Monthly Archives: juillet 2010

Good Morning England

Ah les années 60, l’émergence du rock… Aujourd’hui encore, celui-ci est présent sur les radios et dans les MP3 de certains jeunes (malheureusement pas tous), mais à l’époque c’est loin d’être une franche réussite. 1966 : la BBC ne diffuse que quelques 45minutes de cette musique par jour !!!

Cocoon – My friends all died in a plane crash

Repérés par le concours CQFD des Inrocks, c’est en octobre 2007 que le duo de Cocoon sort son premier album “My Friend All Died In A Plane Crash”. Bon d’accord, le titre laisse plutôt perplexe, mais quelle surprise agréable que de se laisser bercer par les doux arpèges de “Seesaw” ou emporter par des rythmes un peu plus entraînants du morceau “Vultures” ? Avec leurs deux voix qui se marient à la perfection, nos jeunes artistes français (Mark Daumail, 22 ans, et Morgane Imbeaud, 19 ans) ont su exploiter la langue de Shakespeare à bon escient sur des chansons tantôt “drôles”, tantôt “graves”, accompagnées de piano, de guitare voire même de ukulélé ou de banjo. Leurs mélodies douces et légères en grande partie inspirées d’Eliott Smith sont un bonheur pour nos oreilles! Bref, un magnifique album pop/folk qu’on ne se lasse pas d’écouter et de réécouter…

A écouter : “Vultures” – “Seesaw” – “Tell me”

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 18 février 2008

Mathias Malzieu

Né en 1974, Mathias Malzieu est connu avant tout pour être le chanteur du groupe de rock Dionysos. Pourtant, derrière l’artiste à l’énergie débordante sur scène se cache un écrivain d’une très grande sensibilité.

“38 mini-westerns (avec des fantômes)” : le recueil de l’imaginaire

Avec ce premier recueil, Mathias Malzieu se met à l’ouvrage et présente trente-huit nouvelles allant du macabre au farfelu… Ainsi, un monde fait de chasse aux elfes, de fées-lustres, de fantômes visibles à cause de la saleté de leur drap et d’autres merveilles encore, s’ouvre devant nos yeux de lecteurs passionnés et n’a qu’un seul but : être simplement apprécié.

Ce premier livre s’avère un tantinet particulier avec ses histoires étranges. Entre l’univers de Tim Burton et l’esprit de Lewis Carrol, il offre la vision en effet d’un monde merveilleux, peuplé de créatures extraordinaires qui ont en leur possession tous les ingrédients pour l’aimer. On passe d’amusantes nouvelles (l’introduction sur le fantôme, la chasse aux elfes…) à de belles histoires pleines de cruauté (les fées-lustres). L’auteur nous montre également une réalité plus affreuse, où les hommes détruisent les merveilles de l’univers, simplement pour leur petite personne (la chasse aux elfes et la capture des fées-lustres, à cause de la cupidité).

En conclusion, “38 mini-westerns (avec des fantômes)” est un petit bijou de lecture, riche par la construction habile de ses phrases emplies de poésie et surtout par la présence d’un univers féerique et macabre. Malgré la cruauté humaine dépeinte, cette œuvre nous fait découvrir un monde d’émotions poétiques : celui de Mathias Malzieu.

“Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi” : le deuil de l’enfance…

Pour continuer ses projets littéraires, le chanteur de Dionysos s’est penché sur un événement horrible de sa vie, toujours avec son style très personnel…

Mathias, jeune homme de trente ans, vient de perdre sa chère mère et en est bouleversé, autant que son père et sa sœur. Mais un jour, il rencontre Giant Jack, un homme incroyablement immense, docteur en “ombrologie”. Ayant la capacité rare de guérir les personnes atteintes de deuil, il donne au jeune désespéré une ombre, des livres, la possibilité de vivre pendant des années et de rêver malgré sa douleur. Cet homme extraordinaire de 4,50 mètres lui permet ainsi de grandir.

Après “38 mini-westerns (avec des fantômes)”, Mathias Malzieu revient nous faire rêver avec un roman racontant une histoire vraie : la mort de sa propre mère. Ici encore, il saupoudre ses mots d’une poésie dont lui seul détient le secret. Il explique admirablement sa douleur, et celle de ses proches, suite à cet événement triste, qui lui permet finalement tout simplement la progression vers l’âge adulte et l’abandon de l’enfance. Grâce à ce personnage de conte, il découvre un monde nouveau pour lui qui vit encore dans son monde d’enfant, malgré son âge.

“Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi” est une petite perle littéraire, qui, bien que très personnelle, allie une plume pleine de poésie et une tristesse d’une réelle beauté…

“La Mécanique du cœur” : les sentiments d’un cœur d’enfant particulier…

Pour ce troisième ouvrage, l’écrivain-chanteur se lance dans un projet très ambitieux, qu’il adaptera ensuite musicalement avec son groupe Dionysos pour l’album du même nom.

