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Didier Van Cauwelaert, le raconteur d’histoires

Romancier, scénariste, librettiste, auteur de pièces de théatre et réalisateur, Didier Van Cauwelaert est né le 29 juillet 1960 à Nice.

Depuis tout petit, Didier Van Cauwelaert rêvait d’être écrivain et d’être publié. Très tôt, à l’école en découvrant que les mots servaient à raconter des histoires, Didier Van Cauwelaert a connu l’évidence qu’il lui fallait raconter des histoires et s’adresser à un public. Metteur en scène de ses histoires, toutes plus invraisemblables les unes que les autres, il se met à écrire, se rendant compte qu’écrire lui donnait envie d’aller vers les autres. C’est dans le journal de l’aumônerie, dans lequel Didier Van Cauwelaert proposera un feuilleton d’épouvante, qu’il commencera l’écriture. Petit, Didier Van Cauwelaert adorait écouter son père lui raconter des histoires et écouter les feuilletons à la radio sur France Inter de Pierre Dac. De 7 à 22 ans, il a envoyé ses manuscrits chez les éditeurs pour gagner sa vie, sans succès.

Après des études classiques, et de petits boulots, il s’essaiera au métier agréable et insouciant de professeur de planche à voile, puis plus tard de chant, puis il deviendra critique littéraire éphémère. En 1982, son roman “Vingt ans et des poussières” est publié et accueilli par la critique dont François Nourrissier qui redédouvre à travers son roman le plaisir d’un style maîtrisé, il obtient le Prix Del Luca pour son récit.

Suivront la publication de romans pour lesquels il touche un public de plus en plus large et reçoit quelques prix : Prix Roger Nimier en 1984 pour “Poisson d’amour”, Prix Gutenberg en 1987 pour “les vacances du fantôme”, puis en 1994, le Prix Goncourt pour “un aller simple”. Il reçoit le Prix des lecteurs du livre de poche pour “la ville interdite” en 1997, le Fémina  en 1999 pour “la demi pensionnaire”, le Prix Sciences de la vulgarisation scientifique pour “l’apparition” en 2002, et le Prix Marcel Pagnol et Prix Nice Baie des Anges pour “Le Père Adopté” en 2007.

Didier Van Cauwelaert est un écrivain comblé, auteur de romans et de pièces de théatres, dont la pièce de théatre “L’Astronome” en 1983 pour laquelle il reçoit le Grand Prix du Théatre de l’Académie Française et le Prix de la Fondation Johnson. Il a également écrit “le Nègre en 1986, “Noces de Sables” en 1995, “Rapport Intime” en 2002 et “Le Rattachement” en 2010. De sa rencontre avec Michel Legrand, il écrit la comédie musicale “Le Passe-Muraille”, d’après l’oeuvre de Marcel Aymé, et recevra le Prix Molière en 1997, du meilleur spectacle musical.

Didier Van Cauwelaert est scénariste au cinéma pour “la Maison Assassinée”, “L’invité surprise” et “Triplex” de Georges Lautner, “Feu sur le candidat” d’Agnès Delarive, “Les Amies de ma femme” qu’il réalise, “Un aller simple” de Laurent Heynemann et “l’éducation d’une fée” de José Luis Cuerde. Il est également scénariste pour la télévision (fiction) du “Père Noël” d’André Flédérick, “Marie-Love” de JP Richard, “Madame et ses flics” de Roland Bernard, “Le Président et sa Garde-Barrière” de Jean Dominique de la Rochefoucauld, “Services sacrés” de Vicenzo Mareno. Il a écrit un télé-document pour canal plus en 2005 d’Yves Boisset “Ils veulent cloner le christ”.

Il a adapté en français la comédie musicale de “Tintin et le temple du soleil”, et a écrit le scénario de la bande-dessinée “Vanity Bentz”, dessins de Franck Bonnet, aux éditions Dargaud, parodie et critique de l’organisation communiste à Cuba, où l’héroïne Vanita Bentz, reporter au journal Pariscoop, part pour une enquête avec le photographe Max.

Didier Van Cauwelaert et l’écriture :

Didier Van Cauwelaert écrit tout le temps, depuis toujours, il écoute ce que les gens disent. Pour lui, l’écriture est une mise en mouvement perpétuel des choses qu’il voit et ressent, il se dit d’ailleurs “romancier de la reconstruction et de l’air du temps”, car au travers de ses écrits, il cherche à faire du bien dans les moments les plus insupportables de l’existence. Au travers de ses récits, cet écrivain a besoin de l’action, de la fiction, et de questionner le monde à travers ses personnages. Provocateur, cynique, Didier Van Cauwelaert estime que la littérature doit être un divertissement et traiter les sujets les plus graves avec la plus grande légèreté. Pour lui le rôle de l’écrivain c’est donner au lecteur l’envie d’habiter le livre. En tant que romancier, deux sujets le passionnent : la perturbation, -moment où le drame vient perturber le bonheur ou l’inverse-, et la manipulation. Didier Van Cauwelaert est un passionné, exigeant, sensible à la résonnance. il raconte des histoires originales, imprévues et racontées dans un style dramatico-comique. La plupart de ses récits abordent la reconstruction d’êtres humains en difficulté, en souffrance. En ce qui concerne le travail de théatre, pour Didier Van Cauwelaert, c’est un travail collectif, où se partage une création commune, où l’on recherche la réalité, on est dans la sensation en entrant dans le texte, on cherche l’émotion que l’écrivain a voulu transmettre.

Bibliographie de l’auteur :

Aux éditions Le Seuil : “Vingt ans et des poussières”, en 1982 ; “Poisson d’Amour” en 1984 ; “Les vacances du fantôme” en 1986  et “L’Orange Amère” en 1988

Aux éditions Albin Michel : “Un Objet en Souffrance” en 1991 ; “Cheyenne” en 1993 ; “Un Aller Simple” en 1994 ; “La Vie Interdite” en 1997 . “Un Corps Etranger” en 1998 ; “La Demi Pensionnaire” en 1999 ; “L’Education d’Une Fé” en 2000 ; “L’Apparition” en 2001 ; “Rencontre sous x” en 2002 ; “Hors de Moi” en 2003 ; “L’Evangile de Jimmy” en 2004 ; Attirances” en 2005 ; “Clôner le Christ” en 2006 ; “Le Père Adopté” en 2007 ; “La Nuit Dernière au XVème siècle” en 2008 ; “La Maison des Lumières” en 2009 ; “Les Témoins de la Mariée” en 2010.

