Tous les articles de Charlène Colinet

Marie Laurencin

Marie Laurencin

Même si ce nom ne vous dit rien, vous l’avez sûrement déjà entendu dans une chanson populaire de Joe Dassin L’Eté indien. En effet, le chanteur évoque les aquarelles de la surprenante peintre Marie Laurencin.

Lise

En concert au bistrot des Martyrs le 24 mai 2011, Lise, ça défrise…

Une rencontre étonnante avec une personnalité, une voix, un talent. Lise est une jeune femme timide, traqueuse, à l’air candide et aux grands yeux émerveillés. La jeune narbonnaise m’explique qu’elle fait de la Chanson et qu’elle vit un rêve. En effet, après avoir était remarquée par des chanteurs tels que Cali (dont elle a fait la première partie durant sa dernière tournée) ou Dominique A (dont elle est une inconditionnelle depuis longtemps), la jeune chanteuse continue son petit bonhomme de chemin en enregistrant un album (dans le studio de Cali) qui sortira le 6 juin prochain.

Accompagnée uniquement de son fidèle compagnon, son piano, qu’elle pratique depuis le plus jeune âge, la jeune femme le triture, le bidouille, le caresse pour en sortir tous les sons possibles et imaginables. Une voix d’abord timide et tremblante qui s’affirme bien vite et s’harmonise à la perfection avec son piano, pour devenir plus puissante, sûre et profonde. On suit ses mains précises qui dansent sur l’instrument. Et c’est ainsi qu’elle nous prend par la main pour nous emmener doucement mais sûrement dans son monde plein d’émotions et d’imaginations. Des chansons sur les camions, les ballades en voiture la nuit, des mirages, des chansons où l’on se sent comme 50 cent, les univers tantôt graves, légers et touchants défilent. Toujours sensibles et drôles, tantôt en français tantôt en anglais, les textes sont bien ficelés, finement travaillés et orchestrés.

Auteur, compositeur et interprète, Lise est une artiste complète qui peut même se payer le luxe de chanter une chanson écrite pour elle par son artiste fétiche Dominique A. Lise est une artiste qui crée un univers d’une grande force qui flirte sans cesse avec la fragilité et c’est ce qui fait tout son charme. Le décor est planté, l’artiste est convaincante sans avoir besoin d’en faire trop, c’est certain, dans l’avenir il va falloir compter avec Lise. La jeune femme a même son remède pour sauver les cerveaux, il suffit de lire le poème d’Apollinaire «L’émigrant de Lander Road » ou d’écouter sa reprise de celui-ci, apparemment on y trouve toutes les clés !

Alors je vous invite à découvrir et suivre cette jeune artiste qui a déjà tout d’une grande et qui à coup sur vous touchera et fera trembler les tréfonds de votre âme.

Suzanne Lenglen

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Actualité oblige, aujourd’hui notre petit tour d’horizon des femmes incroyables nous emmène dans l’univers du tennis. En effet, La Divine, comme on la surnommait, fut certainement la plus grande joueuse de tennis française et l’une des plus grandes sportives de son temps et même de tous les temps. A l’âge de 11 ans, elle commence le tennis après avoir reçu une raquette en cadeau de la part de son père. A partir de ce moment, plus rien ne la séparera de sa raquette et c’est avec une frénésie et un appétit de victoire et d’adrénaline que Suzanne va enchaîner les matchs, les tournois et surtout les victoires. Elle possède un palmarès unique et changea également les mœurs, en étant la première à porter des jupes plus courtes pour faciliter les mouvements. On disait d’elle qu’elle volait sur le terrain et ses adversaires ont dû se souvenir longtemps de l’insatiable et talentueuse Suzanne.