Jack naît dans la petite cité d’Edimbourg, vers l’an 1874. C’est un être tout à fait normal mais qui a un défaut étonnant : sa naissance se situant le jour le plus froid du monde, son cœur est resté gelé. Il est heureusement sauvé par une sage-femme dite folle, le docteur Madeleine, qui adore réparer les gens. Elle aide donc son petit protégé en lui remplaçant son cœur gelé par une simple petite horloge et l’élève comme son enfant, suite à la mort de la mère. Mais Jack ne connaît rien du monde extérieur, puisqu’il reste dans la demeure de Madeleine, et sa vie est difficile car les autres patients le regardent étrangement avec son horloge plantée au niveau du cœur. Ce n’est qu’à ses dix printemps qu’il peut enfin découvrir Edimbourg et ses habitants, accompagné du docteur. C’est à ce moment qu’il tombe soudainement fou amoureux d’une petite chanteuse de rue. Prise de panique, Madeleine le fait rentrer aussitôt à la maison et lui dit que n’importe quelle charge émotionnelle, principalement due à l’amour, risque de détruire son horloge et de le tuer. Mais Jack refuse de l’écouter et entame un voyage périlleux, à travers toute l’Europe, pour retrouver la petite chanteuse.

La couverture donne le ton avec un dessin présentant la petite chanteuse qui tire les engrenages de l’horloge de Jack. Avec une très belle écriture libre et personnelle, le roman s’avère être un conte de fée décalé. De par le sujet poétique et ses nombreuses aventures étonnantes, le personnage de Jack est absolument attachant car on parvient à le comprendre. Il fait penser à un Edward au cœur mécanique (ndlr : référence au Edward aux mains d’argent de Tim Burton), étant écarté du monde et reclus dans la demeure de cette femme savante et rejetée. La magie réside aussi dans la quête d’amour incroyable qu’entreprend ce personnage, malgré l’interdiction que lui a donné sa “mère” et la lourde douleur mécanique qu’il porte. La description des émotions de celui-ci est d’une féérique intensité. S’ajoutent à cela, un humour extrêmement décalé et quelquefois macabre ainsi qu’une fin complètement barrée et totalement inattendue…

“La Mécanique du cœur” est une œuvre sublime, avec son ton si lyrique par la complexité romanesque de l’histoire et par la construction magique des phrases.

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 31 mars 2008

Dreamlands au Centre Pompidou

De temps à autres, parmi son programme très éclectique, le Centre Pompidou nous gratifie d’une exposition d’architecture. Nous avons déjà eu droit à des monographies sur Jean Nouvel ou Richard Rogers. Cette fois-ci, c’est un thème qui est choisi : Dreamlands. Le nom de l’exposition peut paraître flou, mais il cache un pan de l’architecture rarement développé, celui des bâtiments de loisirs, à l’exemple des pavillons d’Exposition Universelle ou des parcs d’attraction.

Chaque projet reflète le rêve de son architecte. Selon l’ampleur du terrain à recouvrir, il va du simple monument rêvé à l’utopie à l’échelle d’une ville. La tour Eiffel en est un exemple. Erigée à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1889, elle était destinée à prouver le savoir faire des ateliers Eiffel. Une sorte de spectaculaire publicité pour les ponts en kit produits à Lavallois.

Le Corbusier et Iannis Xenakis eurent une démarche totalement différente lors de la conception du pavillon Philips pour l’Exposition Universelle de 1958. L’architecture se devait d’être la plus sobre possible, pour mettre en valeur le poème électronique du compositeur Edgar Varèse. Imposant ou non, le pavillon d’Exposition Universelle peut être considéré comme le pendant de l’arc de triomphe, monument conçu à la gloire de…

Le parc d’attraction a une fonction plus récréative. Il s’agit de faire voyager le visiteur par l’architecture. La reproduction en un des artifices favoris. A cet égard, la ville de Las Vegas et ses nombreux casinos à thèmes peut être rangée dans cette catégorie. Les parcs Disneyland en sont toutefois le paradigme. Mais bien au-delà de leur aspect purement ludique, ils étaient une sorte de brouillon de la ville idéale telle que rêvée par Walt Disney. Une utopie dénommée Epcot, expliquée en vidéo.

Dreamlands explore ces aspects de l’architecture, parfois aux confins de la philosophie. Les problématiques liées à la création d’une ville nouvelle sont bien plus riches et nombreuses que celles, plus simples, entrant en jeu dans la conception d’un bâtiment. Une part de rêve, forcément subjective, intervient pour rendre ces fourmilières habitables par l’animal doué de spiritualité qu’est l’être humain. Les ressorts sont donc proches de ceux utilisés pour l’architecture récréative, comme le prouve Disney.  En y ajoutant des liens avec l’art contemporain, Dreamlands éveille la curiosité et la réflexion du visiteur sur de nombreux sujets, tout en gardant un fil conducteur constant. Assurément l’exposition la plus réussie et passionnante depuis bien longtemps au Centre Pompidou.

Dreamland se visite au sixième étage, jusqu’au 9 août 2010

Le repas rapide du midi

Le repas rapide du midi

Presque midi, la faim vous guette… Il est grand temps de quitter le bureau pour une pause bien méritée, signe de détente et de saine alimentation. Encore que ! Comme tous les jours, votre rédactrice en chef tyrannique votre emploi du temps de ministre ne vous laisse tout au plus qu’une vingtaine de minutes pour casser la croûte. Alors espérer manger équilibré pendant cette pause chronométrée relève de la gageure. Comme tous les jours…

Etes-vous civilisée ?

Etes vous civilisée ?

Dans une société moderne, chacune a, en théorie, des droits, mais aussi des devoirs, comme le respect dû à autrui, par exemple. Mais aujourd’hui, dans un monde dévoyé, où les principes les plus élémentaires ne sont plus respectés, pouvons nous toujours dire que nous sommes civilisés ? J’ai fait mon Jean Pierre Pernaut, donc on peut de nouveau rigoler. Alors, sauvage ou civilisée ? That’s the question.