Aux éditions Albin Michel Jeunesse : “Thomas Drimm, la fin du monde tombe un jeudi” Tome 1, en 2009  ; “Thomas Drimm, la guerre des arbres commence” tome 2 en 2010.

Actualités de Didier Van Cauwelaert :

Cinéma : Son roman “Hors de moi” est actuellement au cinéma sous le titre “Sans Identité” avec Liam Neeson et Diane Kruger.

Livre et action caritative : En collaboration avec le journal Femme Actuelle, Didier Van Cauwelaert a écrit le feuilleton de l’été 2010, inspiré d’un fait réel, et dont un livre est actuellement édité, sous la forme d’un genre littéraire nouveau, le “romanga”, roman doublé d’un manga “L”enfant qui venait d’un livre”. Lors d’une séance de dédicaces, l’auteur rencontre un papa qui lui parle de sa petite fille atteinte d’une maladie la dystonie musculaire invalidante et dont le traitement onéreux empêche une majorité d’enfants d’êtres soignés. Ce traitement, suivi par l’équipe médicale du Pr Coubes à l’hôpital de Montpellier, consiste à implanter des électrodes intra-crâniennes dans le cerveau, seul traitement actuel contre cette pathologie, une opération efficace mais couteuse. Didier Van Cauwelaert a alors l’idée généreuse d’écrire l’histoire de Zédérem, un petit garçon âgé de 8 ans, qui veut aider une petite fille malade. Associé au peintre Soy, et de l’illustrateur Patrice Serres, Didier Van Cauwelaert nous entraîne dans une aventure bouleversante inspirée d’un fait réel et qui débouche sur une action caritative, dont les les droits d’auteur seront reversés à l’association “Art Espoir” pour lutter contre cette maladie.

Quelques livres de Didier Van Cauwelaert :

Vingt ans et des poussières” retrace l’histoire de jeunes lycéens qui montent une pièce de théatre. Quelques jours avant la première le metteur en scène disparaît. Emile, vieux metteur en scène âgé de 70 ans, décide de reprendre la direction de la pièce.

Poisson d’Amour“. Lors d’une vente aux enchères, Philippe, videur,  tombe follement amoureux de Béatrice, basketteuse et visiteuse de prison, qui va l’entraîner de mésaventures en quipropos aux confins du Vénézuela. Sur un rythme endiablé, on suit ce couple insolite dans cette épopée amoureuse, où l’humour est au centre du récit.

Un Aller Simple“, Aziz, 19 ans, jeune homme sans véritable identité, recueilli par les gitans, se retrouve du jour au lendemain expulsé de France, vers son pays d’origine le Maroc, accompagné d’un attaché humanitaire, Jean-Pierre. Aziz va trouver attachant Jean-Pierre, dont il comprend qu’il souffre aussi d’une sorte d’expulsion, conjugale. Aziz va enjoliver la réalité de sa vie, sous le charme, Jean-Pierre songe à consacrer un livre à cette aventure. D’un problème d’actualité, sans préjugés, Didier Van Cauwelaert a su raconter une belle histoire humaine.

L’éducation d’une Fée” Nicolas Rockel, après quatre années de bonheur avec Ingrid, dont il a un fils Raoul, s’interroge sur sa compagne qui lui annonce qu’elle le quitte. Nicolas, créateur de jouets, se demande comment annoncer la nouvelle à son fils Raoul. Une fée, Sézar, kurde, qui a écrit une thèse sur Gide et qui travaille comme caissière à l’hypermarché du coin, croise leur route. Cette rencontre produit un miracle : Ingrid revient.

Hors de Moi” Martin Harris, botaniste américain, sort du coma, après un accident de voiture, il quitte l’hôpital et rentre chez lui. Mais un autre Martin Harris l’a remplacé, il lui a pris son identité, son travail, son passé, sa mémoire, même  son entourage ne le reconnait pas. Ce roman aux allures de polar entraîne le lecteur dans une descente aux enfers, à mi-chemin entre le thriller et le para-normal, dans un suspense hallucinant où se mêle la folie et la manipulation.

Attirances” Trois nouvelles : une étudiante harcèle un écrivain célèbre en lui consacrant une thèse, un peintre s’accuse de tuer les femmes à distance avec ses pinceaux, une maison qui envoute jusqu’à la folie ceux qui s’y attachent, les personnages de ces trois nouvelles sont tous liés par un même secret. En explorant les limites entre réel et irréel, attirance fatale, magie noire, possession et manipulation, Didier Van Cauwelaert entraîne son lecteur dans une histoire diabolique et fatale.

Le Père Adopté” L’auteur raconte la relation avec son père, ses débuts d’écrivain, où instants tristes et amusants se mélangent. Didier Van Cauwelaert offre l’un de ses plus beaux personnages de roman en évoquant son père, un père énergique, à l’humour sans limites, généreux, bouleversant, “un mélange de brutalité et de tendresse” où les anecdotes s’enchaînent. Son livre raconte ce qu’est un romancier, comment l’auteur de ses jours a fait de lui un auteur à son tour et surtout comment il lui a donné la rage d’écrire depuis son plus jeune âge. Extrait : “J’avais sept ans et demi quand mon père a menacé de se tirer une balle dans la tête s’il était condamné à ne plus marcher, après un grave accident qui l’avait laissé très handicapé. J’ai fait mon deuil de lui à ce moment-là et j’ai décidé de devenir écrivain pour gagner ma vie à sa place”. Didier Van Cauwelaert dit de son père “C’était tellement naturel que j’écrive sur mon père : c’est par lui et avec lui que j’ai toujours écrit”, après sa mort, Didier Van Cauwelaert dira “Je ne pleure pas mon père, je le ris”.