Les femmes de Lettres

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Voici enfin le dernier chapitre de la trilogie consacrée aux dames de la Cour, après les scandaleuses favorites royales, les terribles hors-la-loi, voici des femmes qui méritent également une petite mise en lumière. En effet, à une époque où il ne valait mieux pas trop lire pour une femme (à quoi ça lui servirait dans sa cuisine???), certaines se sont mises à écrire. Oh scandale! Et oui au grand dam de ces messieurs, ces dames avaient aussi des choses à dire. L’instruction, la lecture, l’écriture devaient rester du domaine des hommes. Pendant des siècles ce fut d’ailleurs l’apanage du seul clergé. Certaines ont pourtant réussi à percer, surtout quand elles avaient la chance de provenir d’un milieu élevé. Pourtant durant des années, le travail littéraire et plus généralement, artistique, des femmes fut bridé et raillé. Ainsi certaines œuvres ne sont que le pâle reflet de ce qu’aurait pu créer une femme artiste encouragée. Le talent serait-il sexué?? Malgré tout, certaines figures féminines majeures se sont révélées.

Les Terribles

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Elles ont été décapitées, brûlées vives ou ont échappé à de terribles sentences en se faisant oublier… Elles ne sont pas forcément recommandables, mais elles sont devenus des légendes… Après le volet consacré aux favorites royales, voici la deuxième partie de cette trilogie qui cette fois-ci encore consacrera des femmes célèbres et même diaboliquement célèbres… Nous sommes toujours à la Cour mais cette fois-ci avec d’inlassables conspiratrices, des empoisonneuses, des intrigantes, des femmes tristement célèbres aux allures de sorcières qui, dans la jungle de la Cour, ont trouvé des moyens radicaux pour se hisser au sommet ou tout simplement survivre !…

Gisèle Halimi

Gisèle Halimi

Gisèle Halimi est une héroïne moderne comme on les aime… Avocate de renom, écrivain, député et ambassadrice de l’Unesco, elle dédie sa vie à la défense des opprimés et avant tout à celle des femmes.

Désirée Clary

Desirée Clary

En ces temps de fêtes, j’ai décidé de vous raconter l’histoire quelque peu exceptionnelle d’une jeune provinciale française devenue, presque par hasard, reine des royaumes de Suède et de Norvège! Laissez-vous compter le fabuleux destin de Désirée Clary (1777-1860).

Les favorites royales

Les favorites royales c’est un peu l’envers de l’Histoire… la petite dans la grande… des femmes de l’ombre, des amies, des maîtresses, des amoureuses sincères, des confidentes qui ont influencé les plus grands rois jusque dans leur façon de gouverner et d’appréhender le royaume. Derrière chaque grand homme, il y a très souvent une femme influente et aimée. Le cœur à ses raisons que la raison ignore…

Agnès Sorel (1442-1450) , la première…

D’Agnès Sorel, il nous reste un portrait célèbre de Jean Fouquet, représentant, sous les traits d’une Vierge à l’Enfant, celle que ses contemporains considéraient comme l’une des plus belles femmes du royaume. La jeune femme y apparaît la poitrine à moitié dévêtue, selon la mode qu’elle avait elle-même contribué à lancer à la cour du roi Charles VII.
Si Agnès Sorel a laissé son nom dans l’histoire, ce n’est pas seulement à cause de sa beauté : c’est aussi parce qu’elle fut la première à porter officiellement le titre de favorite royale du roi de France, inaugurant ainsi une fonction qui allait voir se succéder bien des titulaires jusqu’à la fin du XVIIIe siècle!
Née vers 1442, fille d’un seigneur appartenant à la suite du comte de Clermont, la jeune Agnès reçoit une éducation soignée et devient dame de compagnie d’Isabelle de Lorraine, épouse du roi René. En 1443, elle rencontre à Toulouse le roi de France Charles VII qui, fasciné par sa beauté, en fait immédiatement sa maîtresse.
L’influence politique de la belle Agnès fut réelle, elle a ainsi pu favoriser ses protégés et participer aux affaires du royaume. La belle blonde au teint clair a ainsi suscité haines et jalousies. Une autopsie de ses restes réalisée récemment montre que la favorite de Charles VII, morte à vingt-huit ans d’un flux de ventre, a sans doute été empoisonnée… la vie de favorite royale était une fonction dangereuse. Louis XI, le fils de Charles VII, serait l’auteur de cet empoisonnement, ne supportant plus de voir sa mère, Marie d’Anjou, souffrir de la présence de la maîtresse de son mari.