L’oeuf

Les oeufs, pas très original me direz-vous et pourtant, pas question ici de la complexe réalisation des œufs au chocolat ou de la simplissime omelette. Non, non, les œufs peuvent entrer dans la réalisation d’une foultitude de mets dont ils sont les stars ou de simples composants. Je vous épargnerai pour une fois mon blabla habituel sur les œufs et sur leur historique puisque tout le monde sait qu’ils sont meilleurs frais, bio ou au minimum de plein air. Juste un petit commentaire sur leur composition nutritionnelle histoire de savoir tout de même ce que l’on mange.

Un œuf moyen pèse environ 60g : 30g de blanc et 30g de jaune et contient environ 87 calories et 6g de lipides. En revanche les éléments nutritifs sont inégalement répartis : le jaune contient les 3/4 des calories et la totalité des matières grasses alors que le blanc contient plus de la moitié des protéines. L’œuf est considéré comme une excellente source de protéines de haute qualité car il contient 8 acides aminés essentiels.

En ce qui concerne la conservation, même s’il est possible de les garder à température ambiante, il est préférable de les conserver au réfrigérateur. On les consommera plutôt cuit pour éviter les risques de contamination. Pour une conservation longue durée, les œufs peuvent être congelés. Cela peut s’avérer très pratique lorsque l’on n’utilise que des jaunes (comme ci-dessous) ou que des blancs. Pour congeler des œufs entiers, on veillera à les battre au préalable. Pour congeler des jaunes, on veillera a y ajouter 1 cuillère à café de sucre pour 4 œufs ou 1/8 de cuillère à café de sel (selon l’usage qu’on leur réserve) avant des les congeler ; cela les empêchera de devenir grumeleux. Pour ce qui est des blancs, pas de précaution particulière, si ce n’est de les décongeler au réfrigérateur.

Et maintenant, place aux recettes : en version salée des œufs cocotte à la ratatouille et en version sucrée une crème anglaise amincie pour accompagner vos moelleux au chocolat ou vos îles flottantes.

ŒUFS COCOTTE A LA RATATOUILLE

Pour 4 personnes

Préparation : 5min

Cuisson : 6min

Ingrédients :

- 4 œufs

- 500g de ratatouille

- basilic

- sel, poivre

Préparation :

- Disposer la ratatouille au fond de 4 ramequins en créant une espèce de petit nid.

- Casser un œuf dans chaque nid en prenant garde de ne pas crever le jaune.

- Saler, poivrer.

- Disposer les ramequins au bain- marie dans un plat à four (plat rempli d’eau).

- Enfourner pour 6min environ. Surveiller la cuisson et sortir les ramequins lorsque les œufs sont juste cuits.

- Parsemer de basilic.

- Servir avec une belle tranche de pain de campagne.

CREME ANGLAISE AMINCIE

Pour 500ml de crème environ

Préparation : 5min

Cuisson : 10min

Ingrédients :

- 3 jaunes d’œufs

- 10g de fécule de maïs

- 450ml de lait écrémé

- 5gr d’édulcorant en poudre (soit l’équivalent de 50g de sucre)

- 1 gousse de vanille

- quelques gouttes de colorant jaune

Préparation :

- Dans un saladier, fouetter les jaunes, la fécule et 150ml de lait.

- Dans une casserole, faire chauffer le reste du lait avec la gousse de vanille pour parfumer.

- Retirer la gousse et gratter les graines. Les ajouter au lait chaud.

- Verser le lait chaud sur la préparation aux œufs et fouetter vivement pour éviter la coagulation.

- Remettre le tout sur le feu et chauffer doucement tout en remuant à l’aide d’une cuillère en bois jusqu’à obtenir la consistance désirée. La crème doit napper le dos de la cuillère en bois et lorsque l’on y passe le doigt, la trace doit rester marquée.

- Sortir du feu, sucrer et ajouter quelques gouttes de colorant car la crème est moins jaune qu’une crème traditionnelle.

- Laisser refroidir et déguster.

Remarque : Au cas où la crème formerait des grumeaux, ne pas hésiter à donner un coup de mixer plongeur pour corriger le tir, pas très orthodoxe, mais très efficace.

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 31 mars 2008

Aller chez le coiffeur

Aller chez le coiffeur

A première vue, aller chez le coiffeur, c’est plutôt chouette. On en ressort souvent avec une toute nouvelle coupe qui flatte un peu plus notre image que le tas de cheveux informe que nous avions en entrant dans le salon. Oui, mais… Avant un tel résultat -quand il est là…-, il y a tout une succession de fâcheuses étapes qui ont de quoi faire apparaître une simple coupe comme la pire des tortures…

Se divertir avec sa copine (enfin essayer)

Se divertir avec sa copine (enfin essayer)

Divertissement, terme étrange dont le sens varie en fonction du sexe. Pour certains, il rime avec loisir, relaxation, détente, ludique. Pour certaines, il signifie planification, préparation, obligation, apparence, culture.

Tim Burton

Maître de l’expressionniste morbide et de l’ironie mélancolique, ce grand cinéaste a su créer un univers riche, poétique, burlesque et sombre. Je veux lui rendre hommage car sans lui, nous ne pourrions pas voir pas de chefs-d’œuvre comme Edward aux mains d’argent ou Ed Wood. Il nous explique avec psychologie la différence et ses impitoyables tourments, dont le rejet, et nous montre une critique délirante, assassine, mais quelque peu réaliste du monde qui tourne au désastre.