La Maison des Lumières” Jérémie Rex, 25 ans, boulanger à Arcachon a le coeur brisé. Amoureux d’une femme qui le délaisse, il refuse de se résigner et veut retrouver celle qu’il aime telle qu’elle était au début de leur relation. Il part seul à Venise et entre dans un musée, fixe une toile de Magritte intitulée “L’Empire des Lumières”, et tombe, raide mort, foudroyé par une crise cardiaque… qui dure quatre minutes trente. Pendant cet arrêt du coeur, Jérémie vit une NDE -near-death-experience-, expérience de mort imminente, qui se traduit par une “sortie du corps”.. et son corps rentre dans le tableau de Magritte où il retrouve celle qu’il aime, telle qu’elle était auparavant… mais Jérémie se réveille, retour à la réalité.

Thomas Drimm, la fin du monde tombe un jeudi“, tome 1, raconte l’histoire d’un jeune ado de 13 ans qui vit dans un monde où tous les individus sont contrôlés par des puces cérébrales. Thomas Drimm va se révéler être le seul espoir de sauver l’humanité et choisir entre la protection tyrannique d’un savant, réincarné dans son ours en peluche, ou l’aide dangereuse de sa jeune et belle voisine. Avant d’être publié sur édition papier, ce premier roman feuilleton l’a été sur téléphone mobile. Pour Didier Van Cauwelaert, cette forme d’édition permet à la littérature d’entrer dans les nouvelles technologies.

Les Témoins de la Mariée” Une jeune chinoise âgée de 20 ans, arrive à Paris pour se marier. A l’aéroport elle est attendue par quatre personnes, quatre amis du marié, qui leur a demandé d’être les témoins de son mariage. Seulement trois jours avant le mariage, le futur marié s’est tué dans un accident de voiture. Les quatre amis viennent annoncer son décès à la future mariée. Ce roman sur l’amitié et l’amour pose la question de savoir si l’amitié est soluble dans l’amour. Est ce que l’histoire d’amour va diviser un groupe d’amis où cette perturbation va agir comme un révélateur. Raconté par quatre témoins, chacun a une vision différente de la jeune chinoise, qui va tour à tour, séduire, perturber, agresser et révéler ces quatres témoins et agir avec une sorte de machiavélisme amoureux, un suspense fondé sur l’émotion, la vérité et le mensonge.

Geneviève Brisac, écrivaine et éditrice d’émotions…

Geneviève Brisac

Geneviève Brisac est née le 18 octobre 1951 à Paris, d’un père aux origines tchèque, juive, allemande et roumaine et d’une mère aux origines arménienne, grecque et turque.

Jean-Marc Roberts, écrivain-éditeur

Unknown

un roman doit toujours contenir un secret

Christian Lehmann, médecin et écrivain

Christian Lehmann

“Je regrette que le temps d’aimer soit si court”

Annie Ernaux : “écrire est un acte politique”

Annie Ernaux est née le 1er septembre 1940. Originaire d’un milieu ouvrier, elle passe son enfance dans le café-épicerie de ses parents à Yvetot en Normandie. Puis elle fait ses études à l’université de Rouen. Agrégée de Lettres Modernes, elle devient institutrice, puis professeur. Divorcée, elle a deux enfants. Elle a commencé un journal intime à l’âge de 16 ans, et à 20 ans, son souhait le plus fort était d’écrire.

Annie Ernaux a publié une quinzaine de romans. En 1984, elle reçoit le Prix Renaudot pour son roman “La Place”, puis en 2008 elle obtiendra le Prix François Mauriac et le Prix Marguerite Duras pour son best seller “Les années”, elle est également Lauréate du Prix de la Langue Française en 2008 à Brive, pour l’ensemble de son oeuvre.

Au travers de ses écrits, Annie Ernaux dépeint des tranches de vie qui peuvent appartenir à chacun. Elle mêle avec virtuosité histoire et expérience individuelle. Auteur centré sur la mémoire, elle exprime tour à tour ses parents, son enfance, l’ascension sociale, l’adolescence, l’avortement, le mariage, la femme, les plaies intérieures de ses relations passionnées et complexes avec les hommes et l’amour en général, la maladie, la vie. Elle parle d’elle-même, de ses émotions, cette femme authentique dérange, agace, fascine. Ses ouvrages dissèquent avec minutie et exigence la réalité. Ecrivain majeur de notre temps, Annie Ernaux écrit des récits universels avec des mots simples, liés aux choses et dans lesquels elle décrit des gens profondément humains. Avec justesse et sans concessions, elle expose sa vie, avec ses émotions à coeur ouvert, en relatant les faits de manière la plus fidèle et la plus sensible. En racontant sa vie, elle raconte celle des autres, à partir d’une émotion fortement ressentie, cet écrivain authentique écrit sur le “refoulé social”, sur la souffrance des “dominés”, elle cherche à transcrire la violence de la réalité et la partage avec le lecteur.

D’une écriture dépouillée, dense, précise ciselée, conotenue, elle écrit la réalité et les choses vécues, ses textes fouillent le personnel et le social dans un même mouvement. Son style est dans le non style, “l’écriture plate” comme elle le dit. Tel un ethnologue, Annie Ernaux explore, fouille, décante et distille le passé en allant jusqu’au bout dans le contenu et la forme, en creusant les choses pour faire sortir les mots, toujours dans une quête d’exactitude. Comme un peintre, elle utilise la palette des mots qu’elle joue sur une partition et en fait ressortir un tableau dont la forme littéraire est l’exploration de la mémoire et offre ainsi aux autres le miroir où se reconnaître, se voir et composer une autobiograpie qui confonde avec la vie du lecteur.

“J’écris pour que nous n’ayons pas existé pour rien”

Livres :

“Les Armoires Vides” chez Gallimard en 1974 : Roman sur sa jeunesse dans un milieu modeste. Denise Lesur, étudiante, évoque les souvenirs de son enfance insouciante dans le café-épicerie de ses parents. Ell rentre dans une école privée et découvre un autre monde qui lui fait prendre conscience qu’elle ne vient pas du même milieu que les autres filles. Entre honte et culpabilité, Annie Ernaux retranscrit cette déchirure sociale et l’ambiguïté des rapports et évolutions des sentiments entre ses parents et elle.

“Ce qu’ils disent ou rien” chez Gallimard en 1977 : court texte sur l’adolescence de l’auteur qui exprime le rejet des parents, du milieu, la culpabilité, la honte, la jeunesse et les désirs.