Anecdote:
Depuis deux siècles, l’Hôtel Lallemant de Bourges, maintenant Musée des Arts Décoratifs, possède une mèche de cheveux bruns attribuée à Agnès Sorel, qui était blonde. L’étude effectuée en 2004/2005 sur les restes de la favorite du tombeau de Loches a permis d’authentifier la mèche de cheveux de Bourges. La couleur actuelle serait le résultat naturel du passage des siècles.

Pour en savoir plus:
- Philippe Robert, Agnès Sorel, Hachette, Paris, 1983
- Françoise Kermina, Agnès Sorel : la première favorite, Perrin, Paris, 2005

Madame de Montespan (1640-1707): La passionnée…

« A la plus surprenante beauté, elle joignait l’esprit le plus vif, le plus fin, le mieux cultivé, cet esprit héréditaire dans sa famille », écrira Madame de Sévigné, pourtant peu prodigue de compliments, de celle qui fut l’une des plus célèbres maîtresses du Roi Soleil. Françoise de Rochechouart de Montemart est en effet issue d’une des plus vieilles familles de la noblesse d’épée, et se fait remarquer très tôt par sa beauté et son esprit. Arrivée à la cour de France à la fin des années 1650 grâce à la protection de la reine-mère Anne d’Autriche, elle épouse en 1663 le marquis de Montespan, dont elle aura deux enfants.
C’est toutefois sa rencontre avec le jeune roi Louis XIV, en 1666, qui décide de son destin. La blonde beauté supplante rapidement dans le coeur du monarque la duchesse de la Vallière : dès 1667, elle est la maîtresse en titre du roi. Le marquis de Montespan a du mal à accepter son sort et vient faire scandale à la cour, il sera exilé jusqu’à la fin de ses jours sur ses terres de Champagne. Il ne fait pas bon être le mari d’une favorite royale…
La belle Athénaïs, le surnom précieux que s’est choisi la marquise, va commencer un règne fastueux exerçant sur le coeur du roi une grande influence qui lui permit d’obtenir de l’autorité dans les affaires du royaume. Ministres et courtisans réclamaient son avis et suivaient ses conseils. Elle fut au coeur de nombreux secrets d’État. Elle créa également autour d’elle une cour brillante et protégea des artistes tels que La Fontaine ou Molière.
La belle Athénaïs finira pourtant par tomber en disgrâce suite à l’affaire des Poisons: accusée d’avoir fréquenté l’empoisonneuse La Voisin et participé à des messes noires et autres sacrifices… Compromise à tort (on le sait aujourd’hui) la marquise est mise à l’écart par Louis XIV après 1680, non sans lui avoir donné sept enfants dont six furent légitimés. Leur éducation avait été confiée à Madame de Maintenon, future épouse du Roi Soleil et grande rivale de Madame de Montespan. Epuisée par cette vie, elle se retire et meurt à l’âge de 66 ans.

Anecdote:

Pour son maquillage, Mme de Montespan utilisait en abondance, comme une bonne partie des dames de la cour, du blanc de céruse, qui n’est autre que du carbonate de plomb, interdit en 1905 à cause de sa grande toxicité.

Pour en savoir plus:
- Jean-Christian Petitfils, Madame de Montespan, Fayard, 1988
- Jean Teulé, Le Montespan, Julliard, 2008, Grand Prix du roman historique