I/ Une enfance marquée

1. Solitude à Burbank

Timothy William Burton naît le 25 août 1958, dans la petite ville de Burbank, en Californie, qui jouxte les studios hollywoodiens. Fils d’un père frustré par le sport et d’une mère ayant une obsession presque maniaque des chats, il n’eut point d’échanges relationnels avec eux, ni même avec ses camarades de classe. Enfant introverti et d’une timidité exemplaire, on peut au moins affirmer qu’il ne manquait pas d’imagination (comme le prouve le dessin, illustré par Burton lui-même, extrait du site « Le Monde de Tim Burton »).

2. L’éducation par la Hammer et la Universal

L’imagination du jeune Burton provient à l’origine de sa passion quotidienne : les films d’horreur. En effet, il passe toute son enfance à visionner, que ce soit à la télévision ou dans les salles obscures, les vieux et célèbres films d’épouvante, particulièrement ceux des studios Hammer et Universal. Il avait une préférence toute particulière pour les monstres, comme Frankenstein et Dracula, ainsi que l’expressionnisme allemand et morbide, que l’on trouve parfois dans La Famille Addams et Le cabinet du docteur Caligari. Il ne ratait jamais les films avec Vincent Price ou une adaptation cinématographique d’une des nouvelles d’Edgar Allan Poe, son auteur favori. C’est ainsi que ces films-là firent son éducation et l’aidairent à créer son propre univers.

II/ Les débuts d’un jeune étudiant prometteur

1. Des études créatives

Tim Burton vit dans son univers intérieur. Pourtant, cela ne l’empêche pas de continuer ses études, grâce à son don particulier pour le dessin. Ainsi, en 1976, il remporte une bourse pour le California Institute of the Arts (Cal Arts), pépinière des dessinateurs fondée par les studios Disney, qui en imposent les programmes. Là-bas, il rencontre des étudiants déjantés, lui ressemblant, et ils tournent des courts-métrages, tels que Doctor of Doom (Docteur Fatum), hommage à Frankenstein et à Elephant Man, narrant un scientifique, interprété par Tim Burton lui-même, se mettant à la création d’un monstre à tête d’éléphant, ou Lau, un petit film de copains, mélangeant une histoire de surfeurs avec des péripéties de films d’épouvante de série Z et des intermèdes musicaux ou chantés. Possédants la même ambiance délurée et déjantée, ces deux petits films sont réalisés par Burton et en co-réalisateur, Jerry Rees, avec des amis diplômés. Cette relation permet au jeune Timothy de prendre conscience de sa vocation et de la possibilité d’en vivre.

2. Période disneyenne

Tim Burton réalisa un petit court métrage d’animation, Stalk of the Celery Monster, hommage à Frankenstein, narrant un scientifique cinglé, en compagnie de son abominable assistant, en train de torturer sauvagement une femme allongée, niché dans l’imaginaire d’une patiente ayant une peur bleue pour son dentiste (vous pouvez le visionner en deux parties sur YouTube). Ce film de 46 secondes lui permet de gagner un concours pour jeunes talents au Cal Arts et, aussi étrange soit-il, Burton a été sélectionné pour travailler comme superviseur des effets visuels, au sein de la production Disney. Il travaille avec un tel ennui sur Rox & Rouky, puis sur Taram et le Chaudron magique, que les producteurs de la Walt Disney suppriment ses dessins, car le style est très différent de celui du studio. Toutefois, le jeune Burton tourne d’autres courts-métrages, comme une adaptation différente de Hansel and Gretel, de par ses modifications, les personnages tous japonais, les combats d’arts martiaux, les acteurs non professionnels et les femmes jouées par des hommes. Voilà pourquoi Disney Channel le diffusait uniquement le 31 octobre 1982 à 22h30 ! Autre moyen-métrage, un moyen-métrage de 47 minutes, adaptation d’Aladdin et la Lampe merveilleuse, dont Tim n’est pas très fier du résultat, ni de l’expérience, car il lui manquait des moyens et du temps (seulement une semaine pour ces 47 minutes !)…

3. La passion commence par l’animation et le noir et blanc

Le jeune cinéaste débutant commence à tourner ses premiers courts-métrages professionnels dès 1982 avec le méconnu Hansel and Gretel et le difficile Aladdin and his Wonderful Lamp. Mais il devient peu à peu connu par des adorateurs d’horreur gothique avec deux courts-métrages particulièrement stylisés et très personnels, l’un de 82, l’autre de 84.

En 1982, Tim Burton réalisa son premier vrai court-métrage, en l’appelant Vincent. Il narre les tribulations d’un enfant de sept ans qui semble à part dans les deux mondes, le premier, la réalité, où il a la figure innocente d’un ange, et le deuxième, son univers, où il se révèle être un personnage de films d’épouvante, avec la manie de créer des inventions horribles et une ressemblance frappante avec l’acteur Vincent Price. Il ne fait aucun doute que le cinéaste retranscrit son enfance, en offrant un hommage à ses amours : les vieux films d’horreur ainsi que les œuvres d’Edgar Allan Poe, dont quelques-unes de ses nouvelles figurent comme clins d’œil, comme la maison Usher, le masque de cire, le Corbeau, etc… Ce film de 6 minutes contient même tous les thèmes graphiques et profonds du cinéaste : sa passion pour l’expressionnisme allemand comme les ombres, le graphisme sombre stylisée et la poésie morbide, décalé mêlés au mélancolique. C’est également un grand et émouvant hommage à Vincent Price, figurant comme narrateur du court-métrage.