“La Femme Gelée” chez Gallimard en 1981 : roman sur la condition de la femme. Annie Ernaux évoque l’itinéraire d’une femme mariée, la narratrice revient sur son enfance, sa vie de jeune femme et de femme, 30 ans, mariée, mère de deux enfants, qui bataille seule entre son travail, la lourdeur des tâches ménagères et l’éducation de ses enfants.

“La Place” chez Gallimard en 1984 : ce roman lui vaudra le Prix Renaudot. Ce court roman évoque l’histoire de son père, fils d’ouvrier agricole en Normandie, entré dans la vie active à 12 ans, comme vacher, puis devenu ouvrier d’usine avant d’acheter un café-épicerie à Yvetot. Au travers du portrait d’un homme simple, Annie Ernaux retrace la vie et la mort de son père en dévoilant la distance douloureuse survenue entre elle, étudiante, et ce père. C’est un récit intimiste sur la relation père-fille. Annie Ernaux rend un véritable hommage à son père tout en évoquant les problèmes d’incommunicabilité entre elle et lui, dont les valeurs et les rêves diffèrent. Un texte émouvant et sincère écrit avec sensibilité et délicatesse.

“Une Femme” chez Gallimard en 1988 : roman qui évoque la mère de l’auteur. Dans ce récit, Annie Ernaux évoque la perte de sa mère. Au fil des mots, elle essaie de retrouver les différents visages de sa mère décédée en 1986 d’une maladie qui a détruit sa mémoire et son intégrité physique et intellectuelle. Amour, haine, tendresse, culpabilité et attachement viscéral à la vieille femme diminuée se mélangent dans ce roman. Annie Ernaux évoque cette femme en dessinant son parcours, et en évoquant son enfance en Normandie dans un milieu modeste, la volonté de s’élever, de pousser sa fille à faire des études. A la fois tendre et attendrissant, ce roman est une belle déclaration d’amour d’une fille à sa mère.

“Passion Simple” chez Gallimard en 1991 : roman qui évoque la passion amoureuse extraordinaire vécue par la narratrice avec un homme marié, diplomate soviétique, plus jeune qu’elle, et dans lequel elle détaille cette histoire de l’attente amoureuse et vaine de son amant.

“Journal du Dehors” chez Gallimard en 1993 : de 1985 à 1992, l’auteur a tenu un journal entre Paris et Cergy où elle décrit des scènes, des paroles vues ou entendues dans le RER, dans les hypermarchés et en retient quelque chose de l’époque des gens croisés une fois et qui déclenchent le trouble, la colère ou la douleur, scènes de la vie banales, surréalistes ou impudiques parfois, sur fond de décor de paysages urbains.

“La Honte” chez Gallimard en 1997 : roman sur un évènement vécu par l’auteur. Ce récit évoque l’irruption de la honte dans la vie d’un enfant de 12 ans. La narratrice se souvient de ce jour de juin 1952, où lors d’une violente dispute opposant ses parents, son père tente de tuer sa mère, sa vie est alors bouleversée dans l’angoisse de la prochaine dispute et surtout ce sentiment de honte qui la saisit au plus profond.

“Je ne suis pas sortie de ma nuit” chez Gallimard en 1997, sur la maladie de sa mère. “je ne suis pas sortie de ma nuit” sont les mots adressés dans une lettre envoyée par sa mère à une amie. Dans ce roman, Annie Ernaux évoque les dernières années de la vie de sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Au travers d’un journal écrit sur le vif, dans la douleur et la spontanéité des émotions, Annie Ernaux évoque les moments de lucidité et de folie de sa mère, qu’elle voit s’éteindre peu à peu. Un texte touchant, beau et riche en émotions.

“La Vie Extérieure” chez Gallimard en 2000 est le rassemblement de scènes de la vie courante, des petits riens de la vie de tous les jours, notes que l’auteur a pris le temps d’écrire de 1993 à 1999.

“L’événement” chez Gallimard en 2000 : roman sur l’avortement. Ce récit évoque l’histoire poignante de la narratrice, jeune femme qui veut avorter dans une période où cela représente un délit. Annie Ernaux raconte le périple de cette jeune femme, ce parcours douloureux, difficile et délicat, ses peurs, ses angoisses, son désespoir et sa solitude. Au travers de ce livre, la narratrice évoque l’avortement clandestin qu’elle a subi en 1963 dans des conditions angoissantes et éprouvantes. L’auteur évoque avec justesse cet évènement inoubliable.

“Se Perdre” chez Gallimard en 2001 : journal écrit durant sa passion décrite dans le roman “Passion Simple”. Dix ans après son roman “Passion Simple”, Annie Ernaux publie son journal intime tenu à l’époque de cette passion, de septembre 1988 à nvoembre 1989, absorbée par la passion amoureuse avec S., son amant russe, dans lequel elle décrit son plaisir, ses attentes, ses doutes, ses brefs et rares moments d’union avec son amant, c’est une réflexion sur la passion amoureuse, sur le désir et la vie.

“L’Occupation” chez Gallimard en 2002 : roman sur la jalousie. Dans ce récit, la narratrice quitte son amant, mais lorsque celui ci lui annonce qu’il a une autre femme dans sa vie, un sentiment de jalousie envahit la narratrice qui cherche à connaitre cette “autre” qui la hante, devient obsessionnelle, l’image et l’existence de cette femme ne cessent de l’obséder et c’est cette “occupation” qu’elle évoque. Son recours sera l’écriture, comme un dérivatif à sa souffrance  et une façon de sortir de ce tourbillon qui la perd. Ecrire permet à l’auteur de réduire le trop plein de jalousie qui ronge les derniers souvenirs, et doit la sortir de cette tragédie.

“L’Ecriture comme un couteau” chez Stock en 2003, aec F-Y Jeannet sont des entretiens dans lesquels Annie Ernaux évoque sa venue à l’écriture, sa manière de travailler et ses raisons d’écrire.

“L’Usage de la Photo” chez Gallimard en 2005. Ouvrage écrit avec son compagnon de l’époque, Marc Marie. C’est un concerto à deux voix où chacun commente séparément quatorze photos représentant l’histoire de leur liaison. Au travers d’un album de photos représentant les vêtements enlevés au corps avant l’amour, poonctués de textes, Annie Ernaux évoque son cancer du sein et cette liaison.

