneur, notamment le Cristal du Meilleur Long-Métrage d’Animation au Festival International d’Annecy (ex-aequo avec Coraline).

Basé sur une histoire vraie, ce film conte la rencontre improbable et totalement incongrue par écrit d’une petite fille australienne, adorable comme tout mais dont la vie la méprise continuellement, et son correspondant, un homme juif vivant à New-York et mal dans sa peau.

Tout d’abord, soulignons la forme grotesque et poétique de l’animation. Les personnages, ayant tous des aspects délirants assez amusants, évoluent dans des décors de toute beauté, remplis de simplicité si lyrique, se permettant de critiquer subtilement des classes de la société. Ainsi, l’animation faite à la main fait encore son effet, plaisante à souhait, toujours magnifique à contempler l’aspect artisanal de cet art (la présence des empreintes digitales sur la peau des personnages) et rappelant toujours la belle époque des Wallace et Gromit et autres Pingu.

Plus que l’animation, c’est le scénario qui amplifie la beauté de cette œuvre. Ordinaire et commune à tous les romans épistolaires, l’histoire parvient pourtant à captiver grâce à ses deux personnages principaux. Ce sont de parfaits anti-héros, en outre deux genres de personnes tout à fait existants, à la seule différence qu’ils dévoilent des points de vue sur le monde surprenants car vraiment humanistes. Mary est une enfant profitant pleinement de la vie, en fabriquant des personnages avec de simples morceaux de caillou et en s’intéressant à des objets la cultivant plus ou moins. Max est un homme qui dégage de vrais sentiments et de vraies idées humanitaires (il ramasse tous les mégots que les gens laissent par terre, sans se soucier de dangers polluants). Le spectateur se sent concerné et intéressé par les évènements du quotidien décrits par les deux protagonistes, les rendant captivantes avec un ton léger et amusant. Porté par des personnes communs à notre réalité tour à tour attachants, profonds ou déstabilisants, leur existence se voit détruite par de malheureux embûches de la vie, avec la mort ou la maladie de certains proches. Mais, apprenant chacun un peu du savoir-faire de l’autre, Mary et Max, révélant en lui une maladie émotionnelle, arrivent à profiter de leur destin sans se soucier des moqueries ou problèmes dont ils deviennent victimes. En outre, les deux « héros » sont en fait un double portrait de leur créateur, Adam Elliot, vivant parfaitement sans tenir compte de son tremblement physiologique maternelle.

Véritable tourbillon d’émotions, porté par un casting vocal remarquable et sous une musique sobre, belle et délicate, Mary et Max, faisant un magnifique contraste entre les deux univers des personnages principaux par le champ de couleur (coloré pour la première et triste pour le dernier), est un bijou filmique présentant un portrait profond et sensible sur les personnes mises à l’écart de la société par différentes manières et qui arrivent à s’y intégrer, là où d’autres portraits les favorisaient dans le sens où la classes sociales sont dénoncés en les chassant (Edward aux mains d’argent de Tim Burton, Elephant Man de David Lynch…). Adam Eliott, prouvant ses talents de conteur humaniste et poétique au monde entier, a voulu rentrer dans la cour des grands cinéastes et l’a réussi avec brio !

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Aujourd’hui, le livre du mois est particulièrement dans l’air du temps ! A quelques jours de Noël, découvrons le conte de Charles Dickens, plein de poésie et d’espoir !

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