Les studios Disney avaient du mal à apprécier le fabuleux Vincent, car ils le jugeaient trop morbide pour passer au grand écran. Pendant qu’ils le rangeaient au fond d’un tiroir, Timothy William Burton conçut en 1984 Frankenweenie, un troisième hommage à Frankenstein, contant l’enfance de ce docteur-là, pleurant sur le triste sort de son cher chien, mais qui trouva la solution, grâce à son prof de biologie, en ranimant l’animal défunt avec des appareils électriques. Les ennuis sont sur le point de commencer quand le chien ressuscité s’évade de la maison… Ce bel hommage au livre de Mary Shelley est resplendissant de beauté, avec ce noir et blanc si stylisée. Le scénario, un peu simple, a le mérite d’être original et l’ensemble regorge de trouvailles des futurs films du cinéaste, principalement Edward aux mains d’argent. Le moyen-métrage possède aussi des acteurs très bons, d’où on peut noter la participation de l’actrice Shelley Duval (The Shining), même si on peut reprocher le style Disney qui se fait ressentir, notamment sur l’humour et le fait que le film en lui-même reste gentillet. Néanmoins, ce film de 30 minutes se laisse regarder avec plaisir, marquant une période amère de Burton au sein de Disney, mais qui a permis ensuite, grâce à la productrice Julie Hickson, de faire le tournage de ces principaux courts-métrages.

III/ Une filmographie faite en perles inestimables

1. Les années 1980 :la naissance d’un grand univers riche

Tim Burton quitte les studios Disney et décide de créer son propre univers en filmant des projections cinématographiques. Commence alors une grande aventure palpitante, à base de films aussi splendides les uns que les autres…

Après avoir quitté la firme Disney, le jeune homme se lance dans une quête très ambitieuse, en commençant, en 1985, par l’adaptation d’une célèbre série télé américaine, présentée par un personnage particulier, Pee-Wee. Celui-ci avait tellement passionné Burton qu’il en devient même un être dans le monde du réalisateur. Le film raconte le voyage burlesque d’un enfant prisonnier à l’intérieur du corps d’un adulte à la recherche de son unique amour perdu : son vélo rouge. Le premier opus burtonien est un vrai cartoon, mélangeant l’absurde décalé et le kitch stylé, où tout est exagéré pour en faire une vraie jubilation artistique, possédant même des scènes mémorables. Et surtout, on remarque le style artistique, avec des décors hauts en couleurs et de l’animation, la même que Vincent, remarquable. Des personnages complètement satiriques, le héros se révélant cinglé, accompagnent cette folle aventure impossible. Bien qu’inconnu totalement en France, Pee-Wee’s Big Adventure est un très bon film qui commence à faire connaître ce cher Tim, grâce à l’immense succès au sein du peuple américain, en remportant 40 940 662 dollars, et qui a donné une suite en 1988.

Le cinéaste prometteur continua son périple, avec sa première œuvre originale. Après un délire visuel complètement fou, il se lance dans son monde gothico-macabre, afin d’inventer sur écran une histoire loufoque de fantômes, narrant les mésaventures d’un couple naïf fantomatique qui essaie malgré lui, avec l’aide d’un spectre particulièrement dérangeant, d’effrayer une famille de snobs tordus. Ce film est une excellente caricature du monde des Vivants et des Morts, avec des personnages tous aussi étonnants les uns que les autres, joués par des acteurs géniaux, surtout le méconnaissable Michael Keaton. Le personnage de Beetlejuice est vraiment hilarant, car toute son imprévisibilité le rend charismatique. Quant aux gags, ils mélangent habilement morbide et absurde. Le côté visuel est très important comme dans Pee-Wee, car il est très personnel, utilisant la technique d’animation préférée de Burton, la stop-motion. Beetlejuice est un second petit délire visuel, macabre, grotesque et étonnant lors de sa sortie en salles, en mars 1988. Son succès inattendu (73 707 461 dollars) lui a donné naissance à une série d’animation télévisée, créée par son auteur lui-même.

Ces deux premiers succès surprenants ont permis au jeune réalisateur d’entrer dans la superproduction américaine. La Warner Bros lui propose de réaliser la toute première adaptation cinématographique du héros Batman, série de bandes-dessinées créée par Bob Kane dans les années 30. Tim Burton accepta de suite sa participation au projet, très heureux d’apporter sa touche à son super-héros favori. Mais malheureusement, cela ne se passe pas comme il l’aurait souhaité. Premier film à gros budget, il est littéralement stressé par les obligeances capricieuses des producteurs du film et par les fans de la BD, critiquant son choix pour l’acteur qui doit jouer le sombre justicier (Michael Keaton). Le scénario met beaucoup de temps à être finalisé et Burton a du mal à mettre sa touche personnelle. Au final, le cinéaste ne garde qu’un déplaisant souvenir du tournage, considérant le méchant et les décors -qui remportent un Oscar-, comme les seules choses du film dont il en est vraiment fier. Pourtant, cela n’est pas de l’avis des spectateurs.

Sorti pendant l’été 1989, cette première aventure du Chevalier Noir au cinéma eut un énorme succès mondial, remportant en tout 251 188 924 millions de dollars. Le public fut marqué par l’atmosphère gothique régnant sur ce film et l’incroyable Joker (Jack Nicholson), l’attraction et même l’unique star de cette histoire, monstre guignolesque à l’apparence clownesque.