“Les Années” chez Gallimard en 2008 : Best-seller 2008, c’est une autobiographie impersonnelle d’Annie Ernaux, qui à partir de photos personnelles et de souvenirs nous évoque toute une génération de l’après-guerre à 2007. C’est l’histoire d’une femme et l’histoire du monde autour d’elle, sans dissocier l’un de l’autre. Annie Ernaux décrit le parcours des années qui sont derrière nous et essaie de faire ressentir le passage du temps, et dire à la fois l’intime et le collectif, et “sauver ces années derrière nous et que l’on ne reverra plus jamais”. Au travers de ce livre, elle rassemble ses vies multiples en une sorte d’autobiographie impersonnelle.

Caton ou Professeur de Michel Brèthes

Michel Brèthes est né à Bordeaux le 24 décembre 1944. Avant d’être édité, cet écrivain était professeur d’Education Physique et Sportive  en Charente puis en Gironde. Aujourd’hui à la retraite, ce passionné d’écriture écrit des contes, des portraits, des poèmes, de courts textes et des romans.

Passionné par l’être humain en général, il écrit beaucoup, et c’est sur les conseils de ses amis qu’il publie un de ses romans “Caton ou professeur” en 2008 aux éditions Persée.

“Caton ou Professeur” est une pure fiction qui raconte le Bordeaux des étudiants des années 60/70. Michel Brèthes au travers de ce roman dépeint ainsi une chronique sociale qui met en scène deux protagonistes, Caton, personnage principal, clochard, marginal érudit, et Paul, jeune étudiant. Avec humour et émotion, l’auteur nous emmène dans une relation humaniste entre deux hommes, deux générations différentes, que la culture rassemble.

Devant la faculté, Caton harangue les professeurs d’université et soutient les étudiants. Ce personnage, haut en couleurs, -et dont le prénom Caton a été choisi en référence à Caton, l’ancien, qui dans sa jeunesse fut adepte du stoïcisme-, rencontre Paul avec lequel une belle histoire d’amitié va les unir, et dans laquelle Caton va se livrer. Paul va ainsi déccouvrir la vie de cet homme sur les marches de la fac et ailleurs avec celle de ses compagnons de fortune.

L’auteur nous entraîne dans cette tranche de vie passionnante où le lecteur observe  une magnifique rencontre  entre deux êtres. Michel Brèthes en écrivant ce roman s’est identifié aux deux personnages principaux, dont Bordeaux et son milieu étudiant des années 1970 est le décor.

Si ce roman n’est pas autobiographique d’après son auteur, il y a pourtant beaucoup de ses qualités pour ceux qui l’ont connu en tant que professeur. En effet, Michel Brèthes, enseignant, a toujours eu le souci de mettre en valeur les aspects positifs de ses élèves et leur transmettre avec passion la richesse des rapports humains.

Avec une écriture agréable, poétique et généreuse où se mêlent la célébration de l’amitié, des situations cocasses et surtout le respect de l’homme, Michel Brèthes écrit là un roman unique et sensible à la fois dans lequel on se laisse porter grâce à l’enthousiasme de son auteur qui su composé une belle histoire. On s’attache à Caton, au personnage, à son histoire qui nous émeut et dont on ne peut se détacher.

Professeur d’EPS pendant plus de trente ans, Michel Brethes, grand lecteur de bd, romans et récits divers, a exercé son métier avec passion, ce métier qui lui a permis d’observer l’humain et inspiré ses histoires. Intéressé par la différence, par la vie, ses sources d’inspiration sont les relations entres les êtres humains, la femme et les relations entre  l’homme et la femme. Il a déjà plusieurs romans à son actif et a participé à divers salons en province.

Michel Brethes écrit par passion de l’écriture, mais aussi pour rattraper le temps passé auprès de ses élèves et ses enfants, écrire pour exister, pour être lu, pour laisser une trace. Cet écrivain, boulimique de mots, écrit avec plaisir, et talent, cet auteur se dit “inventeur d’histoires”… et il le fait très bien.

Nicolas Fargues, l’écrivain élégant

“L’écriture est le seul espace de liberté absolue”

Nicolas Fargues, écrivain français, est né à Meulan en 1972. Après une enfance au Cameroun, au Liban puis en Corse, des études de lettres à la Sorbonne, et un mémoire de DEA sur la vie et l’oeuvre de l’écrivain égyptien Georges Henein, et deux ans de coopération en Indonésie, il revient à Paris où il occupe divers emplois : agent d’accueil à la Bibliothèque historique de la ville de Paris, lecteur chez Gallimard, pigiste à Nova Magazine et au quotidien québécois le Devoir, concepteur de bandes annonces pour la télévision, avant de publier son premier roman en 2000 “Le Tour du Propriétaire”, puis en 2001 “Demain, si vous le voulez bien”.  En 2002, il prête son image pour la publicité du parfum “Allure de Chanel”. De 2002 à 2006, il dirige l’Alliance française de Diégo-Suarez à Madagascar, et publie en 2002 “One Man Show”, en 2004 “Rade Terminus”, en 2006 “J’étais derrière toi”, en 2008 “Beau Rôle” et en 2009 “Le Roman de l’Eté”.

Nicolas Fargues est un écrivain inspiré par les apparences et ce qu’il y a derrière ces apparences, en essayant de les dénoncer, il évoque la vie de tous les jours, les égratignures qui ne cicatrisent pas, les fêlures, et traque ainsi les travers de ses contemporains. Ecrire pour lui est une façon de s’affirmer, d’être lui-même. Fin observateur du malaise contemporain, ce qui l’intéresse c’est l’altérité, les confrontations sociales et culturelles. Ecorcher délicatement ses semblables est la spécialité de Nicolas Fargues, qui le fait toujours avec franchise, audace et spontanéité.

Sa première source d’inspiration, c’est sa mémoire, les lieux qu’il a visité, les gens rencontrés, chacun de ses livres comprend des petits morceaux de vie qu’il a vécu ou observé, le cinéma et les livres sont également des propulseurs indispensables à son écriture.