La marquise de Pompadour (1721-1764): La plus célèbre…

Jeanne-Antoinette Poisson, de naissance modeste, n’est pas arrivée par hasard dans le lit du roi Louis XV: son accession au rang de favorite royale est au contraire le résultat d’un stratagème minutieusement élaboré. Invitée à un bal masqué organisé par le roi en mars 1745, à l’occasion du mariage du dauphin, elle est présentée à Louis XV par les frères Parîs, ses protecteurs influents. Charmé, le roi l’installe rapidement à Versailles et fait aménager un escalier secret qui lui permet de rejoindre à tout moment les appartements de sa nouvelle maîtresse.
Une simple roturière devenue favorite du roi!!! Cela n’est guère du goût de la famille royale, ni de la plupart des courtisans eux-même issus de la noblesse, et Jeanne se retrouve rapidement en butte à des « poissonnades », chansons malveillantes qui rappellent que son père, François Poisson, était un escroc.
Cela n’empêche pas la belle Jeanne d’obtenir du roi, dès juillet 1745, le marquisat de Pompadour, ni d’exercer jusqu’à sa mort un rôle politique inédit pour une favorite. La marquise, il est vrai, a cessé assez vite, toute relation intime avec le roi pour devenir sa confidente, son amie dévouée, et aussi l’ordonnatrice de ses plaisirs, n’hésitant pas à fournir à Louis XV tout un cheptel de jeunes filles, logées dans la Maison du Parc aux Cerfs à Versailles. Elle conserve ainsi sur Louis XV une influence paradoxalement bien plus grande que si elle était demeurée sa maîtresse et règne sur les affaires du royaume pendant près de quinze ans. A la cour, Jeanne-Antoinette s’entoure d’artistes, d’écrivains et de philosophes : outre Diderot, Voltaire ou d’Alembert, la marquise convoque des peintres et des architectes pour donner un nouveau goût aux appartements du château. C’est ainsi que naît le style « Louis XV » ou « Pompadour ». Si Jeanne-Antoinette n’est plus la maîtresse du roi, elle a su rester l’amie fidèle et s’intéresse bientôt aux affaires de l’État : elle prend des décisions politiques, nomme et renvoie les ministres.  L’Impératrice d’Autriche Marie-Thérèse lui écrira personnellement, sollicitant l’appui de la France contre la Prusse. Jeanne-Antoinette poussera Louis XV à soutenir l’Autriche : il en résultera la guerre de sept ans de 1756 à 1763. Elle occupe ainsi la place virtuelle de premier ministre du roi et siège au Conseil.
Épuisée par des années d’intrigues à la cour, elle meurt le 15 avril 1764 au château de Versailles. Elle fut la seule favorite à mourir dans la demeure royale. Le roi organisa ses obsèques mais ne pu y assister. En regardant le convoi funéraire depuis son balcon, Louis XV déclara « Voilà les seuls devoirs que j’ai pu lui rendre…une amie de vingt ans ». Le souverain manifesta un profond chagrin à la mort de celle qu’il n’avait jamais cessé d’aimer.

Anecdotes:
La légende veut que la marquise de Pompadour ait eu une passion pour la soupe de truffes et de céleri arrosée de tasses de chocolat ambré « échauffant les esprits et les passions ».
Grande amatrice de champagne, dont elle aurait dit, selon la légende, qu’il est « le seul vin qui laisse la femme belle après boire », elle favorisa sa consommation à Versailles. Une légende veut que la première coupe de champagne fût moulée sur son sein.


Pour en savoir plus:

- Gallet, Danielle, Madame de Pompadour ou le pouvoir féminin, Fayard, 1985 ;
- Lever, Évelyne, Madame de Pompadour, Perrin, coll. « Tempus », 2003.

Toutes ces femmes, officielles non officielles, ont influé sur le coeur de grands rois et ont joué leurs rôles dans la grande Histoire qui nous est léguée aujourd’hui. Elles ne sont pas les seules, bien évidemment : Diane de Poitiers et Henri II, Gabrielle d’Estrées et Henri IV, la comtesse du Barry et Louis XV (etc.) sont autant d’autres exemples et il ne serait pas difficile de remonter jusqu’à nos jours… les favorites… ces femmes choisies pour leur beauté et bel esprit, qui ont à chaque fois réussi (pour celles qui le voulaient vraiment) à devenir plus que de simples maîtresses dévouées. Certaines se sont ainsi muées en de réelles femmes de pouvoir, régnant à la fois sur les coeurs et la cour!

Rose Murphy

Rose Murphy (1913-1989), un nom qui ne vous parle certainement pas ou peu et pourtant elle a inspirée les plus grands, enfin les plus grandes. Des noms tels que Ella Fitzgerald ou Marilyn Monroe en font partie…

Rose Murphy est une chanteuse  jazz et pianiste américaine à la voix des plus inattendues. La chee-chee girl ou encore «The Squeek», comme on la surnommait,  avait la particularité d’avoir une voix haut perchée à l’image de celle d’un petit oiseau.