En cela, Batman est devenu aujourd’hui un classique parmi les adaptions de super-héros.

Les producteurs de la Warner Bros veulent aussitôt que Burton réalise la suite prévue du premier opus, mais celui-ci est, pour le moment, occupé avec un projet beaucoup plus intime…

2. Les années 1990 : une grande épopée de joyaux personnels et stylisés

Les années 90 ont marqué l’âge d’or de Tim Burton avec des chefs-d’œuvre tout aussi authentiques et magnifiques les uns que les autres. Les voici…

Le réalisateur à succès de Beetlejuice fut ensuite très attaché à un projet personnel, une histoire racontant l’intégration inespérée d’un homme aux ciseaux à la place des mains au sein d’une société kitch des années 60. La Warner Bros, trop concentrée sur la suite de Batman, pour accepter le projet, Tim Burton se tourne vers la Twentieth Century Fox pour réaliser les mésaventures de cet être unique. En choisissant Johnny Depp pour le rôle-titre, il construit avec lui une amitié forte et durable pendant des années, trouvant même une ressemblance étonnante entre eux. Le film est sorti le 14 décembre 1990 et a reçu une grande admiration parmi les fans du cinéaste, le considérant comme son plus grand chef-d’œuvre. Ce film a touché une grande majorité des spectateurs par l’émotion qui y règne et par son magnifique message sur la différence, que la normalité rejette cruellement. Cet énième opus burtonien est de plus très personnel vis à vis de son auteur, lui rappelant sa froide enfance dans la ville de Burbank. C’est grâce à sa poésie émotionnelle que Edward aux mains d’argent est un grand joyau cinématographique à nos yeux. A noter que Vincent Price joue son dernier rôle…

Tim Burton retourne à la Warner Bros pour terminer l’ère Batmanien, en 1991. Mais cette fois-ci, les producteurs lui accordent plus de liberté pour cette suite. Le jeune cinéaste, comblé, reprend alors Michael Keaton dans le rôle du héros sombre.

Par ailleurs, il rajoute deux nouveaux méchants que l’homme chauve-souris doit affronter : le Pingouin, que Burton, le trouvant fade dans la BD d’origine, change complètement son histoire pour le transformer en un être poisseux, en quête de son identité et nommé comme bête de foire à cause de sa défiguration, ainsi que Catwoman, rendue dans ce film attachante et compréhensible grâce à sa triste situation de femme paumée à cause de son patron mesquin.

Ainsi, le réalisateur à la coiffure abracadabrantesque offre un festival de « freaks » mélancoliques et en tout genre, qui éclipsent même le personnage principal, comme avec le Joker grimaçant.

Mais la suite de Burton eut un petit échec (162 831 698 millions de dollars) dans les salles comparé au budget incroyable récolté pour le précédent film, la presse critiquant ce nouveau opus comme trop léger et trop noir. C’est à cause de ces critiques que Burton n’a pas pu réaliser le troisième volet et que Joel Schumacher en a fait une sorte de parodie colorisée du mythe avec Batman Forever.

Néanmoins, Batman : le Défi est aujourd’hui vu comme un énième bijou burtonien parmi ses admirateurs, mais aussi comme l’une des meilleures adaptions de BD avec The Dark Knight.

Tim Burton, ancien animateur de Disney, multiplie les chefs-d’œuvre à grand succès, comme les excellents Batman ou le magnifique Edward aux mains d’argent. Malgré plusieurs moments ennuyeux chez Mickey, il revient pour proposer de réaliser une adaptation cinématographique d’un poème écrit pendant ses années disneyiennes. Intitulée The Nightmare before Christmas (Le Cauchemar avant Noël), la nouvelle, inspirée de Comment le Grinch a volé Noël du docteur Seuss, raconte l’exploit du mélancolique roi d’Halloween pour prendre la place du Père Noël, afin de sortir de l’esprit de sa propre fête. Utilisant la stop-motion pour son film, Burton collabore avec un expert de cette animation, Henry Selick, qui est fasciné par l’univers de son compagnon. Le tournage dura donc trois ans, sachant qu’il faut une semaine pour seulement une minute du film.

Sorti pour l’Halloween 1993, ce dessin-animé d’une heure et quart a marqué une génération entière du public, grâce à sa vieille technique d’animation, révolution de son époque mais aussi de la sortie du film, et à sa tournure de conte trompeuse.

Trompeuse, car cette histoire est tout le contraire d’un conte de fée ou d’un Disney pur manichéen, où elle met en scène des monstres qui décident d’offrir du bien aux autres, mais que ces autres les rejettent à cause de leur nature monstrueuse, via un autre portrait sur la différence.

L’Etrange Noël de Monsieur Jack est devenu le gros coup de cœur mondial parmi la filmographie de son créateur, et un de ses plus grands succès commerciaux.

L’auteur d’Edward aux mains d’argent est maintenant dans une période nostalgique. Il se rappelle des films de son enfance : les adaptations des ouvrages de Poe avec le regretté Price ainsi que les Frankenstein ou Dracula des années 30. Mais il se rappelle surtout les films d’un réalisateur en particulier, Ed Wood, qui l’avait fasciné. Alors, il décide de réaliser un grand hommage cinématographique.