Quelques livres de l’auteur :


“One Man Show”, Avec en toile de fond, l’univers audiovisuel, Nicolas Fargues narre les travers de notre société de spectacle avec un sens aigü de la critique sociale. Au travers de cette fiction acerbe, Nicolas Fargues décrit le portrait féroce d’un écrivain narcissique et prétentieux. En écrivant cette satire jubilatoire et féroce du milieu éditorial littéraire parisien, il épingle ce milieu et stigmatise ainsi les tares d’une société où l’image seule tient lieu de culture. Dans ce roman cruel, Nicolas Fargues s’amuse et les écrivains mondains en prennent pour leur grade.

“Rade Terminus” est un roman qui évoque l’expatriation, du colonialisme et ses conséquences, de la recherche identitaire et des rapports entre l’occident et les pays dits en voie de développement. Nicolas Fargues explore tous ces thèmes sans jugements, ni à priori, tout en gardant un regard critique. En s’inspirant de son expérience d’expatrié à Madagascar, Nicolas Fargues dresse le tableau réaliste de la vie dans un ancien pays colonisé, où les anciens colonisateurs tentent d’imposer leur mode de vie et leurs idéaux à une population qui rêve de la France et des ses richesses comme d’autres rêvent de la terre promise.

“J’étais derrière toi” raconte l’histoire classique d’un jeune trentenaire marié avec deux enfants, tiraillé entre son devoir de fidélité conjugale, l’amour qu’il porte à sa femme Alexandrine, et la tentation d’une jeune inconnue Alice, étudiante en sociologie, qui lui laisse dans un restaurant en Toscane, un mot avec son téléphone et la mention ” “ero dietro di te” (j’étais derrière toi). Au travers de cette banale histoire de séparation et de rencontre, Nicolas Fargues se confie au lecteur, en s’interrogeant et en analysant le cours des évènements, en essayant de comprendre pourquoi et comment il en est arrivé à ce chaos sentimental. Le narrateur se met à nu avec une sincérité bouleversante. Nicolas Fargues parle d’amour, de douleur, de bonheur sans niaiseries, ni fausses illusions, mais avec une profonde compréhension de ce qui nous porte, nous émeut et nous fait mal. Dans un style incisif et direct, le narrateur va au plus profond, au plus sincère, au plus vrai et nous livre un roman émouvant, d’une densité, intelligence et sensibilité surprenantes.

“Beau Rôle” met en scène un jeune acteur métis, Antoine Mac Pola, remarqué dans un film et qui s’amuse du regard que l’on porte sur lui, et profite de ce nouveau statut, il doit se rendre aux Concordines, îles imaginaires des caraïbes, invité par un ancien copain de lycée, devenu professeur et qui lui demande de répondre aux questions de ses élèves. Ecartelé entre ses racines (blanches par sa mère, noires par son père), entre le deuxième époux de sa mère, ses demi-frères, le romancier prête des propos sur l’immigration, et décrit également le foutoir très hiérarchisé des Concordines, îles imaginaires des caraïbes. Le héros espère conserver le “beau rôle” et on découvre un homme d’aujourdh’ui qui doit relever tous les défis et trouver sa place dans une société surmédiatisée. Ce jeune acteur, concentré des contradictions et faiblesses, cynisme et sentimentalisme mêlés du jeune mâle contemporain, imbu de sa personne mais rongé par le doute secrètement, est le portrait d’un trentenaire au travers duquel, Nicolas Fargues, épingle l’homme qui se cherche et le petit milieu du cinéma. Avec une langue vive, directe et mordante, l’auteur écrit une satire de la célébrité, un roman acide dans lequel il décortique les tics et conditionnements des uns et des autres, cela donne un résultat acerbe, sans complaisance et savoureux. Sous la forme d’une satire sur le monde du cinéma français mais aussi sur la célébrité, les vanités, l’identité au sens du métissage au sexe, “Beau Rôle” est une chronique sociale, un portrait de la société contemporaine vif et sans concessions, un regard acéré sur notre temps.

“le Roman de l’Eté” est un roman normand et choral où s’entrecroise la vie de deux familles voisines liées par une histoire de fenêtre. L’histoire se déroule dans le cotentin, sur les longues plages de La Hague, à la centrale nucléaire de Flamanville, dans un petit village du Calvados. Ce roman met en scène un père et sa fille, John et Mary, bourgeois parisiens français d’origine américaine, et leurs voisins les Lejuez. John, 55 ans, retraité, a décidé de s’installer à la campagne dans la maison familiale, pour se retirer de la vie parisienne et écrire un roman. Jean, soudeur de coques de sous-marins à la DCN de Cherbourg et sur le point de partir à la retraite, est marié à Claudine. Ils ont un fils, Frédéric, employé à la SOREDA, usine de retraitement de déchets nucléaires de la région. Jean rêve de percer une ouverture dans le mur de sa maison pour voir la mer, mais le bâtiment étant construit en bordure du terrain de John, il doit lui demander son autorisation. C’est un chassé croisé entre les deux familles, sur fond de petites manœuvres. De sa plume légère et ironique, Nicolas Fargues décrit avec brio quelques vérités sur la famille, la politique et le monde littéraire sur une écriture rythmée et une plume acide. Tout sonne juste, les tics de langage, les expressions révèlent les caractères et le milieu social des personnages.

Philippe Besson

Philippe Besson est né le 29 janvier 1967 à Barbezieux-Saint-Hilaire. Après une enfance en Charente, il entre en 1984 au Lycée Montaigne à Bordeaux, où il suit une prépa HEC, puis il sera diplômé de l’école supérieure de commerce de Rouen et titulaire d’un DESS de droit.

En 1989, il exerce la profession de juriste et enseigne le droit social à Paris. Puis il devient le bras droit de Laurence Parisot en tant que DRH puis Secrétaire Général de l’Institut français d’opinion publique, ensuite il sera DRH de Club Internet.

En 1999, il écrit «En l’absence des hommes », inspiré par la lecture de récits d’anciens combattants de la Première Guerre Mondiale, « Paroles de poilus » et « Douze lettres au soldat inconnu ». Ce premier roman publié en 2001, met en scène le personnage de Marcel Proust et sera récompensé par le Prix Emmanuel-Roblès.