En plus de cette voix fantasque, presque sortie d’un cartoon, celle-ci utilisait des onomatopées et bruits en tout genre pour rythmer ses chansons. Elle n’hésitait pas à battre fort du pied, des mains, à éclater de rire en plein milieu d’une chanson… Cette façon d’interpréter renvoie une forme de gaieté, presque de candeur qui vous donne envie de sourire et vous met du baume  au cœur. Plus techniquement, cette façon de chanter et de «bruiter» préfigure le scat et la grande Ella s’inspirera beaucoup du talent de Rose.

Au piano, celle-ci se rapproche de Fatts Waller à l’exception qu’elle n’hésitait pas à l’ abandonner pour battre la mesure avec ses pieds ou ses mains parfois même avec une planche de bois. Elle créait ses propres percussions. L’utilisation de bruits en tout genre et d’effets de sons particuliers peut presque rappeler certaines musiques actuelles ou encore le fameux “Comic Strip” de Serge Gainsbourg. Rose se produisait essentiellement dans les hôlels de luxe où elle recueillait un grand succès. C’est surtout dans les années 40 que la carrière de Rose commença à prendre de l’ampleur avec sa version de «I can’t give you anything but love”. Dans les années 50, Rose joua au London Palladium où, forte de son succès, elle continua par une tournée en Europe jusque dans les années 60.

En 1945, Rose joua dans le film George White’s Scandals. Sur sa vie de femme on en sait peu, tout juste que la Betty Boop black eut un succès populaire retentissant et que partout où elle passait sa voix ne laissait personne indifférent! L’artiste aurait-elle éclipsé la femme? Quoi qu’il en soit cette femme artiste respirait la joie et en distribuait tout autant grâce à son talent et à son originalité. La voix de Rose et son travail ne doivent pas être oubliés bien qu’ombragés par d’autres grandes dames du jazz américain.

Ses enregistrements les plus notables sont : “I Can’t Give You Anything But Love”, “Busy Line”, “Pennies from Heaven”, ou encore “I Wanna Be Loved by You”, qui inspira l’interprétation de Marilyn Monroe dans le film Certains l’aiment chaud. Après sa mort en 1989, Rose eut l’attention de la presse quand une compagnie de téléphone anglaise utilisa son célèbre «Busy line» pour une publicité. Bien que peu connue, Rose Murphy, reste une référence importante dans le monde du jazz pour son avant-gardisme et originalité et pour les néophytes il est temps de vous mettre à la chee-chee girl sans tarder…et sans chichi!

A écouter:

Marjane Satrapi

Ce nom vous parle, mais où l’avez-vous déjà entendu ? Il y a encore quelques années, il ne vous aurait rien dit mais depuis la sortie de la BD Persépolis, puis du film du même nom, Marjane Satrapi est devenu une scénariste, réalisatrice et dessinatrice de renom imposant son talent et sa patte persane en France.

Marjane Satrapi est née en 1969 à Rasht, dans la région de Guilan, sur les bords de la mer Caspienne. Marjane grandit à Téhéran, dans une Iran secouée par la révolution islamique et la guerre avec l’Irak. Apparentée à la dynastie Qadjar (c’est une vraie princesse. Son grand père maternel était le fils de Nasreddine Chah, le dernier empereur de la dynastie Qadjar qui a régné en Iran avant les Pahlavi) et proche des idées communistes, elle est élevée par des parents modernes, cultivés, très engagés, aux idées progressistes qui feront d’elle cette femme battante et épanouie que l’on découvre au travers de ses BD ou du film Persépolis. Beaucoup de personnes de sa famille seront emprisonnées ou exécutées pour leur sympathie communiste à l’image de son oncle Anouche, un dirigeant du Parti Communiste iranien à qui elle fut très attachée.

A l’âge de 14 ans, ses parents décident de l’envoyer étudier en Europe afin de fuir la guerre et le régime iranien. Après avoir étudié au lycée français de Téhéran, elle se retrouve au lycée français de Vienne en Autriche où elle découvre en accéléré la solitude, le racisme et la drogue avant d’obtenir son bac et de rentrer au pays, forte de ses expériences. Marjane s’inscrit aux Beaux-Arts de Téhéran. Les règles sont strictes : les cours de nu sont interdits et les modèles posent voilés. Excédée, Marjane repart, cette fois pour la France. Et plus précisément à Strasbourg où elle entre à l’École supérieure des arts décoratifs.