Ainsi, sous la production Touschtone Pictures, avec en vedette Johnny Depp dans le rôle-titre, il réalise un portrait très émouvant, en noir et blanc, d’un cinéaste passionné, fan d’Orson Welles, faisant des ovnis cinématographiques farfelus avec des monstres en tout genre, des scénarios abracadabrantesques et des effets spéciaux ridicules. Il est aidé dans sa quête par son ami retraité Bela Lugosi, une légende du cinéma droguée et quelque peu dérangée, un homo qui adore son premier film sur le travestissement sexuel, un faux mage particulier et une présentatrice de shows horrifique très gothique. Considéré à vie comme le réalisateur le plus mauvais de tout les temps, Tim Burton montre par cette biographie que même si les films de ce Edward-là étaient médiocres, il mettait toute sa passion pour les faire et que jamais il ne s’est arrêté d’en faire, malgré les critiques assassines.

Malheureusement, le film est aussi incompris que son héros, puisqu’il a fait un échec aux Etats-Unis, en fin 1994. Cependant, Ed Wood est considéré maintenant comme l’une des meilleures réalisations de son créateur.

Toujours nostalgique, Burton quitte le projet de Catwoman pour poursuivre l’idée de son ami d’enfance, Jonathan Gems. Celle-ci consiste à faire une adaptation au cinéma des cartes de collection Mars Attacks, que Tim adorait étant petit.

La Warner Bros ayant les droits par les créateurs de ces cartes, le réalisateur de Batman met en place un second hommage à Ed Wood, reprenant les codes des films de celui-ci, mais aussi des films de science-fiction des années 50, avec les designs vieillots des soucoupes volantes. C’est aussi une farfelue critique de l’Amérique irrévérencieuse, avec un énorme casting de stars (Jack Nicholson, Glenn Close, Danny DeVito, Tom Jones…) jouant des stéréotypes hilarants (le président quelque peu découragé par la situation, le savant qui évoque toujours sa science sans comprendre la simplicité de la chose qui se présente, etc…) qui se font tous tuer sauvagement par les grosses têtes martiennes qui explosent devant de la musique country.

Mais une fois de plus, le jour de sa sortie en 1996, Mars Attacks ! fut le plus grand échec de Burton et son film le plus incompris, les Américains préférant aller voir le film opposé de celui de Tim, Independance Day. La France, toutefois, a été plus charitable et rigole toujours de cette farce extraterrestre déglingée.

Tim Burton est en dépression, marqué par ses deux échecs récents. Il a sorti un recueil de poèmes, La Triste Fin du Petit Enfant Huitre et autres nouvelles, sur une bande d’enfants malheureux et rejetés à cause de leur physique naturel. Mais deux ans après son dernier film, les producteurs de la Warner Bros lui proposent l’adaptation d’un grand livre d’horreur, Sleepy Hollow, qui raconte le spectre d’un dangereux cavalier sans tête qui coupe la gorge des habitants d’un village, qui l’aurait banni, par vengeance. Burton, très emballé par l’histoire, décide de réaliser le projet, en faisant jouer encore une fois son ami Johnny Depp dans le rôle d’un détective un tantinet froussard.

Sorti en novembre 1999, Sleepy Hollow reçut, cette fois-ci, un énorme succès admiratif auprès des décors époustouflants et de la mise en scène horrifique à glacer le sang.

Attention ! Notez que c’est le premier film véritablement violent de Tim Burton, car on assiste ici à un festival de tranchages de gorges en tous genres, à la méthode des films d’horreur de la Universal, dégoulinant de sang frais et d’un rouge vif éblouissant comparé aux mines obscures des nombreux personnages de l’histoire.

Donc, un conseil : âmes sensibles s’abstenir, d’autant plus que le film est interdit aux moins de 12 ans…

3. Les années 2000 : la rupture soudaine d’un monde glauque

Après avoir été refusé par la Warner Bros pour réaliser une nouvelle version de Superman, plus sombre et plus dramatique, le réalisateur à la longue coiffure se tourne vers la Twentieth Century Fox pour mettre en scène un remake de La Planète des singes. Mais, ce fut le projet le plus dur à réaliser pour Tim, car le scénario a été fini bien trop tard, et en somme les producteurs lui ont donné peu de temps pour réaliser le film. Burton garde désormais un souvenir amer pendant le tournage du film. Néanmoins, il rencontre sa future femme, après avoir divorcé avec Lisa Marie, qui n’est autre que le singe femelle du film, Helena Bonham Carter.

Sorti à l’été 2001, le remake eut un grand succès parmi les Américains, mais les fans de Burton, quant à eux, sont déçus par le film, ne reconnaissant pas la touche personnelle de leur idole dans cette superproduction américaine.

Marqué par l’infâme tournage de sa dernière réalisation, Tim Burton est en pleine mélancolie depuis la mort de ses parents. On lui propose de mettre en scène une adaptation cinématographique d’un roman, racontant un jeune homme en quête de l’identité de son père, conteur de sa vie modifiée par des évènements improbables et purement fantaisistes.

Emballé par cette proposition, Burton voit en cette histoire l’occasion de dévoiler un hommage profondément émouvant de son propre père, dont les liens parentaux avec lui ont été quasiment absents. Le cinéaste s’en donne à cœur joie pour faire un portrait poétique de son père, avec Ewan Mc Gregor, Danny DeVito et Jessica Lange comme stars du casting.

Malheureusement, en 2003, son nouveau film divise vraiment les spectateurs, entre ceux qui voient en ce Big Fish un merveilleux drame poétique et décalé, et ceux qui sont crispés devant l’absence d’un monde gothique avec sa galerie de monstres rejetés.

Qu’importe, Tim Burton a fait ce film et il en est tout à fait fier !