Philippe Besson publie « Son Frère » retenu pour le Prix Fémina et dont le réalisateur Patrice Chéreau fait une adaptation cinématographique en 2003 ; le film obtient l’Ours d’Argent au festival de Berlin.

C’est à partir d’un tableau du peintre Edward Hopper, que Philippe Besson écrit « L’arrière Saison » en 2002. Louise, comédienne, attend son mari Norman dans un bar tenu par Ben. Stephen, son ex-amant, avocat et dont elle est séparée depuis cinq ans apparaît. On assiste alors aux retrouvailles des ex-amants. Philippe Besson, capteur d’émotions analyse finement et minutieusement les impressions et sentiments de chaque personnage et dans cette scène intime on assiste aux souvenirs et regrets d’une histoire d’amour dans une atmosphère de mélancolie douce et captivante. Ce livre obtient le Grand Prix RTL/Lire.

« Le Garçon d’Italie », en 2003, raconte l’histoire de Luca, retrouvé mort noyé. Anne sa compagne et Léo sont à sa recherche, et Luca, narrateur, sera le trait d’union entre ces deux personnages.

En 2004, paraît « Les Jours Fragiles », roman centré sur les derniers jours d’Arthur Rimbaud. Isabelle, sœur d’Arthur Rimbaud va s’occuper de son frère malade. Isabelle, narratrice, raconte la lente agonie de son frère et raconte leur intimité.

Les droits du livre sont acquis par Gérard Depardieu et Claude Berri, et retient l’attention du réalisateur François Dupeyron, le film voit le jour en 2007 avec l’acteur Guillaume Depardieu.

Cette année-là, « L’arrière saison » est créée sur France Culture et montée à Paris.

Dans « Un instant d’abandon » Thomas Sheppard, accusé de la mort de son fils, revient dans sa ville, après avoir passé cinq années en prison. Il se retrouve confronté aux habitants qui n’ont pas oublié.

Cette même année, Philippe Besson joue son propre rôle dans le film « Caché » de Michael Haneke, où il est invité dans une émission littéraire animée par Daniel Auteuil sur un débat sur le poète Arthur Rimbaud.

Il écrit également un court roman « Les Amants » pour Elle/Julliard ainsi que « 48 heures au Lutétia » aux éditions scali.

« L’Enfant d’Octobre » paraît aux éditions Grasset en 2006. Ce faits divers inspiré de l’affaire Grégory provoquera une vive polémique à sa sortie.

En 2007 dans le roman « Se résoudre aux Adieux » l’écrivain aborde le thème de la rupture vu par les yeux, les sentiments, la colère d’une femme Louise. L’auteur se met dans la peau d’une femme qui fait le deuil d’une rupture en écrivant des lettres à l’homme qu’elle a aimé et qui l’a quitté pour une autre. Pari incroyable et réussi.

« Un homme accidentel » en 2008, évoque les liens dénoués, la destruction d’une relation ou comment un poison lent s’immisce dans une relation et la détruit. Les gens sont heureux mais l’histoire se termine mal. A Los Angelès deux hommes se retrouvent réunis par la mort d’un inconnu.

La même année paraît « Huit » chez calmann-lévy.

Philippe besson écrit le scénario du 2ème film de Laure Duthilleul (réalisatrice d’A ce soir).

« La Trahison de Thomas Spencer » paraît en début 2009, l’histoire d’une amitié forte dans les années 1950-1960 aux Etats Unis entre deux hommes Paul et Thomas, et l’arrivée d’une femme Claire.

L’écriture de Philippe Besson :

L’écriture de Philippe Besson est centrée sur le relationnel et les sentiments de ses personnages et dévoile un intérêt particulier pour les thèmes de l’absence, de la perte d’un être cher, les relations humaines, les liens mère-fils, la mort, la solitude. Dans ses romans, les femmes sont fortes, et les hommes sont fragiles, les femmes ont du courage, de la volonté tandis que les hommes sont faibles et friables.

Cet écrivain s’adresse à la façon dont les liens se nouent et se dénouent, avec l’idée de comment on se débrouille avec les absents, ceux qui ne sont plus là.

On sent au travers de cette écriture, le bonheur de l’écrivain à écrire.

Philippe Besson interroge la part de féminité et de douleur qui sont les siennes et qu’il y a au fond de chaque homme et assume ainsi sa part de féminité, sa fragilité, ses ombres.

La littérature n’est pas là que pour faire plaisir, mais aussi pour déranger. Pour Philippe Besson, le romancier appartient au monde il est là pour apporter un regard critique, il croit à la littérature dérangeante, le conte de fées n’est pas son genre.

Philippe Besson a une plume élégante et fine, c’est un raconteur d’histoire qui écrit à l’oreille. Son écriture sensible mais rythmée et très visuelle Il est fasciné par certains peintres (à certaines périodes de leurs œuvres), tels que Hopper, Picasso, Le Gréco, Le Caravage, Bacon, Goya, il essaie de percer et de mesurer la beauté de leurs œuvres et pour lui le peintre raconte le début de l’histoire dont il doit écrire la suite. L’eau est également un élément présent dans ses livres, la mer est à la fois synonyme de beauté et de danger, et pour Philippe Besson « un nageur est déjà noyé ».

Philippe Besson travaille dans le silence et la solitude pour écrire. De même les silences et les murmures en disent beaucoup dans ses romans qui fonctionnent sur le sensible. L’écriture pour lui est une prise de risques, une mise en danger de l’auteur car il faut se fixer des défis. Le romancier pour lui est un voleur d’instants, de gestes, d’attitudes, de mots qu’il entend et voit à la volée. Philippe Besson pénètre l’âme humaine, et on sent au travers de son écriture, à chaque livre, le bonheur de Philippe Besson à écrire.

Philippe Besson est soucieux du contact avec ses lecteurs car pour lui c’est un moment privilégié car empreint de bienveillance et seule occasion pour l’écrivain de comprendre en quoi son livre a touché et puis le lecteur en discutant dévoile une part d’intimité.

Cet homme drôle attachant et sincère qui fait des rapports entre les êtres un sujet universel est un écrivain passionné pour son art et passionnant pour les autres,

Philippe Besson se consacre entièrement à l’écriture, c’est son métier..