Après ses études, elle décide de s’installer à Paris et fort heureusement car tout débutera pour elle à ce moment là. En effet, en arrivant à Paris elle rencontre Christophe Blain qui la fait rentrer à l’Atelier des Vosges, célèbre repère des grands noms de la bande dessinée d’aujourd’hui. Elle y croise David B, et lui raconte « ses histoires de famille, d’ancêtres exécutés, d’oncles suicidés, de coups de fouet, bref un certain quotidien de l’Iran contemporain ». En entendant ces histoires, David B. lui demande ce qu’elle attend pour les raconter en bande dessinée… Résultat en novembre 2000 : sa première BD autobiographique, “Persépolis” (Ed. L’Association), est le best-seller de sa maison d’édition, 3 autres tomes suivront ainsi qu’une édition intégrale en 2007 ou plutôt un monovolume car «À L’Association, on n’aime pas beaucoup le terme d’intégrale ». Politiques, dramatiques, satiriques mais avant tout drôles et décalées, les BD Persépolis, parlent sans détours d’un quotidien que l’on imaginait pas (ou que l’on ne comprenait pas) et qui vous touchent en plein cœur.

Par le biais de ces BD puis du film, Marjane voulait faire découvrir son pays, sa culture et leur évolution comme elle le révèle lors d’une interview accordée au Middle East magazine en avril 2002 : « J’ai voulu mettre au clair un certain nombre de choses. Quand je suis arrivée en France, j’ai rencontré tant de gens qui me disaient : “Vous parlez arabe ?” … Tant de gens ne font pas la différence entre les Arabes et les Iraniens. Ils ne savent rien de notre culture millénaire. Les gens ont la mémoire courte : ils croient que notre pays a toujours été un pays d’intégristes, que la femme n’a aucune place dans notre société, et que toutes les femmes iraniennes sont des corbeaux hystériques. En fait, nous les femmes iraniennes, on n’est pas des mauviettes : la femme de ménage de ma mère est loin d’être opprimée : elle a mis son mari à la porte. Et moi-même, combien d’hommes j’ai giflé dans la rue après m’être fait insulter… Même pendant les années les plus terribles de la Révolution islamique, les femmes ont porté des armes… »

L’histoire racontée par Marjane, nous en apprend plus sur l’Iran passée et contemporaine que beaucoup d’autres livres plus sérieux…

Le film Persépolis, sorti officiellement en juin 2007 pour le public, a connu le même succès retentissant que la BD. En effet, le film fut autant reconnu par la critique que par le public. En compétition en Sélection Officielle au 60ème Festival de Cannes en 2007, Persépolis gagna le Prix du Jury ! La projection de gala le 23 mai après-midi s’est terminée par vingt minutes de standing ovation devant une Marjane Satrapi en larmes. Catherine Deneuve a dénoué de ses cheveux des fleurs de jasmin, pour les mettre dans le décolleté de Marjane Satrapi, en hommage à la grand-
mère de cette dernière, qui sentait toujours bon grâce à ce petit secret : mettre du jasmin dans son soutien-gorge.

Forte de ces succès, de cette vie tumultueuse racontée et partagée, Marjane, la petite fille de 10 ans, qui a tout vécu, une guerre, une révolution, un changement de régime, l’exclusion, la répression mais aussi des moments de bonheurs familiaux comme par exemple avec cette grand-mère pour le moins originale et attachante, et bien cette petite fille peu banale de 10 ans a bien grandit pour aujourd’hui nous laisser une page entière de son histoire liée à celle de son pays. Une page éternelle. Aujourd’hui Marjane vit à Paris et croule sous les projets divers. Par exemple elle a co-écrit des paroles du titre Poney Rose avec Philippe Katerine, pour l’album Glamour à mort d’Arielle Dombasle. Depuis 2009, elle travaille également à l’adaptation au cinéma, avec son complice de Persépolis Vincent Paronnaud, de son livre Poulet aux prunes. Bref, la jeune femme est très occupée et son nom ne risque pas de disparaître, la patte persane de la talentueuse Marjane semble bien encrée dans le paysage artistique français.

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