Devenu père de famille, le réalisateur de Mars Attacks ! décide d’offrir pour son enfant son adaptation cinématographique d’un roman de son auteur favori, Roald Dahl, mettant en scène un gentil garçonnet pauvre au plein cœur de l’univers enchanté d’un chocolatier aussi intriguant que loufoque, à la suite d’un concours mondial de tickets d’or.

Burton réalisa donc son premier film pour enfants, avec, en tête du casting, le talentueux Freddie Highmore et le méconnaissable Johnny Depp, sorte de Mary Poppins masculin complètement timbré et à la coiffure bizarroïde. Tim réussit incroyablement à rester le plus fidèle possible à l’ouvrage, en mettant sa touche personnelle, le terrible passé du chocolatier Willy Wonka.

Malgré les reproches des fans de Burton contre l’aspect coloré du film, celui-ci fut, le 15 juillet 2005, le deuxième plus gros succès commercial du réalisateur avec The Nightmare before Christmas.

En conclusion, Charlie et la chocolaterie se révèle être une critique hors norme des industries trompeuses et de l’éducation invisible des enfants, copies conformes de leurs parents stéréotypés, avec ce curieux Willy Wonka, véritable star du film, comme monstre tordu écroulé par la société.

Derrière Charlie et ses confiseries, Tim Burton travaille en même temps sur un projet en stop-motion, racontant le mariage impossible d’un vivant et d’une morte, parti sur un malentendu. Il retrouve ses compères Johnny Depp, jouant un rôle à la Ichabod Crane, et Helena Bonham Carter, sous les traits d’une femme morte de chagrin d’amour, et étrangement ceux-ci ressemblent étrangement au physique de leurs personnages. Chanté comme dans L’Etrange Noël de M. Jack, ce conte russe est un retour décalé de Beetlejuice, avec ses vivants cadavériques et ses morts si « vivants ». Sans oublier Emily, la défunte mariée, seule vraie héroïne de l’histoire, la marginale incomprise et tellement émouvante, ainsi que Victor, véritable anti-héros du film, maladroit peureux totalement innocent.

Mais ces Noces funèbres, sorti fin septembre dans le continent américain, reçurent un résultat au box-office modeste, divisant une nouvelle fois le public, qui critique principalement la prévisibilité de ce film d’animation, la patte de Burton trop facilement reconnaissante, et la fin quelque peu décevante.

Le réalisateur de Sleepy Hollow revient un an après Corpse Bride sur un projet particulier datant des années 90, l’adaptation cinématographique d’une célèbre pièce de théâtre musicale des années 70, mettant en scène l’alliance sanglante d’un barbier vengeur au cœur brisé, qui coupe la gorge de ses clients, et d’une cuisinière folle, qui accommode les corps dans ses tourtes à la viande.

Reprenant son équipe favorite, Depp et sa femme, jouant ce couple morbide, Tim Burton met en scène la plus noire et osée des critiques de la société, à base de cannibalisme au sang rouge vif, de personnages pâles et immoraux (le juge pervers et son crasseux assistant, le barbier italien trompeur…) qui méritent tous la mort, dans un décor lugubre londonien, sous des chansons décalées, et son monstre brisé terriblement attachant, une sorte d’Edward aux lames de rasoir vengeur, que sa mèche blanche résume ses quinze ans en prison, privé du bonheur.

C’est aussi le plus bel hommage destiné aux productions de la Hammer, reprenant l’esthétique exagérée de sa violence et les couleurs sombres, rappelant le noir et blanc, des films des années 30.

Sorti étrangement au Noël de 2007, cet énième opus burtonien n’a pas marqué son succès, les Américains dégoûtés par son côté gore (interdit aux moins de 18 ans, là-bas !) et les Français repoussés par ses nombreuses chansons. Pourtant, certains admirateurs de Burton trouvent en ce Sweeney Todd un drame merveilleusement repoussant et profondément émouvant.

IV/ Tim Burton dans l’actualité

1. Ses projets futurs :

Décidément ambitieux, Burton travaille en ce moment sur deux films : un remake en animation d’une heure et demie de son Frankenweenie, pour développer plus l’histoire, prévu en décembre prochain, et l’adaptation du roman de Lewis Carrol, Alice au pays des merveilles, avec la jeune Mia Wasikowska, Johnny Depp et Helena B. Carter dans le rôle de la Reine de Cœur, qui sera un mélange audacieux de prise de vue réelles, d’animation par l’ordinateur et de stop motion, sa date de sortie prévue le 5 mars 2010 aux USA. Puis, il entamera le tournage de Dark Shadows cet été, film adapté d’une série télévisée des années 60, mettant en scène les mésaventures d’un vampire au sein d’un bestiaire de monstres en tous genres, dont le rôle principal sera attribué une fois de plus à son compère pirate.

Un programme fort alléchant !

2. Sa vie actuelle :

Tim Burton vit toujours avec Helena Bonham Carter, à Londres, dans deux maisons reliées par un couloir secret. Ils ont deux enfants : Billy Ray, né le 4 mai 2003, et Neil, née le 15 décembre 2007.

Il est toujours compère avec Johnny Depp, parrain de ses enfants, et Danny Elfman, qui a composé tous ses films depuis Pee-Wee (exception faite à Ed Wood, à cause d’une dispute et Sweeney Todd, reprenant le compositeur de la comédie musicale d’origine, Stephen Sondheim).

* Cahier de vacances 2010 – Article initialement publié le 14 janvier 2009

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