Penchons nous sur quelques livres de Philippe Besson :

- « L enfant d’Octobre » écrit en 2006.

Ce roman raconte l’affaire Grégory sous une forme romancée, et suscite une polémique à sa sortie, les acteurs de ce drame étant encore en vie, pourtant ce roman ne prétend pas à la vérité. Inspiré de ce faits divers et pétri d’empathie pour la mère de l’enfant, Christime Villemin, Philippe Besson a écrit ce roman car ce drame de la Vologne entre en collision intime avec ses obsessions d’écrivain qui sont la disparition d’un être cher, la mise à l’épreuve des liens familiaux, la façon d’accomplir son deuil, la solitude du coupable idéal face à la meute.

Philippe Besson a retenu les informations qui l’intéressaient en tant que romancier c’est à dire la solitude d’une femme suppliciée face au dérèglement de la machine judiciaire et à l’emballement de la machine médiatique, la perte d’un être cher.

-« Se résoudre aux adieux »

Dans ce roman, Philippe Besson aborde le thème de la rupture vu par les yeux, les sentiments, la colère d’une femme en s’intéressant aux méandres amoureux d’une femme désemparée. La volonté de l’auteur est de raconter à partir d’une histoire simple, la plus répandue qui soit, celle de la rupture, de la séparation amoureuse, mais son but est d’écrire un roman singulier et original, d’où son choix d’un roman épistolaire, féminin et nomade, dont l’amour et ses conséquences sont au centre du roman.

Femme malheureuse, Louise a besoin de mettre des mots sur sa souffrance, sortir de cette violence invisible créée par la rupture, le salut va venir de l’écriture : cette correspondance à sens unique sera sa guérison.

Depuis que son amant est partie avec une autre, Louise se demande si on guérit des êtres qui nous quittent. Alors pour garder un contact dérisoire, elle décide de lui faire partager ses souffrances en lui écrivant une série de lettres au ton honnête et poignant. Ces lettres ne seront pas adressées véritablement à l’autre, mais à elle-même. Et tout au long de ce processus se profile la guérison. Louise fuit Paris et voyage, mais le voyage ne suffit pas à lui faire oublier cet homme, à dissiper son chagrin. Elle lui écrit, et lui envoie des lettres comme des bouteilles à la mer sans réponse en retour. Elle pourrait sombrer dans une nostalgie stérile, mais il n’en est rien, au fil des correspondances se succèdent des souvenirs heureux, les prémisses de la rupture, le déchirement de l’abandon, le désespoir et la solitude.

Dans l’exercice de ce roman épistolaire toute l’élégance et la maîtrise de Philippe Besson transparaisse au travers de ce choix original et audacieux, en réappropriant le genre du roman par lettres.

Le style dense et lyrique, la pudeur et la sobriété et la fluidité de l’écriture de Philippe Besson donne de la profondeur et de la beauté au récit sur la longue méditation sur le couple, l’amour, la séparation, la solitude et la reconstruction de soi, mais ce sont les mots qui guérissent et l’héroïne fait ainsi son indispensable travail de deuil.

Mais c’est surtout l’incroyable et admirable capacité pour l’écrivain à se fondre dans une pensée féminine pour mieux en épouser la sensibilité. Philippe Besson a su retranscrire avec justesse les pensées et sentiments d’un femme. C’est un roman optimiste sur la renaissance de l’amour, c’est un de mes préférés de l’auteur.

-« un instant d’abandon » 2005 –chronique parue dans save my brain n° 7 de janvier 2008-

Si pour Philippe Besson, écrire est un enchantement, l’opportunité de communiquer avec les gens est un plaisir que l’on ressent au travers de sa plume. L’amour, la souffrance, la passion, la séduction, la pudeur, la mort font partie de ses thèmes favoris. “Un instant d’abandon”, roman sorti en 2005, est le sixième de Philippe Besson. Rude, il donne une leçon de survie mentale incroyable.

Thomas Sheppard revient dans sa ville natale, Falmourth, un port des cornouailles, après avoir purgé cinq ans de prison pour le meurtre de son fils.

Pêcheur, il était parti avec son jeune fils en mer malgré une tempête annoncée et ce dernier a alors disparu dans les eaux. Faute d’éléments, l’enquête avait conclu en faveur de négligence, mais la haine des habitants, toujours présente, lui fait comprendre qu’il est un meurtrier d’enfant et qu’il est impardonnable. Or Thomas revient pour lui-même, pour retrouver cette innocence volée à défaut de la prouver. Il ne revient pas pour un pardon, mais simplement pour comprendre. Il lutte alors désespérément devant la communauté liguée contre lui et c’est avec la rencontre de Rajiv, épicier pakistanais, et de Betty, serveuse, qu’il va partager ses souvenirs et se confier.

“Un instant d’abandon” révèle la lutte du personnage contre lui-même, son passé, son avenir si sombre. Le décor est défini par les embruns, les falaises, l’isolement et le sentiment de non retour, et la mer par qui le drame est arrivé. Ce roman démontre le parcours intérieur d’un homme accusé qui a fait de la prison, une blessure à jamais ouverte. L’auteur maîtrise par ses mots sensibles et forts à la fois, ce parcours de souffrances, et permet ainsi au lecteur de réfléchir à ce qui arrive à cet homme…

A lire aussi : l’interview de Philippe Besson – Save My Brain n°2

“la seule chose qui importe, c’est le livre, la vérité des mots, tout le reste, les commentaires, les miens ou ceux des autres, ce n’est rien ou presque : ça ne peut rien contre la vérité nue des mots.” Philippe Besson

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 26 mai 2009

Bernard Giraudeau – Le Marin à l’Ancre

Bernard Giraudeau

“Si vous pouviez voir à l’intérieur de chez moi, vous seriez surpris de voir que c’est comme chez vous et qu’en rien je ne diffère »… Ces mots de Roland, handicapé, et ami de Bernard Giraudeau sont extraits du livre “Le Marin à l’Ancre”.

Olivier Adam – Falaises

Olivier Adam - Falaises

Olivier Adam, né en 1974, est un jeune écrivain qui s’adresse autant aux adolescents qu’à leurs parents.

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